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Un roman famélique indigne du talent et de la trempe de son auteur

"Plateforme" - Michel Houellebecq

Hélène Bergeron

Je pense que Houellebecq s’est égaré quelque part dans la construction romanesque de Plateforme. Dommage que l’écriture singulière, impitoyable et dérangeante de Houellebecq se soit dilapidée ainsi avec nonchalance et désinvolture dans une historiette froufroutante baignée dans des effluves de sperme et des relents de tinette dérisoires. Avec en prime un petit arrière fond souffreteux de tourisme sexuel démodé qui ne scandalise plus personne.

(22.05.2004)

Foutre, disait Baudelaire, c’est aspirer à entrer dans un autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même. Peut-être Michel Houellebecq, le nouveau dandy des médias, devrait-il relire Baudelaire, avant de s’égosiller sur toutes les plates-formes médiatiques pour porter à bout de bras son étendard en faveur de la prostitution.

Ne serait-ce que pour ne pas donner à penser aux mauvaises langues qu’il n’est pas un artiste. L’invective est un genre, ma foi, plutôt intéressant, mais il y a un savoir-faire qu’on ne peut éluder si l’on veut la pratiquer avec art.

Étant donné que cela me désole de voir Houellebecq joué si pathétiquement son rôle, je m’empresse de lui recommander le très bel essai de Marie-Christine Natta La grandeur sans convictions: essai sur le dandysme, paru aux Éditions du Félin en 1991. À vrai dire, il est sur la bonne voie ; cependant il lui manque deux ou trois petits trucs que Madame Natta lui susurrera à l’oreille.

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Carlo Tosin, "Totem"

Difficile de ne pas dire un petit mot sur Houellebecq - qui s’excite névrotiquement comme un imbécile alors qu’il est aux antipodes d’en être un - avant d’aborder Plateforme, pourquoi ? Parce que Houellebecq est en train de phagocyter son livre et si cela continue se sera lui-même qu’il phagocytera.

J’ai fait la connaissance de MH il y a cinq ans avec la lecture d’Extension du domaine de la lutte. J’avais été renversée par ce livre très noir et d’une écriture glacée et chirurgicale. J’ai donc attendu avec impatience Les particules élémentaires. J’y retrouvai le même style froid, implacable, à la limite du mémorandum - cette constatation de faits bruts quasiment neutres découpés au scalpel et sans fioritures ni pathos. Je me souviens que ses incursions scientifiques me barbaient un peu, mais bon, cela n’était dû en somme qu’à mon ignorance dans le domaine donc il me fallait traverser ce petit Rubicon, c’était tout. Les particules élémentaires m’avaient mise certes sans dessus dessous comme Extension du domaine de la lutte et j’avoue que ma curiosité et mon enthousiasme restaient en haleine face à l’univers morbide et désillusionné de cet étonnant écrivain qui, me disais-je, était trempé dans l’acier inoxydable. Bref un écrivain dérangeant et déroutant : donc à suivre.

Puis vint Plateforme, et toutes affaires cessantes je me précipitai sur le dernier-né de MH. J’y retrouvai le style flegmatique houllebecquien- que j’aimais tant et des pages rutilantes ciselées au rayon-laser - au service d’une trame narrative rachitique et paresseuse portée par des protagonistes d’une banalité d’épouvantail sidérante. Quelle déconvenue !

Comment Houellebecq avait-il pu, me disais-je, se gaspiller ainsi dans une histoire bancale digne de la collection Harlequin avec des élans existentiels fulgurants mais ratant leur cible parce que jetés à l’emporte pièce comme des résidus d’un style glaciaire pompeusement préfabriqué ? Comment Houellebecq le radical de la ligne à risque pouvait-il prétendre jouer l’encanaillement libidineux sur un mode aussi mineur et infantile ?

Comment Houellebecq osait-il nous proposer un si inconsistant Meursault bricolé dans la déconfiture du peep-show et de la branlette ? Un Meursault revisité et anxieux qui en voulait à son père (le livre s’ouvre sur la mort du père de Michel le héros) d’avoir fourrer sa grosse bite dans la chatte de sa mère. Dire, pensais-je perplexe, que le poète-chanteur Jim Morrison hurlait de toute sa rage de vivre - à la fin des années soixante - en prenant son père à témoin (Father - Yes, son - I want to kill you) qu’il désirait foutre sa mère (Mother - Yes, son - I want to fuck you). Cri stupéfiant de la transgression du Roi Lézard, chanson foudroyante qui m’a toujours donné la chair de poule. Et là, en l’an deux mille un je me voyais en train de lire l’anathème timide d’un héros léthargique qui en voulait au cadavre de son père d’avoir fourrer sa grosse bite dans la chatte de sa mère. J’ai failli perdre connaissance sur-le-champ devant ce petit Œdipe frelaté digne d’un eunuque en mal d’apitoiement. Décourageant ! Inutile de dire que ma lecture commençait plutôt bizarrement. Et cela irait ainsi de bizarreries en incongruités tout au long, du dernier cru houllebecquien : Plateforme.

Première partie

Tropic Thaï :

Michel éjaculateur précoce, adepte du peep-show et de la branlette, travaille au Ministère de la Culture, comme gestionnaire comptable. À la mort de son père, il part se changer les idées en voyage. D’une nature scrupuleuse sur son profil de consommateur il opte pour le plan Marshall celui où le client cherche à maximiser son profit. Son choix s’arrêtera sur Tropic Thaï offert chez Nouvelles Frontières. Le choix Tropic Thaï, style plan Marshall, offrira à Michel des compagnons de voyage manière Bidochon. Plan Marshall en sus, Michel aime bien les Thaïes : elles sont jolies, affables, soumises et peu bégueules pour les éjaculateurs précoces occidentaux. Deus ex machina, après avoir passé 15 jours à s’éparpiller - et nous avoir éparpillés également - dans le Guide du Routard - entre quelques intermèdes de massage thaï qui rendent Michel plus épanoui que la pratique coutumière de la virilité isolationniste de son poignet, il ose demander, dans un élan d’audace suprême, le numéro du portable de Valérie - qu’il reluquait en silence depuis 15 jours - une fois rendu à l’aéroport. À suivre ...

Deuxième partie

Avantage concurrentiel :

Après avoir gentiment dégusté un poulet graisseux carbonisé Michel, téléphone à Valérie, tout tremblotant. Deus ex machina bis, elle accepte de dîner avec lui le soir même. Re deus ex machina bis, coup de foudre, coup de foutre. Elle l’aimait depuis 15 jours. Michel n’en revient pas, nous non plus d’ailleurs. Valérie le stupéfie, elle gagne 40 000FF par mois.

C’est la cagnotte. Elle est bien roulée, elle gagne bien sa vie, et avec elle, l’éjaculation devient parfaite. Ils s’aiment. Tout va bien. Michel emménagera sous peu. A quoi bon payer deux appartements, disent les amoureux fous. Mais, vitement, la bagatelle sera reléguée à des nuits plus blêmes car Valérie- jeune cadre pour Nouvelles Frontières - se voit offrir un poste où le défi est de taille.

En effet, Jean-Yves son collègue de travail- jeune cadre plus que prometteur- se voit recruter par un chasseur de têtes pour revamper un complexe hôtelier en débandade pour le groupe Aurore. Jean-Yves lui fait miroiter près du double de son salaire pour l’accompagner dans ce challenge. Valérie accepte. Michel est fier de sa Valérie. Un soir pour s’amuser un peu, histoire de décompresser devant les heures de travail qui grugent l’amour foudroyant de nos amoureux fous, Michel amène Valérie dans un club sadomasochiste. Mais qu’a-t-elle tout à coup sa Valérie à vouloir partir sur-le-champ ? Une fois hors du lieu maudit, Valérie avouera à son Michel, pour le rassurer, qu’elle a reconnu la femme de Jean-Yves, Audrey, déguisée en louve des SS oui, dit-elle, celle-là même qui fouettait le gros ventripotent, sous leurs yeux. Michel n’en revient pas. Nous non plus !

Les mois passent, et il s’en passe des choses, que diable ! On apprend par exemple que Jean-Yves désespéré flirte avec Eucharistie la baby-sitter de quinze ans qui garde ses deux enfants. Il est malheureux, le Jean-Yves, son mariage fout le camp, et Audrey sa SS libidineuse découche de plus en plus. Mais Eucharistie veille au grain et le console avec des pipes et la totale. La coquine de quinze ans, apprendrons-nous, a déjà une vie sexuelle considérable à son actif. Nous saurons aussi qu’une collègue de Jean-Yves et Valérie sera violée après le travail en prenant le train pour se rendre chez elle. Le wagon est à moitié plein, personne ne réagit à ce viol collectif. Le monde est bien laid. Erreur, il est pis. Misère noire ! il y aura aussi quelques meurtres dans les environs du bâtiment à Evry. Le monde se désagrège, frissonnons-nous.

Heures supplémentaires sans fin. Pendant ce temps, Michel promène son ennui sur le budget d’une artiste qui travaille sur la reproduction de son clitoris en matière plastique, mais Michel a la tête ailleurs. Comment est le clitoris de sa Valérie ? Cette Valérie qui arrive de plus en plus fatiguée, au grand dam de Michel, qui voient ses nuits d’amour s’amenuiser.

Rebondissement. Tout va s’arranger. Michel, voulant reconquérir ses nuits chaudes auprès de sa dulcinée, trouve une idée pour le projet de Valérie et Jean-Yves qui sera finalement subventionné, par un influent homme d’affaires allemand - qui passait par là - pour ouvrir un complexe hôtelier olé olé en Thaïlande - style plan Marshall. Tout baigne dans l’huile ! Nos amoureux transis iront faire un tourisme sexuel léger à Cuba, entre temps, pour s’occuper de leur couple, comme on dit.

Retour, la vie continue à s’articuler à partir de pas grand-chose. Enfin les vacances, les vraies. Jean-Yves, Valérie, Michel et Lionel ( un des Bidochon du premier voyage de Michel, que nous avions perdu de vue - réapparaît par hasard, Michel est étonné - nous aussi) partent en Thaïlande jouir de leur corps à travers d’autres corps. Ah ! j’allais oublier Jean-Yves s’est débarrassé d’Audrey, la fouetteuse sanglée de cuir. Pour sa part, Eucharistie a passé Jean-Yves à la trappe parce qu’elle a un nouveau petit ami. Cependant la vie cette friponne l’attend : les Thaïes ne sont pas compliquées, elles sont jolies, jeunes, expertes et faciles à contenter. Suspense léger ! Jean-Yves trouvera-t-il l’amour dans un bordel thaï ? On retient délicatement notre souffle, en attendant la suite.

Mais la vie, cette vilaine est sournoise. Freud avait raison il n’est pas dans le plan de la Création que l’homme soit heureux. Un attentat terroriste islamique vient mettre fin au rêve de la vie autochtone à la Gauguin. Valérie agonise dans les bras de Michel abasourdi. Les autres victimes agonisent en morceaux épars. Jean-Yves est affligé de quelques égratignures et est congédié par le groupe Aurore, tandis que Lionel (le Bidochon) a les jambes arrachées et mourra quelque temps après. Michel le pauvre sera interné.

Troisième partie

Pattaya Beach :

Errant et désabusé Michel sortira de sa prostration pour fustiger l’Occident qui exporte un système où il est devenu impossible de vivre. Vlan ! On jurerait tout à coup que Michel a un faux pli au cerveau. D’animal domestiqué Michel vomit le nanisme du bonheur occidental. Damné parmi les damnés occidentaux il promènera sa décontraction ou sa dégaine, c’est selon dans le vertige de son somnambulisme.

Devenu l’ombre de l’ombre de lui-même il retournera sur les lieux de son rêve brisé en se retirant du plaisir du sexe et en bavardant avec une tantouse pédophile. Que faire désormais, sinon rédiger cette histoire et attendre que les Thaïs retrouvent un jour où l’autre quelque part son corps moribond qu’ils jetteront à la fosse commune. Fin !

Que dire d’une trame narrative aussi engoncée dans la culture de la broutille ? Que dire également de ce Michel ratatiné dans le nanisme de son sexe et qui parsème parcimonieusement à l’emporte-pièce, tout au long du roman, des réflexions stupéfiantes sur la pathologie sociale de notre monde tyrannique de l’immédiateté rivé au sexe compulsif et à l’encombrement monstrueux d’un monde de marchandisation qui nous aspire dans un quasar où la perte de sens amène la perte d’identité ?

Houellebecq, à mon sens, nous offre ici un roman trébuchant. L’histoire est d’une pauvreté ahurissante ; pour l’histoire d’amour, il faudra repasser, quoiqu’en dise l’auteur et ses exégètes. Houellebecq a donné à Michel une lucidité qui vient de Houellebecq et cela ne passe pas. Car Michel est un ectoplasme désemparé grisé par sa névrose d’homme cynique et pleutre, qui s’engouffre dans la banalité de sa vie, les bras baissés. On ne peut croire à la conscience effondrée que Houellebecq a prêté à son alter ego de papier mâché. Michel est un pauvre type (comme il y en a des masses) sans empathie, sans compassion, sans générosité - uniquement préoccupé par les conditions météorologiques de sa bite. Alors comment un être aussi conforté dans la banalité de sa vie et fermé dans son égotisme de bon aloi peut-il de ci de là dans le roman nous amener vers des réflexions si pertinentes et si critiques au niveau de la grammaire de l’être contemporain ?

Peut-être Houellebecq a-t-il tenté de faire passer la lassitude de l’homme contemporain qui est l’homme de l’ennui et l’homme absent à la présence des autres à travers une trame narrative inepte et lassante où l’angoisse diffuse n’a que la misère du sexe pour calmer sporadiquement l’anxiété existentielle devenue exponentielle ? En ce cas Michel est un pantin de Houellebecq et Michel n’est pas le narrateur donc Houellebecq est le narrateur omniscient. Ainsi Michel agit (le terme est exagéré, disons plutôt qu’il est agi) et Houellebecq, l’éminence grise, en douce lui donne le bifteck pour assumer lucidement son cynisme et le fardeau de son impuissance. Si cela se voulait ainsi la connexion du je est ratée. Michel est la créature de Houellebecq et non l’inverse. D’où l’impossibilité pour un auteur réaliste de transformer un mort-vivant insignifiant en un penseur vitriolique.

Je pense que Houellebecq s’est égaré quelque part dans la construction romanesque de Plateforme. Dommage que l’écriture singulière, impitoyable et dérangeante de Houellebecq se soit dilapidée ainsi avec nonchalance et désinvolture dans une historiette froufroutante baignée dans des effluves de sperme et des relents de tinette dérisoires. Avec en prime un petit arrière fond souffreteux de tourisme sexuel démodé qui ne scandalise plus personne.

Plateforme est un roman famélique indigne du talent et de la trempe de son auteur.

© "Exigence-Littérature", Paris.

Hélène Bergeron, critique littéraire. Montréal.


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