Transfinito edizioni

Giancarlo Calciolari
Il romanzo del cuoco

pp. 740
formato 15,24x22,86

euro 35,00
acquista

libro


Giancarlo Calciolari
La favola del gerundio. Non la revoca di Agamben

pp. 244
formato 10,7x17,4

euro 24,00
acquista

libro


Christian Pagano
Dictionnaire linguistique médiéval

pp. 450
formato 15,24x22,86

euro 22,00
acquista

libro


Fulvio Caccia
Rain bird

pp. 232
formato 15,59x23,39

euro 15,00
acquista

libro


Jasper Wilson
Burger King

pp. 96
formato 14,2x20,5

euro 10,00
acquista

libro


Christiane Apprieux
L’onda e la tessitura

pp. 58

ill. colori 57

formato

cm 33x33

acquista

libro


Giancarlo Calciolari
La mela in pasticceria. 250 ricette

pp. 380
formato 15x23

euro 14,00
euro 6,34

(e-book)

acquista

libro

e-book


Riccardo Frattini
In morte del Tribunale di Legnago

pp. 96
formato cartaceo 15,2x22,8

euro 9,00
e-book

euro 6,00

acquista

libro

e-book


Giancarlo Calciolari
Imago. Non ti farai idoli

pp. 86
formato 10,8x17,5

euro 7,20
carrello


Giancarlo Calciolari
Pornokratès. Sulla questione del genere

pp. 98
formato 10,8x17,5

euro 7,60
carrello


Giancarlo Calciolari
Pierre Legendre. Ipotesi sul potere

pp. 230
formato 15,24x22,86

euro 12,00
carrello


TRANSFINITO International Webzine

L’établissement de la vérité historique

La question Heidegger

Michel Bel

Michel Bel donne le réseau du questionnement sur l’affaire Heidegger que chaque chercheur devrait aussi affronter pour restituer le texte très discuté du philosophe allemand, à tort retenu comme le penseur plus important de la première moitié du dix-neuvième siècle.

(5.09.2006)

L’essentiel du livre d’Emmanuel Faye, Heidegger. L’introduction du nazisme dans la philosophie (Albin Michel, 2005, pp. 573, € 29) est dans l’établissement de la vérité historique. De cette vérité historique, Emmanuel Faye a gravi la première marche. Il a montré à l’encontre des mensonges des heideggériens français qui était Heidegger. Il a mis en évidence ses rapports intimes avec le national socialisme. Tout retour en arrière est désormais impossible. Mais doit-on s’arrêter là ? Avons-nous épuisé la vérité sur Heidegger en lisant les textes de Heidegger traduits par Faye et pris connaissance des relations que le professeur de Fribourg entretenait avec des intellectuels nazis notoires tels que Rothacker et Wolf, quoique bien ignorés en France ?

JPEG - 91.5 Kb
Luigi Terrini, "La poutre", 2005


Il faut comprendre Heidegger, être capable de dire pourquoi il s’est comporté ainsi. Il faut se demander non seulement pourquoi mais encore comment il a introduit le nazisme dans la philosophie. Faye a mis le pied sur la première marche, ce sont les suivantes qu’il faut maintenant gravir. D’où venait Heidegger pour se comporter ainsi ? Pourquoi des l’âge de 21 ans est-il devenu un apostat ? Qu’est-ce qui a présidé à son apostasie ? A quelles conséquences son apostasie l’a-t-elle conduit exactement ? Le national socialisme existait-il avant lui ou est-ce sa cogitation d’apostat vengeur qui l’a créé ? Quel rapport Hitler entretenait-il avec la philosophie de Heidegger ? Heidegger décida de mettre en pratique sa phénoménologie en 1919. Y a-t-il un rapport entre cette mise en pratique et la création du Parti des "travailleurs" allemands et plus tard du NSDAP ?

Quelle était la teneur exacte de la "phénoménologie" de Heidegger ? Etait-ce une phénoménologie de type husserlien comme on a voulu longtemps le faire croire ou une phénoménologie de type hégélien comme son essai sur Duns Scot écrit en 1916 invite à le penser ? Pour que le mot "mise en pratique " ait un sens il faut qu’un rapport concret à l’histoire apparaisse. Or la phénoménologie de Husserl est anhistorique contrairement à celle de Hegel. Heidegger revendique pour la philosophie une intervention dans l’histoire. On a donc de bonnes raisons de penser que la phénoménologie de Heidegger est animée d’une intention transformatrice comme celle de Marx. Il ne s’agit plus pour lui de donner une interprétation de l’histoire seulement, ni une transformation qui ne changerait pas les choses comme ce fut le cas à la Renaissance, mais de rendre sa primauté à la Germanie en lui conférant un caractère absolu.

En greffant la pensée de Nietzsche sur celle de Hegel Heidegger a construit une phénoménologie de l’Être dont l’effectivité a été calquée sur le modèle du judéo-christianisme. Une phénoménologie gnostique qui nécessite trois agents : le poète prophète Hölderlin, le philosophe interprète Heidegger et l’homme politique "accomplisseur", Hitler. Vue sous cet angle la phénoménologie de l’Être heideggérienne n’apparaît plus comme récupératrice opportuniste du nazisme mais comme créatrice de ce mouvement de l’histoire conçu comme accomplissement de l’être. L’introduction du nazisme dans la philosophie se fait de l’intérieur par transformation interne et non de l’extérieur par absorption d’un mouvement oncogène déjà existant. L’apostat a créé le nazisme comme antidote du judéo-christianisme destiné à être entièrement détruit dans sa parole et dans son corps.

Mais cette destruction ("l’anéantissement") n’est qu’une moitié de l’oeuvre, l’autre moitié est la restauration, voire le dépassement, de la grandeur aryenne grecque. Dans sa visée, la Terre doit être libérée des juifs et de l’enseignement juif et de l’influence juive sous toutes ses formes pour laisser la place à la grandeur aryenne germanique, la Germanie étant considérée maintenant, selon l’optique de Hölderlin, comme le "coeur sacré des peuples" (Concepts fondamentaux ; 1941).

Les décisions propices à cette réinstauration vont être prises aussitôt après dès janvier 1942. Heidegger donnera l’ordre de mise à feu des bûchers dans le commentaire de Der Ister dès le début du semestre d’été 1942 ; "Jezt komme, Feuer !" Le premier bûcher annoncé dès 1930, dans le cours sur Hegel, crépitera dès la fin de l’été. Témoignage de Höss, commandant d’Auschwitz. L’apostat a réussi son coup. Il s’est débarrassé du peuple porteur de la morale qui le gênait.

Comment l’apostasie de Heidegger a-t-elle pu devenir par la force et par la séduction l’idéologie de tout un peuple ? Pour le savoir il faut analyser en détail la méthode utilisée . Heidegger imitateur d’Abraham a Sancta Clara a su subjuguer l’armée, l’université, le monde des affaires, de la finance et de l’art. C’est à cette condition et à elle seule que son "regard phénoménologique" a pu devenir l’histoire d’un peuple. Ces relations pour la plupart sont restées des relations cachées. Tout au plus avons-nous eu accès à quelques lettres éparses de-ci-delà. Mais ces relations sont nécessaires pour comprendre le passage de son oeuvre professée à sa réalisation historiale.

Poliakov a attribué à Rosenberg le rôle d’idéologue du Reich. C’est une erreur profonde. Le véritable idéologue n’était pas le gardien de l’orthodoxie du parti mais celui qui était poursuivi par le ministre sans portefeuille Rosenberg pour collaboration avec l’ennemi (les juifs). La situation est on ne peut plus cocasse : l’idéologue véritable du Reich poursuivi par un sous fifre pour non conformité de sa doctrine et de sa vie à l’idéologie du Reich. Cette situation absurde a sauvé Heidegger de la pendaison en 1946. Il a pu faire croire qu’il avait été persécuté par les nazis et qu’il était entré dans l’opposition en 1934 alors que tous ses écrits prouvent le contraire. Mais bien sûr il faut prendre la peine de décoder tous ses euphémismes substitutifs qui servent d’écran à la saisie directe de sa pensée. Une fois ce travail fait la pensée impérialiste et théophanique de Heidegger apparaît avec une limpidité de cristal.

Après la défaite militaire de son apostasie il passera les 30 dernières années de sa vie à tenter d’effectuer une relance. Cette relance est patente dans toutes ses publications et dans toutes ses conférences, depuis "La pensée c’est la pensée fidèle", mot d’ordre lancé dans Qu’appelle-t-on penser ? en 1952 jusqu’à la publication de la Gesamtausgabe dont le but affiché dans son testament est la formation d’un repreneur apte à continuer son travail puisque Eugène Fink en 1966 a refusé sa proposition. "On récompense bien mal un maître lui a-t-il dit quand on ne reste que son élève". Mais Fink n’a pas voulu, nous l’en remercions. En 1964, à Messkirch, il avait demandé aux cygnes blancs de s’approcher, en défi à la neige". Mais les cygnes étaient plutôt craintifs. Seul Kurt Waldheim manifesta son élan en Autriche. Mais il ne fut pas suivi d’une tempête.

Après avoir étudié l’oeuvre de Heidegger pendant trente ans la seule conclusion qui s’impose aujourd’hui à moi est la suivante : le nazisme ne fut rien d’autre que la mise en oeuvre de l’apostasie de Heidegger. Qu’est-ce qui lui avait donné la force d’entreprendre une action d’une telle envergure ? La réponse est dans son cours de 1930 sur la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel : "la conscience malheureuse".(NRF p.127). La conscience malheureuse est "l’aiguillon de l’histoire". C’est elle qui réintègre l’esprit déchiré "dans le bonheur de l’absolu." Ce que Heidegger a voulu réaliser à la fois pour lui, pour son peuple et pour la terre entière, c’est cette réintégration. Et il a voulu la réaliser par le feu (le bûcher) et par la violence (Introduction à la métaphysique ; 1935).
Il a trouvé dans la société allemande des conditions propices à cette réalisation. le terrain avait été labouré depuis longtemps, il n’a fait que passer la herse (comme le représente un tableau de la chancellerie du Reich). Mais le changement de monde tenté par l’apostasie criminelle et génocidaire de Heidegger a échoué. Elle a été vaincue par les forces unies des alliés. mais elle n’a été vaincue que militairement. L’oeuvre de Heidegger n’a été ni oubliée ni interdite. Elle est même revalorisée aujourd’hui par son inscription au programme d’agrégation de philosophie en France. Ce qui est absolument monstrueux.

La question qui se pose en dernier recours est la suivante : quel degré de souffrance morale, de frustration et d’humiliation Heidegger avait-il vécu pour conduire jusqu’à son dernier souffle un tel passage à l’acte qui - et c’est le moins qu’on puisse dire- échappe aux critères ordinaires d’évaluation de la psychose criminelle et de la paranoïa ? C’est peut-être pour cela qu’on n’a jamais décelé son trouble mental. Un seul psychologue l’a vu et écrit mais on ne l’a pas écouté : Jaensch. C’est ainsi que l’"allosophie" heideggérienne est passée pour la plus grande philosophie de tous les temps alors qu’elle est la négation de la philosophie et la plus puissante source d’abolition des droits de l’homme. La vérité sur l’origine véritable du troisième Reich n’a pas encore été écrite. Il est temps de le faire.

Michel Bel, Saint-Cyr sur Loire, philosophe, il travaille sur les problèmes de la pensée heideggérienne depuis plus de trente cinq ans. Son mémoire de maîtrise à été consacré aux problèmes de la pensée althussérienne, sous la direction de Gérard Granel.


Gli altri articoli della rubrica Filosofia :












| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |

30.07.2017