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Mais d’abord comment définir cette " nouvelle " sexualité ?

Le cybersexe n’aura pas lieu ou le triomphe de la classe moyenne

Fulvio Caccia

La mondialisation de l’économie entend briser tout rapport de médiation en réduisant le rapport à la binarité producteur-consommateur. Le rapport triangulaire, c’est l’écriture qui peut le réintroduire. Comment? En donnant à ces images qui nous paraissent venir du cosmos leur véritable dimension humaine.

(19.05.2005)

"La semaine dernière j’ai fait l’amour avec onze personnes. Six hommes, cinq femmes et je crois même être fiancée avec une fille d’Arkansas. " Cette confidence d’une jeune anglaise s’étalait sur quatre colonnes dans l’hebdomadaire Observer le 4 avril 1999. Et la jeune femme d’ajouter d’un même souffle : " C’est très libérateur pour une fille de la classe moyenne comme moi, d’avoir autant de relations sexuelles... L’une des plaisirs du cybersexe n’est-il pas de cacher son identité derrière un écran ". Preuve s’il en est que la plus vieille utopie du monde est ... en passe de se réaliser !

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Hiko Yoshitaka, "La cosa differente", 2000, pastelli su carta, cm 23 x 30

Mieux, elle est offerte en option sur les principaux portails d’internet. Le succès d’AOL a d’abord été celui de ses " sex chats rooms ". Parions que sa fusion multimilliardiaire avec la Time Warner ne fera que l’amplifier. Car la cybersexualité est bien la composante cachée de la netéconomie qui s’embrase en cette fin de siècle. Il ne faut pas s’y tromper c’est le cybersexe qui contribue à structurer la demande ; soit la constitution de " porte-feuilles d’abonnés captifs" si convoités par les e-capitalistes. Dès lors il devient facile de combler cette " demande " planétaire par une " offre " tout aussi mirobolante constituée de " produits culturels ". D’où ces mariages de raison entre les " porte-feuilles" et les " catalogues ". Du pain et des jeux.

Le " contenant " et le " contenu " , le réel et l’imaginaire entament ainsi une danse lascive qui consiste à éliminer tout ce qui pourrait le séparer du consommateur séduit et...rivé à son écran : l’autre.

Mais ce marivaudage que d’aucuns veulent transparent a un prix : la dépendance. Sur les neuf millions d’internautes qui visitent des sites roses, la moitié est déjà accro au cybersexe révèle une étude publiée par l’American Psychological Association en avril 99 . Du coup les enquêtes prolifèrent sur le net pour tenter de saisir les contours fuyants de ce comportement tout à la fois très ancien et très moderne et qui, hier encore, semblait pure fantaisie.
L’ère de la cybersexaualité a commencé sans l’air d’y toucher .

Mais d’abord comment définir cette " nouvelle " sexualité ? Un ethnologue anglais en donne deux acceptions courantes. C’est la masturbation en temps réel assistée par ordinateur, déjà familiers les minitélistes roses. Les usagers se décrivent mutuellement ce qu’ils " font " à l’autre pendant ce qu’ils se masturbent . La seconde c’est de s’émoustiller mutuellement dans des " chat rooms " en se racontant des histoires salaces. Ces formes seraient, selon ces chercheurs, suffisamment satisfaisante pour induire " un réel orgasme " donnant à cet égard raison au Jacques Lacan qui affirmait naguère qu’il n’y a pas de " rapport sexuel " .

Lorsque, il y a trente ans, le psychanalyste jetait cette injonction en pâture à une opinion infatuée par la libération des moeurs, il ne se doutait pas que la révolution numérique allait se charger de lui donner raison. Comment ? En mettant à nu l’inexorable logique du désir . Sa séquentialité. Or " le plaisir imaginé s’appelle désir " rappelle Paul Ricoeur.

La cybersexualité participerait donc du désir même, sa "découverte" sa mise à nu justement , dans le sens où l’employa jadis Americo Vespucci pour évoquer le Nouveau Continent. Est-ce un hasard si la cybersexualité, ce continent noir, est " découvert " au moment où le clonage rend l’immortalité possible ?

Certes non. A cet égard, elle est bien cette " mixture de rationalisme puéril et d’angélisme sécularisé " que le grand Cioran prêtait à l’utopie. Mais comme l’inclinaison de l’utopie, c’est de réaliser en négatif ce qui avait été imaginé en positif, on voit à quel point elle participe de l’humaine condition. Car l’utopie est aussi à sa façon un mythe dégradé ou plus exactement un mythe en train d’être laïcisé. Or le plus moderne et le plus ancien de ces mythes n’est-il pas celui d’une sexualité tout à la fois régénérée et maîtrisée par la technologie ?

Voilà bien, au pied de la lettre, l’avènement de ce "gouvernement du sexe" que les chantres d’un érotisme non-génital, enfin délivré du corps de l’autre -mais non de son image-, nous promettent en guise de hochet futuriste. Comme l’automate était celui jadis d’une noblesse enivrée par la découverte de l’Amérique et des premières utopies, le cybersexe signe le triomphe d’une classe moyenne qui s’encanaille urbi et orbi. Le but caché était le même : triompher de la mort sans passer par Dieu . Puisque la religion ne parvenait plus à en convaincre l’homme , c’est à dire à le faire rêver de plaisir , peut-être la science réussira-t-elle?

Car si le corps se trouve enfin libéré des vicissitudes de la reproduction ; rien alors ne nous empêcherait de nous adonner à l’exaltation sérielle de notre propre singularité ; et surtout pas les principes bioéthiques brandis comme naguère la menace de l’enfer éternel pour les pécheurs détournés du droit chemin.

Tel serait le paradoxe de la cybersexualité : elle procède comme si l’Homme avait réellement triomphé de la mort. C’est ainsi qu’elle relève du leurre et plus généralement de la théâtralisation.

Les promoteurs du cybersexe l’avaient bien compris. Lorsque la post-féministe Lisa Palac et son complice Mike Saenz forgent ce néologisme en février 1993, ils entendaient mousser leurs produits respectifs : le magazine Future Sex et la propre maison de production de Saenz. Leur coup de pub fut un coup de maître. En lui préférant le terme " cyber " pour qualifier la sexualité à venir au lieu du " digital " ou " numérique " déjà usité, ces astucieux publicistes se branchaient directement sur l’imaginaire. La peur du SIDA mais surtout l’avènement des NTIC auront fait le reste . Le reste ? C’est à dire le basculement de nos sociétés avancées vers " le modèle " dont le surgissement du virtuel est le symptôme.

Force vitale, du latin "virtus" , le virtuel renvoie à la "puissance" aristotélicienne et à son pendant " l’acte ", vieux débat scolastique. Or le virtuel ne peut être pensé distinctement de l’actuel : il en est la continuité. Le vecteur du binôme actuel-virtuel, c’est l’avènement proprement dit, la naissance, la percée dans le réel lequel est constitué "des choses mêmes", (petit Robert) c’est-à-dire de collections d’actes advenus, cristallisés, formalisés, historicisés.

La langue anglaise a une expression imagée pour rendre compte de cette irruption dans le réel : "breakthrough" . On distingue bien ainsi l’horizontalité de l’espace et la verticalité du temps. Pour penser ce point de conjonction désormais visible entre ces niveaux de réalité, il faut une autre approche.

La transdisciplinarité se situe au delà et à travers les disciplines, elle s’intéresse à la dynamique engendrée par l’action de plusieurs niveaux de réalité. Sa méthodologie se fonde également sur le principe du tiers-exclus et la notion de complexité énoncée par les Edgar Morin, Michel Serres.... La logique classique qui fonde l’esprit scientifique est ici en partie invalidée. Dans le virtuel, les seuils ne sont pas seulement visibles mais réversibles.

Or dans cette navette entre les rhizomes du virtuel, il y a, bien sûr, une limite irréversible : le corps. Le corps c’est l’acte même ; avènement opposé à la mouvance des possibles : notre humaine condition . C’est là où justement cela se complique. Autant le corps peut être le point de départ d’une nouvelle perspective et donc d’un nouvel humanisme; autant il consomme la dernière étape de sa réification. La cybersexualité dévoile cyniquement ces deux versants.

Comment ? En rappelant que le corps est à la fois objet et sujet de plaisir. Du coup l’homme se voit confronté au choix. Et à sa propre liberté. Cette prise de conscience du sujet a aussi son pendant public : une nouvelle solidarité. Elle se manifeste de mille façons chez les internautes. Demain, elle peut devenir l’arc-boutant politique dont l’Homme aura besoin pour lutter contre ce machinisme généralisé que dénonçait déjà Marx et après lui, les penseurs de la technique.

Aujourd’hui la mécanisation du travail de l’homme est achevée. Commence la déconstruction de sa propre intelligence et, ce faisant, de sa propre sexualité. Processus qui fascine et fait peur tout à la fois parce qu’il met à jour la volonté de puissance qui se love dans tout désir. Puissance qui est plus que jamais induite par les loi du marché. Or ce pouvoir peut être désamorcé en comprenant son mécanisme économique, culturel et social et sa finalité de domination.

Déjà au milieu des années soixante-dix , l’industrialisation de la pornographie avait balisé le chemin. Les nouvelles technologies l’élèvent un cran plus haut: la réification du corps. Mais la morale protestante qui subsiste néanmoins dans le post-capitalisme d’aujourd’hui ne peut couvrir ce corps chosifié, au sens propre comme au figuré. La réponse se trouve donc dans cette mise en scène du sexe par la dérision.

La revanche de Diogène

La profanation généralisée des représentations du corps permet de liquider les reliquats de la culpabilité judéo-chrétienne. C’est la revanche du cynique sur l’idéaliste, de Diogène sur Platon dont l’idéalisme sectaire nourri par le mépris du corps avait triomphé grâce à la récupération idéologique faite par le christianisme.

Le côté grotesque, kitsch du cynique extériorise les mécanismes mêmes de l’imaginaire, lui fait rendre ... l’âme ! Car l’éclat de rire est précisément ce qui nous renvoie à notre humanité capable de distanciation par rapport à la machine. C’est ainsi que l’on peut résister aux séductions idéalistes et au mirage technologique.

La cybersexualité constitue justement le seuil de réaction à partir duquel peut se redéployer la conscience du sujet. Mais l’inverse peut être tout aussi possible: le devenir objet. La tâche qui nous échoit, à nous contemporains de ce XXIe siècle naissant, consiste à éclairer ce choix, à montrer que l’Homme n’est pas seul devant la machine, bref qu’il peut organiser cette "solidarité biologique" chère à Marcuse .

Voilà pourquoi il convient de renouer avec la trame de la Narration éclatée en myriades de micro-récits qui caractérisait déjà le début du XXe siècle. La cybersexualité nous y convie à sa façon. L’histoire qu’elle raconte est celle, éternelle, du mythe de la différenciation sexuelle; c’est-à-dire du surgissement du corps sur la scène de la représentation.

La femme, premier prolongement de l’Homme triomphant

Chaque innovation technologique majeure reconfigure ce grand Récit . Et ses pièges inévitables. Ce fut notamment le cas lorsque l’Homme passa du polythéisme au monothéisme. Dans la bible Dieu crée Adam deux fois , d’abord avec le double sexe -il était donc androgyne- et tout de suite après en le séparant de l’Autre, de la femme, durant le sommeil : d’où l’acception première de sexe.

Chez les Grecs, l’avènement de l’écriture alphabétique cristallise le mythe de Prométhée. Pure invention "technologique " des Olympiens, Pandore devait séduire le voleur de feu . On sait ce qui est advenu. Après avoir vidé sa fameuse boîte des maux de la terre, Pandore deviendra, à l’instar d’Eve, la mère de l’humanité. Certes il y aurait abondance à écrire sur ce thème.

Mais ces intuitions permettent dès lors mieux dès lors comment la cybersexualité peut éclairer la connaissance des mythes de l’Autre, c’est-à-dire du féminin et de leurs relations avec leur environnement techno-politique. Car elle masque et démasque le trauma de la séparation dans un même mouvement hallucinatoire. Rien d’étonnant puisque l’imaginaire carbure depuis toujours à "la fusion".

La première représentation se trouve dans le mythe apocryphe de Lilith, la première femme d’Adam, qui après sa damnation, vient titiller Adam la nuit dans ses rêves et dont les succubes seraient les reliquats. La cybersexualité rend visible ce fonctionnement de l’imaginaire où le sujet colle, s’abolit dans l’objet où les fantaisies érotiques ne se réalisent jamais.

Mais, poussé à l’extrême, cette logique de la fusion imaginaire peut conduire à son contraire : la séparation. Marshall McLuhan nous a appris que l’effet d’un média surchauffé s’inverse. Si le sexe cyber est "froid", il peut devenir "chaud" du fait de sa généralisation, de sa profanation. Ses contradictions éclatent et ainsi la sexualité peut retrouver sa signification véritable, le caractère fondateur de la rencontre, la puissance de l’union conjugale.

Le roman, la forme sécularisée du mythe

Les grands Récits de l’Occident retracent aussi cette rencontre. Le roman qui condense en son sein tous les genres constituait jusqu’ici la forme la plus achevée et donc , la plus moderne, de la sécularisation du mythe. Le cybersexe esquisse une variante cynique, caricaturale, allégorique du grand Récit de la différenciation qui commence par la Genèse et aboutit aujourd’hui dans sa forme allégorique, amoindrie à sa disparition à sa dissipation dans le réel

Déjà Les Liaisons dangereuses de Chalderos de Laclos anticipaient au XVIIIe siècle les variantes du désir dans un nouvel environnement en gestation qui est déjà celui de notre modernité. Laclos arrive au moment où la technique de l’imprimé est parvenu à un degré d’évolution suffisante pour permettre d’élever l’artifice , d’augmenter le degré de fiction. Ce roman mûrit en tant que genre et clôt ainsi la période antérieure où les best sellers sont les livres religieux et les relations de voyage.

Le triomphe de la classe moyenne

Faut-il s’étonner des correspondances qui se tissent entre l’univers épistolaire des grands Libertins des Lumières et les " Adults Chatrooms" d’internet aujourd’hui. Dans l’un et l’autre cas, le monde est une théâtre à l’italienne où l’on joue les passions et où les personnages sont exposées et s’exposent en même temps que se déroule, en abîme, leur drame sur la scène. Est-ce un hasard si les cyber-pornocrates se sont donnés des surnoms de "libertins" français.

L’américain Robert Thomas l’un des premiers cyber-pornocrates s’est affublé du surnom du "divin Marquis". Jake Baker, un étudiant américain a utilisé Laclos pour modèle pour décrire sur un BBS, la manière dont il se prendrait pour violer et tuer l’une de ses consoeurs. Ce jeu lui a valu d’être poursuivi en justice. Le dernier en date qui défraie la chronique s’appelle Oliver Jonanovic, un jeune docteur en biologie moléculaire qui séduit une jeune étudiante par email et lui inflige ensuite divers supplices.

Aujourd’hui, il y a bien une référence culturelle implicite du cybersexe au libertinage. Entre l’une l’autre subsiste toutefois la distance qu’il y a en entre le modèle et sa copie, le signe et l’image. Le risque subsiste . C’est l’évacuation de toute expérience. Sa banalisation par la quête d’images numérisées, doit être mis en parallèle avec la banalisation de l’expérience psychédélique des drogues ( le LSD , la mescaline) . L’antidote, c’est Alice à travers le miroir, c’est l’écriture.

Seules les cultures qui auront su s’écrire , bref s’exporter, créer de la valeur autour d’elle, survivront. Ce constat est certes cruel mais il est aussi libérateur. Car la valeur est en relation directe avec le désir comme nous le rappelle encore le petit Robert qui le désigne notamment comme "le caractère d’un objet en tant que susceptible d’être échangé, d’être désiré".

Cette définition appelle une question subsidiaire : quelle est la désidérabilité de la civilisation -et à fortiori des sociétés de langue française ? La réponse va de soi mais son application est conditionnelle à la capacité des sociétés francophones -et surtout de ses élites politiques- de faire le deuil d’un certain universalité dont ils sont tributaires par la langue. C’est là tout le drame de la société française obligée de décliner son exception culturelle en système de défense. On reconnaît là une attitude fort diffuse chez des intellectuels comme Paul Virilio qui restent fascinés par leur propre discours marqué au coin du judéo-christianisme. Dans un autre registre, la rhétorique d’un Baudrillard succombe à la même fascination pour le discours apocalyptique. Blanche pour l’une, "transparente" pour l’autre.

La nouvelle trahison des clercs

A cet égard la démission de l’intelligentsia est criante dans un domaine qui était le leur depuis 2500 ans : la pornographie. Signifiant à la lettre " écrits sur la prostitution ", la pornographie démontre à l’évidence qu’elle est d’abord une activité intellectuelle avant d’être physique. Pourquoi ? Parce que toute duplication de signes ou d’images sur un support est considérée comme oeuvre de l’esprit au sens de la loi. Le magistère bimillénaire que les intellectuels exerçaient en ce domaine s’est toutefois interrompu durant les années 1970 ! En s ’industrialisant à travers de nouveaux supports, la vidéocassette, les sex-shops, la pornographie est devenue l’apanage des "VRP ", issus des classes moyennes. Avec la domination de ces parvenus déculturés ,s’interrompait de cette longue tradition d’éditeurs dont le catalogue présentait aussi bien des livres libertins que les grandes ouvres d’avant -garde. Exit la liberté, le scandale de l’audace. Place à la puissance mécanique du même et de l’obscène.

Mais le drame véritable de cette industrialisation , c’est que toute l’expérience humaine est en train de se banaliser, de se déconnecter du réel pour être appréhendée comme prolongement de l’imaginaire. Ainsi du binôme érotisme -pornographie, apange des intellectuels on passe au binôme pornographie-obscenité, domaine de la classe moyenne. Le "syndrome de la fausse mémoire" aux Etats-Unis, "l’affaire Dutroux" en Belgique et la prolifération des sectes l’illustrent éloquemment. Ne subsiste plus qu’un rapport binaire entre réel et imaginaire. La médiation, le tiers sont évacués.

Les intellectuels dont la mission consiste justement à rétablir le tiers, le symbolique, ont lamentablement failli à leur tâche. Leur silence consternant et unanime doit être considéré comme une "nouvelle trahison des clercs". Ses effets ont été catastrophiques du point de vue de l’écologie politique .

Ce silence est à rapprocher de celui qui entoura un autre événement survenu durant cette période : la fin de la convertibilité du dollar en or décidé par le président Nixon. Un autre lien bimillénaire, celui qui relie la monnaie avec une valeur de référence, venait lui aussi de voler en éclats. Les intellectuels de gauche n’y ont vu pour l’essentiel qu’une simple opération de réajustement monétaire au sein des économies libérales alors que c’était tout un pan de l’édifice de création de la valeur et donc du sens qui venait de voler en éclats.

Et si le danger n’est pas là précisément ? Entre l’homme et la machine numérique subsistera toujours un rapport binaire. Le tiers c’est l’autre, la rencontre avec l’autre, sa solidarité avec lui . L’expérience du langage -et à fortiori de l’écriture- permet de nouer ce lien et de casser le rapport fétichiste à l’imaginaire. Car l’idole ne tolère que deux comportements : l’adoration ou le saccage. Le langage restitue son histoire à l’image, en la reliant aux autres images en la mettant en mouvement . C’est ainsi que l’image retrouve sa puissance symbolique. Et redevient métaphore. L’enjeu est là : remettre en mouvement les images afin qu’elle cessent d’être des allégories.

A cet égard la sexualité est "la révélation des révélations". L’étude de la cybersexualité éclaire d’une lumière fugitive le seuil du nouveau paradigme humain et permet de retrouver le degré zéro, l’origine. Au delà de l’effet de mode, on peut y lire en condensé toute notre Histoire.

La mondialisation de l’économie entend briser tout rapport de médiation en réduisant le rapport à la binarité producteur-consommateur. Le rapport triangulaire, c’est l’écriture qui peut le réintroduire. Comment? En donnant à ces images qui nous paraissent venir du cosmos leur véritable dimension humaine.

La virtualisation constante de notre quotidien réintroduit une dose proportionnelle de désir. Commencé avec la publicité qui nous émoustille chaque jour avec des images et des mises en scène toujours plus osées, ce processus contamine désormais tous les aspects de notre vie. Pour domestiquer cette masse baladeuse d’images, sans feux ni lieux, il importe de l’orienter, de la relier à notre altérité. Il en va de même pour la cybersexualité qu’il convient de réinscrire dans l’histoire des représentations du corps dont il est en quelque sorte l’arbre binaire, l’arbre utopique du bien et du mal planté au coeur de cet Eden , autre utopie bien réelle , qu’a été pour nous Occidentaux, les Trente glorieuses.

Bibliographie

Baudrillard, J, De la séduction , Paris, Médiations, 1979

Baudry P., La pornographie et ses images, Paris, Armand Colin, 1998

Cioran, Histoire et utopie, Gallimard, Paris, 1960

Caccia, Fulvio, Cybersexe, les connexions dangereuses, Arléa/Boréal, Paris/Montréal, 1995

Caccia, Fulvio, "La cybersexualité fait partie de notre humanité, entretien" , pp. 98 -103 in "La voix du Regard" no 10

Castellans M., La société en réseaux, Paris , Fayard, 1998

" I’ve had 11 Lovers " par Richard Thomas In, The Observer, 4 avril , 1999 page 21

Cooper W., Sesso estremo. Pratiche senza limiti nell’epoca cyber, Roma, Castelvecchi, 1996

Haraway D., Simians, cyborg and Women, New York, Routledge, 1989

4.6 millions could become addict , cybersex study says, in San Francisco Examiner , 14 avril 1999

Robin Hammam, The Application of Ethnographic Methdology in the study of Cybersex, Dept of Communication Studies, university of Liverpool

Jacques Lacan, Séminaire XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1972

Le Breton , David, L’adieu au Corps, Paris, Métaillé, 1999

Turkle, S., Life on the Screen, Identity in the age of the Internet, New York, Touchstone, Edition, 1997

Virilio, P., La vitesse de libération, Paris, Galilée, 1995

Ce texte a été publié dans Utopia, sous la direction de Laurent Lavoie, Le Presse de l’Université Laval - Editions Syllepse, Québec - Paris, 2001.

Fulvio Caccia, directeur de "Combats Magazine", Paris.

Première publication sur "Transfinito" : 2002.


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19.05.2017