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L’angoisse n’est pas la chose capitale

Mats Svensson
(2.04.2014)

1. Dans son essai métapsychologique sur l’inconscient (1915), Freud a un chapitre intitulé « sentiments inconscients ». Il y aborde le paradoxe apparent que par définition les sentiments, tout comme les désirs et les pulsions, et les affects en général, ne peuvent pas être inconscients et que la qualité de l’inconscience ne s’applique, à juste titre, qu’à la Vorstellung, à l’idée qui les représente. Pourtant, poursuit-il, nous parlons de sentiments, de désirs, de pulsions inconscientes, même d’une mystérieuse angoisse inconsciente, et si c’est le cas, c’est parce que l’affect ressenti par le sujet est méconnu (verkannt) et, à son tour, peut être soulevé par l’analyse.

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Francis Bacon, Étude après le portrait du pape Innocent X de Velazquez (1953).

2. La logique de cette procédure semble irréprochable, dans la mesure où c’est le représentant de l’affect et pas l’affect lui-même qui est pris en compte dans l’intervention analytique. Cependant il serait tentant
d’objecter que le représentant (ou l’idée) ne peut être pas moins conscient de l’affect et ainsi nous serions de retour à la question initiale. Pour surmonter la contradiction il nous faudrait ajouter qu’il n’y a aucun affect, quel qu’il soit, qui ne passe pas, pour citer Lacan, « par les défilés du signifiant ». Et que nous n’avons pas besoin d’être au courant de ce que nous produisons en termes d’existence ou d’insistance, car la qualité de la conscience n’est en aucune façon nécessaire pour que se produise l’affect(1).
Ce qui est requis est une marque dans l’acte de parole ou d’un geste quelconque. Comme vous le savez ce qui a été illustré par Freud en particulier par l’analyse du glissement de la main ou de la langue. Et sa pertinence a été démontrée à plusieurs reprises par l’effort analytique pour soulager l’affect (le signifié) en épinglant son contenu représentatif (le signifiant).

3. Comme nous le savons tous, il y a eu une remise en question dans la psychanalyse de la thèse philosophique que l’angoisse n’a pas d’objet alorsque la peur en a un. Cela est vrai aussi de Jacques Lacan, quand ilaffirme que l’angoisse n’est « pas sans objet ». Nous sommes donc appelés à discuter de la nature de cet objet. Chez Freud, nous trouvons laréférence à l’inquiétante étrangeté (soit l’extranéisant), c’est-à-dire quelque chose qui est en même temps étranger et familier pour moi. Maiscette étrangeté ne peut être pertinente à l’expérience de l’angoisse si ellen’était pas en quelque sorte liée à une demande d’urgence, terme que jevoudrais que vous lisiez de deux manières, comme une référence à lapulsion et aussi au temps. À son tour, cette demande d’urgence n’auraitpas un effet si elle n’était pas en quelque sorte liée à la personne qui parle. Et nous constatons que l’angoisse en tant que telle n’est pas une question de signifiance, il ne peut littéralement pas être signifié, il ne peut pas être chargé par un signifiant. Si l’angoisse n’a pas d’objet dans le sens d’un objet redouté qui peut être situé quelque part en dehors ou à
l’intérieur de l’individu, cela signifie que l’objet de l’angoisse n’est pas un, c’est-à-dire un signifiant, mais zéro, qui est un nom. Donc, l’objet étrange de l’angoisse est la perception impossible à la fois et du nom et de la jouissance. C’est une dépense qui ne peut pas attendre. Elle est urgente. Il s’agit d’une dépense impossible, la dépense impossible. Et nous pouvons la livrer, si vous voulez, en soulignant le représentant dont l’individu s’est laissé conduire. Le manque d’un manque, Lacan a dit: l’absence du zéro, d’un nom. Ça serait dans un sens démystifier la question. Le nom de l’orateur est en quelque sorte impliqué dans l’affaire de l’angoisse, mais en général ce n’est pas son propre nom à lui qui évoque l’angoisse. Son propre nom est impliqué à force d’un autre nom qui peut faire vaciller sa propre existence. La série de portraits du Pape de Francis Bacon, de 1953, serait très illustratrice de cette thèse. Il baille à vide, littéralement parlant.
Aucun mot n’en sort, pour la simple raison que ce qui lui dérange, c’est par aucun moyen lisible en termes signifiants, aucune peine ne peut représenter ou gérer l’affect du vide, le zéro du nom. Seule la syntaxe reste. Si nous n’étions pas à traduire cette expérience du vide dans les termes arithmétiques, l’angoisse ne pouvait évidemment pas être autre que réglementaire. C’est Papal. Royal, pour ainsi dire. Imperial, si vous
voulez. Nous faisons l’erreur de ne pas tenir compte de ce simple fait, qui est très clair de chaque lecture du texte de Freud sur la question.

4. Peut-être la contribution la plus importante de Freud à la question de l’angoisse est la plus simple de toutes et qui ne semble pas avoir été abandonnée par aucun appel clinique plus tard, à savoir celle d’indiquer l’angoisse comme un signal de danger. À cela doit s’ajouter que ce danger est conçu par Freud comme une question d’attente (Erwartungsangst) et donc que son action se développe dans la dimension du temps. Ceci est important, car le danger perçu par l’angoisse ne se situe pas dans le monde extérieur, mais commence à partir de la prise de conscience par l’individu de quelque chose au sujet de lui-même qui ne peut attendre. C’est ce que j’ai appelé ci-dessus une demande d’urgence, liée à l’anticipation en tant que condition virtuelle de l’être parlant, c’est-à-dire en tant qu’effet de la structure du grand Autre qu’elle suppose. Freud écrit: « Le moi anticipe donc la satisfaction de la motion pulsionnelle
scabreuse et lui permet de reproduire les sensations de déplaisir qui se trouvent au commencement de la situation de danger redoutée. Ainsi est mis en jeu l’automatisme du principe de plaisir-déplaisir, qui accomplit le refoulement de la motion pulsionnelle dangereuse (Triebregung). »

5. L’angoisse en tant que telle n’est donc pas une question de signifiance. Encore elle n’est démontrée exister que dans l’être parlant et parlé. Avec la structure du grand Autre il n’y a aucune garantie (de la vérité, par exemple) qui est capable d’éliminer la dimension de semblance, comme cela est montré par le fait que vous pouvez mentir et tromper par les mots. Voici Lacan introduit deux aphorismes qui semblent porter le message central du séminaire sur l’angoisse: « L’angoisse est ce qui ne trompe pas », et « L’angoisse n’est pas sans objet ». À ces aphorismes nous pouvons ajouter deux autres, en tant que compléments critiques ou contrepoints: « L’angoisse ne peut pas être traduite en mots », et « L’objet
de l’angoisse ne peut pas être situé ». La conclusion que nous pouvons en tirer du point de vue théorique est que l’angoisse est liée à la dimension de semblance comme l’obstacle absolu de la parole et à la dimension de langage comme enracinée dans la structure insurmontable du grand Autre.

6. Dans l’analyse, notre tâche est de transformer cette expérience de l’angoisse dans une question intellectuelle. Bien sûr, cela nécessite du temps et des efforts. Mais un expédient immédiat dont nous disposons est d’intervenir afin de transformer l’angoisse en une sorte de peur. La peur de quelque chose qui doit être confronté. Nous pouvons dire que l’angoisse constitue une perception de la sensation de jouissance tout en la ressentant comme quelque chose d’impossible, un peu comme une dépense
impossible. C’est comme si vous auriez été convoqué à payer, à la demande immédiate, et avec votre propre vie en jeu, des frais déraisonnables. Telle est la situation de modèle pour l’expérience de l’angoisse. C’est quelque chose qui menace de dépasser les limites de votre corps. Dans une interview à Rome en novembre 1974 Lacan déclare que l’angoisse est à l’extérieur du corps, et que la tâche de l’analyste serait
d’aider le patient à trouver le lien avec « la chose sexuelle ». Pas « la chose du genre », ça n’aiderait du tout, c’est « la chose sexuelle », ce qui est différent, ce qui est la différence (l’Autre côté de l’indifférence).

7. Pourquoi Lacan dit qu’il est nécessaire dans le cas de l’angoisse de trouver le lien avec « la chose sexuelle » ? Dans la mesure où il s’agit d’une question soulevée dans et par l’analyse, il est déjà à soulever une question intellectuelle. Vous êtes, sans savoir pourquoi, dans la hâte de faire quelque chose. Et encore vous hésitez. Et comme vous hésitez, l’angoisse survient. Quelque chose est sur le point de dépasser votre corps. Vous sentez quelque chose qui est très déplaisante, « un chalumeau dans la poitrine », comme l’avait l’écrivain suédois Stig Dagerman, c’est-à-dire une sensation d’angoisse au lieu de la jouissance ou l’indifférence. Reconnaître que votre sens de l’angoisse est une question de jouissance, mais
impossible, est déjà une manière d’élever une question intellectuelle. « La chose sexuelle » ne doit pas être prise pour signifier la chose génitale, même pas dans le sens de l’indulgence infantile (ce qui ne serait pas de trancher la question), mais la prise de conscience de l’éveil de l’effort d’articuler quelque chose que vous ne vous attendiez pas à envisager.
L’écrivain français Philippe Sollers a dit: « Dites ce que vous craignez le plus, et quelque chose d’autre va vous arriver. »

8. En lisant Freud, il semblerait que l’angoisse soit éveillée chez l’enfant en raison de l’absence de la mère. Freud dit que les femmes peuvent avoir un complexe de castration, mais pas de l’angoisse de castration. Lacan répète cette parole en disant plus crûment que les femmes n’ont pas d’angoisse. Mais pour Freud ce qui remplace cette angoisse de castration chez les femmes est la peur de la perte de l’amour, et il suppose qu’il s’agit d’un prolongement de l’angoisse infantile pour trouver la mère absente. Ici, la correction de Lacan est intéressante, de ce qu’il affirme que ce n’est pas l’absence de la mère qui provoque l’angoisse, mais au contraire l’imminence que vous êtes sur le point de retourner au sein de votre mère.
L’angoisse se produit lorsque la mère est constamment sur votre dos, et Lacan d’en conclure que l’angoisse est « le manque d’un manque », qui est le troisième aphorisme que nous avons à prendre en compte dans notre discussion sur le thème de l’angoisse au séminaire de Lacan. Qu’est-ce que le manque d’un manque? Je serais tenté de dire que cela simplement ne frappe pas le point. C’est la présence de quelque chose ou quelqu’un, peut-être dans le sens de la présence de quelque chose ou quelqu’un absent, une présence imaginaire en quelque sorte. Cela ne nous mène pas très loin. Mais si la mère vous est sur le dos, c’est sûrement parce qu’elle est réellement présente, n’est-ce pas? Sa présence provoque l’angoisse. Ensuite, il doit être parce que le père est absent, et c’est aussi ce que Lacan affirme, en ce qui concerne le cas du petit Hans. C’est lorsque le père est absent que l’angoisse est éveillée. Parce qu’alors, la tentation est imminente de revenir à des pratiques qui maintenant sont devenus non seulement effrayantes, mais alléchantes à la propre demande urgente de l’individu. Il est alors le réel qui provoque l’angoisse. L’acte est la condition du faire. Le sujet est hésitant devant l’acte. Parce que cet acte apporterait avec lui le risque et le péril de la castration, dit Freud, ou ce qui en serait le substitut pour une femme, la perte imminente de l’amour.
Ici, il serait évidemment beaucoup mieux d’introduire quelque chose comme « la perception impossible du nom », car c’est ce que l’hésitation devant l’acte veut dire. Le nom, bien sûr, ne peut pas être perçu, mais
encore il peut envahir tout le champ de perception ouvert au sujet. Sa condition est caractérisée par l’ouverture. Cette ouverture doit provoquer de l’angoisse, tant qu’elle n’est pas encore rencontrée par l’effort de soulever une question intellectuelle. La prochaine étape serait de souligner la difficulté de parole en dernier recours, en particulier la difficulté de mettre le nom insistant en jeu. Ce qui est requis par l’angoisse n’est pas le discours, mais la parole, c’est-à-dire de dire quelque chose. Le nom est « appel à parler » (2).

9. L’angoisse n’est pas la chose capitale, l’analyse l’est. C’est pourquoi nous ne pouvons nous empêcher d’introduire une sorte de peur à la suite de l’intervention analytique. Nous ne pouvons pas décider de ce que cette peur sera sur. Mais nous pouvons le pointer – l’objet de la peur – dans chaque rencontre où l’angoisse est impliquée. Il est toujours spécifique, et porte une histoire avec lui. Ce que nous suggérons, c’est que l’individu peut faire face à sa peur au lieu d’en fuir. Notre réussite dépendra dans quelle mesure nous pouvons le convaincre de la pertinence de cette crainte et son objet présumé. Si nous avons de la chance il va provoquer l’effet d’une perte d’angoisse. Je sais très bien qu’il y a aussi des cas où nous sommes heureux d’être en mesure de provoquer une certaine inquiétude anxieuse dans le sujet, dans la mesure où lui ou elle semble être en difficulté en raison précisément de l’absence d’une telle incidence. Mais rappelez-vous qu’il ne peut être donné comme un médicament, à des doses, cette angoisse, et si la question intellectuelle qui la concerne n’est pas impliquée dans l’affaire, pas même une touche de l’anxiété n’est d’une grande disponibilité. Je suppose que la présence même de l’angoisse soit un signal non seulement de danger imminent pour le sujet, mais aussi bien signe et source d’un effort intellectuel naissant.

(1) La conscience est inconsciente, et l’inconscient n’est pas sans conscience.

(2) « L’interprétation que nous donnons porte toujours sur le plus ou moins de dépendance des désirs les uns par rapport aux autres. Mais ce n’est pas l’affrontement à l’angoisse. Il n’y a de « surmontement » de l’angoisse que quand l’Autre s’est nommé. Il n’y a d’amour que d’un nom, comme chacun le sait d’expérience et le moment où le nom est prononcé de celui ou de celle à qui s’adresse notre amour, nous savons très bien que c’est un seuil qui a la plus grande importance. »

Décembre 2004.


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