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C’est le principe du Père qui unit ces deux registres du privé et du public

La république ou l’empire?

Fulvio Caccia

" Le jour, écrivait Albert Camus, où le crime se pare des dépouilles de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommé de fournir ses propres justifications ".

(1.01.2003)

Un après le 11 septembre, à l’heure de l’imminence d’une guerre annoncée en Irak , la question de l’Empire revient au devant de la scène ( elle ne l’avait au demeurant jamais quitté). Comme son corollaire obligé : la république. Ce couple gémellaire accompagne l’histoire de l’Occident depuis la nuit des temps. L’’Empire succède trop souvent hélas à la république qui s’effondre pour ne pas avoir su conserver ses valeurs. Que cela soit sous sa forme totalitaire ou sa forme plus douce - le bienveillant-gendarme-du-monde-qui-veille-au-respect-des-démocraties-, la soumission à l’Empire est toujours une démission.

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Christiane Apprieux, "Assioma d’oro", 2008

Mais qu’est?ce au juste que la république ? Terme galvaudé s’il en est, la res publica désigne le " bien public ", la propriété d’État et plus largement la politique par opposition à la privatae res, où s’épanouit le singulier, l’individu, dans une indétermination féconde. Découpage qu’on retrouve initialement chez les Grecs qui opposent à l’oikos, la sphère de la maison, le koinòn, l’espace commun, sans pour autant que celui-ci recoupe le politique et ses attributs : citoyenneté, liberté. On pourrait déduire que pour les Grecs, le koinòn préexiste à la polis et la rend possible, mais ne se confond pas avec elle.

Les institutions, rappelons-le, sont garantes du cadre dans lequel se déploient les activités humaines d’une communauté , assignent aux individus qui les constituent leur place et de ce fait assurent leur ancrage à l’intérieur de la société. L’identité individuelle et collective se dégage de la dialectique qui s’opère entre l’individu et l’institution dépositaire de l’Histoire.

C’est ainsi que les individus acquiert le statut de sujet et devient, de par ces critiques et ses oppositions à la tradition, partie prenante du processus de transformation politiques de sa société tout en lui assurant du même élan sa continuité. La moindre attaque au fondement symbolique de ces institutions nous concerne tous car elle touche l’humanité même de tous par le geste d’un seul.

Sans remonter au Moyen âge où l’église faisait des institutions politiques une émanation de la toute-puissance divine, on peut sentir en Occident , deux siècles après l’instauration de l’Etat de droit et soixante ans après la sanglante perversion de l’ Etat par l’idéologie nazie , une crise de légitimité des institutions.

En France, comme ailleurs, cette crise a été perceptible de diverses manières et reflète la transformation de l’espace public induit par la mondialisation et les nouvelles technologies. Pour comprendre les tenants et aboutissants de ce geste intolérable qui pourrait être trop facilement dans la catégorie du fait divers et de la fatalité, il importe que nous saisissions la manière dont l’espace se noue au public .

Le psychanalyste Jacques Lacan nous enseigne après Freud que c’est le principe du Père qui unit ces deux registres du privé et du public. C’est le nom du père comme métaphore qui arrache l’enfant des limbes de l’indifférenciation et lui permet d’accéder au langage et à la culture. Il suffit seulement que son nom circule selon certaines modalités pour séparer l’enfant du désir fusionnel de sa mère et l’instituer en tant qu’être singulier et manquant. C’est en cherchant à combler ce manque qu’il accède par la suite au symbolique et à la sphère de la culture. L’un des conditions clés consiste à ce que le père soit lui-même séparé du désir de sa propre mère pour devenir à son tour un opérateur symbolique et installer la limite et par conséquent l’interdit.

Or cette limite, les deux jeunes forcenés l’ont franchie en la désignant publiquement par le meurtre par le lieu symbolique visé et par ses victimes : les élus distingués par les urnes pour représenter le peuple, les lycéens sélectionnés par l’obtention du diplôme . C’est parce qu’ils en étaient exclus que les meurtriers ont passé à l’acte. Par ce geste extrême, ils dévoilaient l’horreur de la castration.

La mise en abîme de cette vérité de la différentiation humaine (nous sommes différents et nous avons chacun notre place à tenir) a comme effet direct de nous associer tous à son crime. Car la rupture totale avec l’autre si familier et pourtant si différent démontre un certain échec du politique à refonder le lien social, c’est à dire un espace de parole. Tout se passe comme si le désir d’égalité qui a traversé le siècle dernier avait été pris au pied de la lettre, poussé et inversé jusque dans ses ultimes et effroyables conséquences.

Ainsi le tueur de Nanterre et celui d’Erfurt ont tiré les conséquences de cette surenchère juridique et de l’affaissement de l’État de droit auquel elle renvoie, en commettant l’irréparable. Aujourd’hui, les sociétés avancées libèrent de la sorte la violence identitaire, exacerbée par la crise politique et de notre époque. Sous d’autres cieux, elle prend les formes d’un conflit interethnique. Avers et revers d’une même blessure dont la guérison est assujettie à la restauration du sens dans la représentation de soi et des autres.

Que les instigateurs de ces événements fassent de la médiation audiovisuelle (caméra vidéo, cassette audio) l’instrument de leur tragédie, au même titre que les armes ou les explosifs, montre à l’évidence que tel est l’enjeu. Ainsi, ces derniers peuvent renouer d’égal à égal, l’espace d’un moment, avec la communauté des hommes par l’intermédiaire de l’espace public. Ce qui est en jeu c’est justement la reconnaissance de cette part d’humanité niée par un mode de vie anonyme par trop unidimensionnel.

S’il convient de trouver une ressemblance, c’est peut-être avec les événements tragiques qui se sont déroulés à l’Assemblée nationale du Québec en 1984 où Guy Lortie, un jeune caporal d’une trentaine d’année, tua trois personnes et en prit d’autres en otage. Le parcours et les antécédents d’Eric Schmitt, le preneur d’otage de Neuilly et de Thomas Hamilton, le forcené de Dunblane, qui abattit plus de seize enfants en Ecosse, font penser à bien des égards à ceux de Richard Durn : même déracinement, même fascination des armes, même désarroi devant la déliquescence de la solidarité sociale et enfin même cri à l’égard du politique.

En cette période électorale où les deux principaux candidats peinent à se distinguer justement l’un de l’autre au point où l’on peut se demander si on assistera pas à une situation à l’américaine, cette acte dément réaffirme paradoxalement l’irréductible souveraineté de la différentiation.

Cette question pose la place de l’autorité et de la loi. Avant de perpétrer son geste tragique et de se suicider, Richard Durn avait laissé une lettre à une amie. Éric Schmitt avait fait de même à l’attention de son père. Au début du siècle, Kafka, auteur d’une non moins célèbre lettre au père, écrivait qu’ il pouvait y avoir davantage de place pour l’ " épuration du conflit entre père et fils, et la possibilité d’en discuter ".

Il est urgent de reprendre ce débat. C’est de la sorte que, se ressaisissant comme être manquant, chaque femme, chaque homme, pourra renouer une solidarité nouvelle avec l’autre et avec sa propre société.

Telle est l’alternative de notre temps où la révolte, faute de pouvoir se dire, se socialiser, se retourne contre l’homme : " Le jour, écrivait Albert Camus, où le crime se pare des dépouilles de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommé de fournir ses propres justifications ".

Fulvio Caccia, poète, écrivain, directeur de la revue "Combats Magazine", Paris.


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