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La littérature peut offrir un dialogue formidable entre les cultures

L’aventure de l’écriture poétique . Entretien

Tahar Bekri

La matière du poème elle-même exige de vous un rythme. Dans Les chapelets d’attache il y a un rythme très lent, parce que, le poète qui parle est un théologien. Le livre est conçu comme un livre de prière, avec un rythme intérieur, des méditations, une sérénité profonde. Chaque mot est comme un grain de chapelet.

(22.11.2005)

Comment vous êtes-vous approché de la poésie?

Tout jeune en Tunisie, comme tous les adolescents, je lisais beaucoup, mai c’est surtout un événement, individuel, dans ma famille qui m’a marqué, qui m’a donné ce désir d’écrire et surtout de m’exprimer en silence. Cet événement c’est la mort de ma mère, quand j’avais dix ans. Mon père était très sévère, je n’avais pas beaucoup de dialogue avec lui, comme beaucoup d’enfants de chez moi, et donc je me suis réfugié dans les livres et tout ce qui pouvait correspondre à ma sensibilité. Je n’étais pas un enfant boxeur, ni footballeur. Il me fallait un moyen pour m’exprimer. C’est ainsi que je suis venu à la poésie. J’ai écrit très jeune, à quatorze, quinze ans, au lycée. Je lisais beaucoup, la poésie était l’expression littéraire qui me convenait.
A l’âge de dix-sept ans, j’ai publié mes premiers poèmes dans la presse tunisienne.
Je crois que la question qui s’est posée à moi très tôt, c’était dans quelle langue écrire, en arabe ou en français ? Grâce à la complicité de certains de mes professeurs de français, qui étaient attentifs à ma sensibilité, que j’ai pu développer cette expression, outre le fait que la poésie en langue française était plus libre au niveau de la forme.
La poésie en langue arabe - pour l’enfant, l’adolescent que j’étais - était en temps-là, très marquée par la forme classique, les lois de la métrique, le rythme, ce qui veut dire qu’on ne pouvait s’adonner à l’expression poétique arabe, du moins, à cette période, sans maîtriser la métrique, qui est un art avec des lois rigoureuses. Ce qui était extrêmement difficile pour un adolescent. Aujourd’hui, bien sûr, la question ne se pose plus, puisque la poésie arabe a conquis sa modernité. Cela dit, j’ai continué à écrire dans les deux langues.

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Christiane Apprieux, "L’apertura", 2005, acrilico su tela, cm. 69x105 (94x130)

Vous avez commencé en écrivant dans les deux langues ?

Oui. Mais davantage en français.

Dans quel sens vous parlez du silence ?

Le silence au sens profond du terme. Je pense qu’écrire c’est parler en silence. Et quand on est enfant ou adolescent à se poser des questions métaphysiques comme la mort, l’existence de Dieu, la justice divine, si elle existe ou pas, etc. Or, il faut à ce jeune un moyen pour dire ce qu’il ressent et pour écrire ce silence. Où il n’y a pas nécessairement de réponses.
La poésie est interrogation, interrogation de l’émotion. Souvent elle est une interrogation métaphysique .
L’écriture est la tentative d’apprivoise l’interrogation, la parole en silence.
La question du rythme, la question de la métrique, est secondaire pour moi. C’est à l’intérieur de la parole poétique qui s’écrit qu’il faut trouver l’intensité littéraire. Plus qu’une question de rythme, c’est le niveau métaphorique qui crée la poésie. C’est la métaphore, l’image, pas toujours transparente, claire. L’image ambiguë, complexe, qui traduit la poésie, qui est avant tout, expression humaine dans toute sa complexité.
Aussi, la poésie est-elle une quête, une recherche, une aventure. Il n’y a pas de rythme absolu, de lois immuables en poésie. Chaque poème exige son rythme , son écriture. Chaque poème doit être nouveau, comme le corps qui est nouveau, à chaque nouvelle étape, physiquement, mentalement, à chaque moment, à chaque instant.

Dans vos poèmes vous intégrez un rythme qui est peut-être classique. Pouvez- vous préciser quelle est la particularité du rythme classique de la poésie arabe ?

Oui, il y a des mètres poétiques classiques qu’on appelle bahr. Le vers poétique arabe, Beit, est composé de deux parties, la première partie s’appelle Sadr, la seconde, Ajoz. Ce qui correspond aux deux parties du corps : le haut et le bas. La rime finale du premier vers du poème est reprise dans tout le poème.
Mais cette loi de la poésie classique a subi, une révolution ( n’oubliez pas que ces lois poétiques datent du 6ème siècle ) à l’époque moderne, dans les années quarante- cinquante. Historiquement on fixe cela à 1947. Date à laquelle on a introduit le vers libre, grâce au poète irakien Sayyab. Mais le poème libre arabe a continué à avoir la même rime dans tout le poème, même si la mesure du mètre poétique a changé. Depuis les années soixante-dix, le poème libre s’est libéré totalement de la rime comme il est dans la modernité internationale. Ensuite est venu le poème arabe en prose. La poésie arabe actuelle participe de tous les courants poétiques mondiaux. En ce qui me concerne , j’essaie d’introduire dans la poésie que j’écris en français un certain rythme arabe classique comme un besoin de dialogue poétique à l’intérieur du texte avec la poésie occidentale.

Quelle est la source du rythme singulier dans lequel vous vous trouvez à écrire ? Lorsque j’ai lu Les chapelets d’attache, j’avais remarqué que dans presque chaque poème il y avait une seule virgule, qui disparaissait dans les derniers poèmes du recueil... Et je ne sais pas pourquoi, j’avais mis en connexion ce rythme avec l’exergue où vous citez de Dante qui dit si on pouvait faire un pas tout les mille ans... Et j’ai pensé aussi au pas de la culture arabe autour de l’année mille...
De ce parcours arbitraire de lecture, je tiens le rythme comme question.

Je pense que l’expression poétique - j’ai dit tout à l’heure que pour moi, il n’y a pas de règles, il n’y a pas de lois poétiques fixes. C’est une recherche.
L’absence de ponctuation, comme son existence, c’est le déplacement du centre du poème. Où se trouve la charpente qui tient le texte ?
l’écriture poétique n’est pas un exercice de langage, encore moins un assemblage de calembours ou de jeux de mots. La structure du poème exige de nous une écriture, une forme, un sens, un rythme, un monde, une vision, etc. C’est ce que j’ai essayé de faire dans Les Chapelets d’attache.

C’est l’écriture de l’expérience ?

C’est l’expérience presque physique du corps. Vous êtes ontologiquement, votre propre rythme dans ce que vous écrivez. La matière du poème elle-même exige de vous un rythme. Dans Les chapelets d’attache il y a un rythme très lent, parce que, le poète qui parle est un théologien. Le livre est conçu comme un livre de prière, avec un rythme intérieur, des méditations, une sérénité profonde. Chaque mot est comme un grain de chapelet.
Dans Les songes impatients, c’est comme dans le rêve, le cauchemar aussi, la nuit agitée, la colère... Le rythme est plus agité, plus nerveux, moins apaisé. J’essaie d’un livre à l’autre de traduire, l’atmosphère, le thème que j’aborde, l’état des émotions. L’expérience change d’état et d’écriture sous la pression de la thématique du livre. Comme il y a parfois de poèmes très brefs, très courts, d’autres plus longs. Dans Les chapelets d’attache, par exemple, il y a une autonomie de chaque poème à l’intérieur du cycle poétique, comme dans une exposition de peintures, où chaque toile a son autonomie, mais l’ensemble constitue une unité .

Chacun ne va pas puiser dans le dialecte, la dite langue maternelle, les rythmes de sa poésie, non sans transformer leur matière ?

Il y a une poésie arabe orale populaire importante dans tout le monde arabe. Certains poètes populaires disent la poésie alors qu’ils ne savent pas écrire. Il y a une grande tradition de transmission orale de la poésie.

Il n’y a pas d’écrit ?

Pas nécessairement. Cette poésie a été rassemblée par des chercheurs et elle fait partie de l’héritage littéraire et culturel arabe. Certains perpétuent cette tradition millénaire. Il est souvent question d’oralité, dans les débats littéraires. Cependant la modernité est aussi d’affaire d’écriture. Il n’est pas exclu d’introduire à l’écrit la richesse de l’oral. Le débat est passionné entre les partisans de la langue écrite, littérale, savante, et la langue dialectale, populaire, les parlers nationaux à l’intérieur du monde arabe pour des raisons politiques évidentes, notamment concernant la question de l’unité du monde arabe où la langue joue un facteur important. Cela dit, mon problème à moi se situe davantage au niveau du bilinguisme. La tension à l’intérieur des textes provient d’une problématique de l’écriture que de la transmission orale.

Oui, je vous pose la question s’il y dans votre poésie une certaine intégration et transposition des rythmes de l’enfance.

Il s’agit d’abord d’écriture. Mais il n’est pas exclu que des images, des termes ou des métaphores surgissent de la mémoire de l’enfance. Cela m’arrive de ne pas pouvoir nommer certaines choses en français parce que j’ai appris cela en arabe petit et il n’y a pas d’équivalent dans le vocabulaire français. Le travail du poète, de l’écrivain est justement celui-là.

Y a-t-il des poètes classiques qui vous ont marqué ?

J’habite un pays : la poésie. D’abord parce que c’est un pays fraternel, ensuite parce que cette fraternité est due à des poètes qui ont été au devant de l’utopie humaine, au devant du rêve humain, qui ont payé cher ce rêve. Dans mon dernier livre, La brûlante rumeur de la mer, je parle de Pétrarque, Dante, d’autres poètes arabes, comme Umru’ul Qays, un poète du sixième siècle. Plus qu’une influence ce sont des clins d’œil amicaux pour l’internationalisation de la poésie et l’agrandissement du cercle humain.

Donc, pas en dehors du cercle humain ?

Il m’importe que la poésie parle de l’humain, du vécu de l’être humain. Le reste, la nature, le cosmos, la machine, etc. ne me semblent importants qu’en fonction de leurs rapports avec la condition humaine. Par conséquent, je me considère d’abord comme un poète appartenant à l’humanité et non pas un extraterrestre ! J’essaie de dire mon visage humain, défendre une civilisation humaine, sans frontières ni barrières...

En parlant avec vous, je n’aperçois pas la moindre trace du soi-disant éternel conflit entre les religions et les cultures.

J’essaie, personnellement, d’un livre à l’autre, d’interroger, d’interpeller d’abord ma propre culture, celle d’où je viens. Parce que je ne peux pas critiquer la culture de l’autre si je ne commence pas par ma propre culture.
Ainsi, le recueil Les chapelets d’attache, est-il sur l’histoire de l’Espagne, à quel moment les musulmans d’Espagne sont-ils devenus intolérants. C’est à ce moment-là que commence la décadence. Le fondamentalisme, l’intolérance religieuse à l’intérieur de l’islam lui-même au moyen âge conduisent à brûler les livres du poète et théologien dont je parle, Ibn Hazm. Ce recueil est une parabole sur la modernité. Hélas l’islam moderne a aussi ses radicaux et ses fanatiques et la liste des auteurs pourchassés, menacés ou assassinés est longue. L’exigence intellectuelle est d’être vigilant, critique envers les siens, de balayer devant sa porte. Ensuite, la littérature peut offrir un dialogue formidable entre les cultures, du moins tel que je le souhaite.

Peut-être y a-t-il des aspects importants de votre travail qui m’échappent. C’est l’occasion d’en parler.

Oui, il y a une question que je partage avec d’autres écrivains de langue arabe c’est : qu’est-ce que la modernité ? Les parcours de la modernité européenne sont-ils les mêmes pour moi ? Pour des raisons d’histoire littéraire, je trouve que l’héritage culturel arabe et musulman qui m‘a nourri, est si riche car c’est formidable de réaliser que la poésie arabe date au moins du sixième siècle. Je viens d’une histoire littéraire immense, qui date d’avant l’Islam. Le poète arabe Antara a dit déjà au 6ème s: Les poètes ont-ils laissé un thème qu’ils n’ont pas déjà abordé, que c’est que je peux apporter de nouveau ? Autrement dit que peut apporter un poète de nouveau ? Le travail du poète ne consiste-t-il pas à chercher une modernité propre par rapport à une permanence des sentiments humains ?
Aussi, l’écriture de la modernité arabe est-elle de s’approprier l’ héritage culturel arabe, d’y puiser ce qui est universel et participer ainsi à la littérature mondiale. La problématique esthétique, formelle est importante au niveau comparatif, à l’échelle mondiale. L’ écriture de la modernité arabe est un souci partagé par d’un certain nombre d’écrivains où il s’agit de débattre de l’histoire littéraire européenne ou occidentale. Est-elle euro-centriste ? Néglige-t-elle l’histoire des autres littératures et ce qu’elles ont apporté à la création universelle. Pour autant, un écrivain arabe peut-il ignorer la modernité occidentale et lui tourner le dos ? Ne doit-il pas aussi enlever les tas de poussière qui se sont entassés sur la littérature arabe afin de créer une modernité ? Ne doit-il pas se libérer des dogmes et des idéologies qui ont pesé sur la culture arabe ? Tant de questions interpellent aujourd’hui le poète, l’écrivain arabe ...

La restitution du texte arabe, sans la poussière des idéologies, est-elle une tâche pour chaque écrivain, pour chaque poète de culture arabe ?

La repossession du patrimoine, par exemple, celui des intellectuels ou des grands poètes de l’islam, nous montre la transgression des interdits. De grands poètes musulmans ont chanté le vin, ont célébré l’érotisme , l’amour, la femme, ce qu’on tendance à oublier à l’époque moderne. Il serait bon de le rappeler en ces jours de fermeture et de menace. Je suis certain qu’en revisitant les textes, en les dépoussiérant, on se rendra compte de la liberté, de l’audace de beaucoup d’auteurs arabes anciens qui sont surprenants et qu’on peut facilement opposer à l’islam politique réducteur, étroit et censeur.
Les exemples des voyageurs arabes anciens est à ce stade très éloquent. Leur ouverture, leur curiosité, leur émerveillement nous sont si nécessaires de nos jours ...
Le travail poétique, au moins pour une partie de ma démarche, est de récupérer la richesse du passé pour lui donner une lecture moderne. Dans le passé de la culture arabe, il y a des créateurs lumineux qui peuvent nous aider à réduire l’obscurité d’aujourd’hui.

Une dernière question : la poésie a-t-elle un privilège face à la prose ?

Pour moi, oui ! Encore que la séparation entre prose et poésie est de plus en plus difficile et artificielle. L’essentiel ne réside pas dans la définition de la phrase ou du vers, mais dans l’écriture elle-même. La poésie la plus profonde, pour moi, serait celle qui peut réussir à dire l’essentiel en peu de mots. Son privilège est l’économie du verbe.

La brièveté ?

Oui, l’économie du verbe, parce que avec l’intensité émotionnelle, avec une image, une métaphore on peut traduire beaucoup. On n’a pas besoin d’expliquer. Dans la prose, la parole est plus bavarde. L’écriture poétique doit aller à l’essentiel, à ce que Rabelais appelait « la substantifique moelle ».

Paris, 21 janvier 2005.

Tahar Bekri. Poète né en 1951 à Tunis. Depuis 1976, il vit à Paris. Il écrit en français et en arabe. Il a publié une vingtaine d’ouvrages: poésies, essais, livres d’art

Giancarlo Calciolari, directeur de "Transfinito.net"


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