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En lisant le livre du physicien Hervé Zwirn, "Les limites de la connaissance"

La science et l’ineffable

Alain Cochet

Face au Réel, les perceptions que nous livre la science ne sont pas neutres et objectives mais sont dépendantes de tous les filtres conceptuels du langage, de la culture, de l’éducation, mais aussi des filtres physiques de nos sens. Ce qu’on appelle habituellement un "phénomène" se situe à ce niveau.

(3.02.2005)

Au terme de sa réflexion sur le statut de la réalité sur laquelle porte la démarche de la science, le physicien Hervé Zwirn dans "Les limites de la connaissance" (Éditions Odile Jacob, 2000) propose d’appeler " réalité phénoménale " l’ensemble de nos perceptions interprétées. Ainsi, la perception d’une table ou d’une horloge fait partie de la réalité phénoménale. Tous les faits expérimentaux empiriques en relèvent également. Ils ne sont rien d’autre que le constat de perceptions interprétées. Ils s’avèrent représentables puisqu’ils se manifestent comme des images perceptives directes, claires et distinctes. Autrement dit, la réalité phénoménale relève de l’imaginarisable.

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Hiko Yoshitaka, "Hommage à Jacques Lacan", 2004, huile sur bois, cm 15,7 x 21,1

On réservera par contre le terme de " conceptualisable " à ce dont on peut parler en termes descriptifs, que ce soit sous forme verbale ou mathématique. Certains concepts sont représentables, par exemple celui de force ou celui d’état en physique classique. D’autres ne le sont pas, comme le concept d’état superposé ou enchevêtré en mécanique quantique, ou encore celui de la non-séparabilité. Il est en effet impossible d’avoir une image mentale claire d’un électron dans un état superposé de position, ou de l’enchevêtrement d’un appareil de mesure et d’un système quantique après leur interaction. Il est en revanche possible d’en donner une description mathématique, c’est précisément ce que fait la mécanique quantique.

On retrouve plus simplement la distinction entre le représentable et le conceptualisable dans le champ de l’espace. Nous pouvons en effet définir et conceptualiser les propriétés d’une multitude d’espaces à n dimensions, alors que nous ne pouvons nous représenter que les trois premières. Il y a donc bien lieu de différencier ce qui relève du calcul mathématique, du chiffrage, que nous référons à la dimension du Symbolique, et ce qui nous renvoie à l’Imaginaire par le biais des représentations dans l’espace.

Cette opposition joue un rôle dans la séparation que Zwirn introduit, même s’il ne la traduit pas en ces termes, entre les niveaux de la réalité phénoménale et de la réalité empirique. Dans sa conception, aucun phénomène extérieur n’existe et nous sommes responsables de nos perceptions. D’une certaine manière, nous créons la réalité phénoménale. Cependant, nous ne sommes pas libres de la créer comme bon nous semble et certaines contraintes existent. Ces contraintes sont ce qui constitue justement la réalité empirique.

Cette réalité empirique doit alors être conçue comme l’ensemble des conditions qui rendent possibles nos perceptions tout en les contraignant. Elle n’est jamais donnée en tant que telle mais constitue le cadre des actions que nous mettons en œuvre dans le processus cognitif. Autrement dit, c’est l’ensemble des potentialités qui, lors de leur actualisation, deviennent perceptibles. Dans cet esprit, la perception est à la potentialité ce que le résultat d’une mesure est à la grandeur physique mesurée en mécanique quantique. C’est par la mesure que nous faisons exister quelque chose qui ne préexiste pas en tant que phénomène mais seulement en tant que potentialité. Un phénomène n’est donc pas quelque chose qui existe et que nous observons passivement, mais une entité qui se manifeste lors d’une opération dans laquelle nous avons un rôle important à jouer.

Dans le champ des mathématiques, c’est cette position qui est soutenue par Dummett :
"Si nous pensons que les résultats nous sont en un sens imposés de l’extérieur, nous pourrions plutôt avoir l’idée d’une réalité mathématique qui n’existe pas encore, mais qui, pour ainsi dire, vient à l’existence dans le cours de notre tâtonnement. Nos recherches donnent existence à ce qui n’était pas là auparavant, mais ce à quoi elles donnent existence n’est pas notre œuvre propre"(1).

C’est bien là l’idée d’une réalité empirique qui nous impose nos perceptions de l’extérieur et fait que la réalité phénoménale n’est pas notre œuvre propre.
D’une certaine manière, nous fabriquons la réalité phénoménale à partir de la réalité empirique, et il convient donc d’abandonner le fameux face-à-face entre le sujet et le monde. La réalité phénoménale est conceptualisable et représentable par définition. En revanche, la réalité empirique est conceptualisable du fait même que nous sommes capables de fabriquer des théories qui rendent compte de sa structure, mais elle n’est pas représentable. Sa nature de potentialité est en effet un obstacle à toute représentation. Encore faut-il noter qu’elle n’est conceptualisable que de manière partielle car il est impossible de recoller les différentes pièces du puzzle conceptuel pour en obtenir une description globale. Les concepts qui la décrivent n’en constituent pas une description univoque, elle reste au-delà de toute description exhaustive.

Pour Zwirn, la non-représentabilité de la réalité empirique résulte du fait qu’il n’est possible ni de connaître toutes ses parties simultanément en totalité, ni de reconstruire a posteriori la globalité de la réalité empirique à partir des coupes partielles que sont les réalités phénoménales. La réalité empirique est la structure limite engendrée par l’ensemble des entités conceptuelles que nous utilisons pour décrire et prédire les réalités phénoménales. On peut la concevoir comme une limite à l’infini qui ne peut être qu’approchée par nos représentations finies tendant vers elle.

Ce cheminement infini se trouve contraint par la structure même dont dépend le sujet de la connaissance. Cette structure autorise des points de vue selon lesquels il est possible de se représenter partiellement la réalité empirique, qui n’est pourtant jamais représentable en tant que telle dans sa globalité.
Au surplus, rien ne nous force à croire que "tout" est conceptualisable, même par des capacités cognitives asymptotiques qui pourraient se développer au cours de milliards d’années d’évolution. Il pourrait pour Zwirn y avoir du non-conceptualisable, mais pour être plus précis il conviendrait de dire que ce qui est conceptualisable n’épuise pas "tout" (il y a donc du "pas-tout" au sens lacanien, pourrait-on rajouter), sans pour autant qu’il soit possible de définir ce qu’est ce "tout".

Ce niveau des choses semble donc indispensable à poser, et en même temps il relève de l’inexprimable, de l’impossible à dire. Nos concepts n’épuisent pas tout, voilà ce que l’on peut seulement dire. Nous sommes ainsi conduit à différencier trois niveaux : le représentable, le conceptualisable (dont la plus grande partie n’est pas représentable) et cet X ineffable.
Ce troisième niveau, c’est au fond celui qu’on ne peut caractériser que négativement. Le fait de dire que "quelque chose" existe à ce niveau est impropre, mais le mentionner est déjà indiquer une sorte d’existence, d’ek-sistence (2) au sens lacanien. Face à lui, le langage s’arrête. D’où l’on déduit la place même du Réel.

Face au Réel, les perceptions que nous livre la science ne sont pas neutres et objectives mais sont dépendantes de tous les filtres conceptuels du langage, de la culture, de l’éducation, mais aussi des filtres physiques de nos sens. Ce qu’on appelle habituellement un "phénomène" se situe à ce niveau. Il est à référer au Symbolique et à l’Imaginaire, et la résistance du Réel provient de l’incomplétude même de ces deux ordres qui le font pourtant ek-sister.

Pour rendre compte de cette incomplétude, Lacan nous a conduit sur la voie de la topologie. Aussi est-ce à la figure du tore que nous ferons appel pour donner un support à l’articulation des trois ordres dans la démarche scientifique :

S = symbolique
I = imaginaire

L’étonnant est que ce Réel ineffable fasse quelquefois effet de sujet.

(1) M. Dummett, Truth and others Enigmas, Cambridge, 1978
(2) Cette notion heideggerienne renvoie à ce qui se trouve au-delà du discours, radicalement autre, et pourtant conditionné par lui.

Alain Cochet a publié: Lacan géomètre, Anthropos, Paris, 1998, pp. 215 et Nodologie lacanienne, L’Harmattan, Paris, 2002, pp. 281.


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26.04.2017