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(dialogue avec un masque sur la scène)

Danse masque danse

Fulvio Caccia

la nuit approche avec ses cortèges de poussière, ses comètes lancinantes ses ombres foudroyées

(1.01.2002)

Danse masque danse !
Plante ton cri babouin
très loin là-bas au faîte du silence
dans ce lieu vide
où tu surgis soudain
pour te saisir de moi
Danse masque danse !

Je bois tes rythmes
tes scansions, tes mouvements
tes fusions pour ne plus penser v que la nuit approche avec ses cortèges de poussière, ses comètes lancinantes
ses ombres foudroyées
La peur
au centre du grand rectangle vide
Tu fais bloc contre moi

Je suis là pourtant
près de toi face à toi
Tu ne me vois pas ?
Je suis si proche...
Tu entends ma respiration
tu ressens ma multitude
dans ce silence étouffé
où tu feins de m’ignorer
L’obscurité te protège de moi
de mon éclat, de mon désir
de mon anonymat
Tu fais semblant de t’éloigner
Danse masque danse

Alors tu prends possession
de l’espace entre nous
tu poses ton pied bien à plat pour sentir le rythme
la lenteur, la douleur qui monte de la terre inouïe
qui te sépare de moi
Tu décomposes le mouvement
le reprend sans le masque
pour m’éprouver encore
Danse masque danse

Ton corps devient méduse, algue
ondoiement, vibration sur la plaine
fenaison, vent dans les broussailles
offrande de la mer éblouie
où tu retournes sans cesse
comme dans le lit de la nuit pour m’attendre

Brûles-moi dans la sarabande de tes bras
enchaîne-moi à cet instant que sans cesse
tu recommences pour m’oublier
oublier le grondement du désir
la distance qui nous tient lieu de bouclier
de totem invisible
Et tu me regardes enfin

Tu n’as plus de masque
tu avances forte et libre
fière de ton corps multiple
tu succombes à ce qui est au delà de toi
Tu t’engages dans le chemin qui vient vers moi
Danse masque danse

Alors tu résistes encore
tu te cabres, te cambres, te tords
Tu recules pour ne pas choisir
Tu choisis de ne pas mourir
Non ! Reviens. Ne t’en vas pas
Reste encore un peu
Regarde-moi comme la première fois
N’aie pas peur. Ne crains plus la morsure du soleil
la scansion de la mort, le désir,
la vérité
Je suis toi Tu es moi

Danse masque danse

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Hiko Yoshitaka, "Trou de mémoire", 1999, pastelli a olio su carta, cm 23x30

Les Lilas, France, 22 décembre 2001

Fulvio Caccia, poète, écrivain, journaliste, directeur de la revue "Combats".


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17.06.2013