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Lire l’Apocalypse de Jean de Patmos

Bush sur les traces de Jean de Patmos

Robert Richard

Pourquoi George W. Bush se montre-t-il tellement empressé à en finir avec Saddam Hussein ? Un retour sur l’histoire, en particulier sur les origines des Etats-Unis d’Amérique peut nous fournir quelques réponses. En fait, tout débute avec le dernier livre de la Bible : L’Apocalypse de Jean de Patmos.

(13.02.2005)

Pourquoi George W. Bush se montre-t-il tellement empressé à en finir avec Saddam Hussein ? Un retour sur l’histoire, en particulier sur les origines des Etats-Unis d’Amérique peut nous fournir quelques réponses. En fait, tout débute avec le dernier livre de la Bible : L’Apocalypse de Jean de Patmos, et la question de savoir s’il faut, oui ou non, interpréter à la lettre les visions qui y sont consignées.

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Hiko Yoshitaka, "Contra Demostene", 2002, pastelli a olio su carta, cm 23x30

Au IVe siècle, Saint Augustin reprend ce qu’Origène avait écrit un siècle avant lui, à savoir que le tableau apocalyptique peint par Jean n’a ou n’aurait de valeur qu’allégorique - il s’agirait de métaphores visant à décrire le cheminement de l’individu dans la foi. Rien à voir avec ce qui pourrait être vécu collectivement dans ce bas-monde. Prises au pied de la lettre, les visions de Jean sont d’un grandiose incontestable : le règne millénaire du Christ sur terre, suivi d’un ultime affrontement (Harmagedôn) avec Satan, le tout aboutissant à l’établissement de la nouvelle Jérusalem, non pas au Ciel, mais bel et bien sur terre. Or c’est cette idée d’un éventuel Paradis sur terre qu’Augustin refuse : pour l’évêque d’Hippone, les finalités divines et les finalités terrestres ne doivent pas être confondues. Le Ciel sur terre, oubliez ça ! - voilà en gros ce que pense Augustin.

La tradition apocalyptique protestante anglaise du XVIIe siècle va tenter, elle, de réconcilier ces deux finalités (divine et terrestre), en affirmant que les événements décrits dans le Book of Revelations se produiront véritablement, et que le Kingdom of God s’implantera réellement dans notre temps et dans notre espace à nous. Si bien que, aux yeux des différentes sectes protestantes de l’époque, l’apocalyptique n’était pas un événement devant se produire exclusivement dans l’âme des fidèles (comme le prétendaient Origène et Augustin) ; pour les membres de ces sectes, les écrits de Jean avaient une portée et une valeur collectives, c’est-à-dire que des pays et des peuples entiers - voire, la terre entière - allaient pouvoir un jour jouir d’une sorte de paradis terrestre restauré.

D’où, il faut le mentionner, la contribution du millénarisme protestant du XVIIe siècle à l’idéologie anglo-saxonne du progrès. Cela surprendra, mais la très laïque " law of progress " des Buckle et Spencer remonterait, en partie - peut-être même en grande partie -, aux Levellers, Diggers, Ranters, Muggletonians (etc.) de l’époque de la guerre civile anglaise. Grâce au progrès scientifique, nous disent les dignes héritiers laïcs (XVIIIe/XIXe siècles) de ces sectes, l’homme pourra réaliser le paradis sur terre : il lui suffit d’anéantir les différents " Satan " que sont la maladie, la pauvreté, l’ignorance, l’injustice, etc.

Les Etats-Unis doivent leur existence à ce puritanisme apocalyptique protestant (1). On pourrait aller jusqu’à dire que l’Amérique a l’apocalyptique dans le sang. C’est ce qui explique la fâcheuse habitude d’un George W. Bush de vouloir analyser la politique internationale non pas en termes d’enjeux géo-économiques ou de conflits nord/sud (etc.), mais en termes de bien et de mal. En particulier, cela explique le vocabulaire (" evil doers", " axis of evil ") qu’il affectionne, et son désir avoué d’exciter le peuple américain à entreprendre une " crusade " contre un terrorisme islamiste international.

Par ailleurs, la vocation de croisé que Bush s’est trouvé, depuis les événements du 11 septembre, est en ligne directe avec la doctrine de la Manifest Destiny (1845). Suivant cette doctrine, énoncée par John O’Sullivan, les U.S.A. devaient se vivre comme investis d’une mission divine dont le but était de répandre les idéaux démocratiques et protestants sur l’ensemble du continent. Cette doctrine a servi à cautionner l’expansionnisme américain au XIXe siècle (avec ce que cet expansionnisme a pu comporter de crimes perpétrés, en particulier, contre les peuples autochtones, tenus pour des infidèles). Il n’est pas difficile de déceler le fond idéologique derrière cette doctrine, et qu’on peut décrire comme étant la volonté, plus ou moins consciente, d’instaurer le règne millénariste du bien sur terre (2). Aujourd’hui, pour mener à terme la mission annoncée dans la Manifest Destiny, il s’agit d’anéantir les infidèles, les " Satan ", de notre XXIe siècle débutant, dans une guerre à finir, un Armageddon flamboyant (auquel rêvent les Bush, Rumsfeld et Rice) contre les " forces of evil ".

C’est Woodrow Wilson qui disait, en 1919 : " L’Amérique a le privilège infini de réaliser son destin et de sauver le monde. " Bien avant Wilson, Herman Melville avait proclamé dans White Jacket : " [Le Messie politique] s’est incarné en nous. ".
C’est justement ce fond apocalyptique qu’un film comme Armageddon (1998) a porté au grand écran. Je réfère à la thématique de l’Amérique salvatrice que ce navet grandiloquent a su exploiter. Dans cette super-production, une météorite fonce sur la terre. Mais celle-ci sera enfin sauvée de la destruction totale, par une équipe invraisemblable de foreurs américains (moitié cow-boy, moitié idiots savants) qu’on envoie dans l’espace pour faire exploser le méchant caillou satanique.

C’est donc à ce lourd héritage apocalyptique porté par la nation américaine qu’on peut attribuer le curieux désir d’un George W. Bush de donner à une intervention éventuelle contre Saddam Hussein des allures de guerre sainte et d’Harmagedôn. Au fond, ce qu’il faut comprendre, c’est ceci : une fois Saddam Hussein " décapité ", la planète entière jouira enfin d’un beau grand Ciel bleu américain sur terre.

(1) Parmi les différents courants qui ont contribué à forger l’identité américaine, deux sont d’une importance particulière : l’humanisme civique italien, gouverner se résume à peu près à ceci : savoir identifier l’ennemi pour, enfin de compte, pouvoir l’anéantir. Or le puritanisme protestant ajouté à ce rôle d’identification/anéantissement de l’ennemi, une très dangereuse et très capiteuse dimemsion messianique.

(2) Sur la doctrine de la Manifest Destiny, il faut lire l’étude du même nom, de Albert K. Weinberg, Chicago, Quadrangle Books, 1963.

Robert Richard est essayiste et romancier vivant
au Canada. Il a publié Le roman de Johnny et Le
corps logique de la fiction.


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30.07.2017