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Résonnances

Christian Pagano
(17.12.2013)

Existe-t-il dans l’Univers une Harmonie secrète perceptible aux hommes qui en font partie ? Comment résonne cette mélodie dans le cœur de ceux qui la cherchent? Existe-t-il dans la parole et dans le faire des hommes quelque chose qui agit en lui, avec lui mais qui n’est pas tout à fait lui ? Hannah Arendt dit qu’il n’y a pas meilleure nouvelle que l’expression « un enfant nous est né ». Dès lors on peut se demander si cet enfant ne réside et croît en chacun de nous, comme le propre de l’humain qui pour cela est néotène (toujours jeune). Gustav Jung dans son autobiographie écrit : En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.

Tout cela, en tout cas, détermine une connaissance qui n’est pas tout à fait, ou pas seulement celle de la déduction, dite scientifique, mais tout simplement la capacité d’une certaine écoute, voire d’une certaine fruition comme celle artistique fondée non pas sur une correspondance causale, mais une correspondance tout court, un peu comme une résonance, la vibration spontanée et concomitante, qui va sous le nom d’harmoniques.

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Oeuvre de Hiko Yoshitaka

Ces harmoniques, comme le rythme et les nombres qui l’incarnent sont liés au mystère de l’origine de la conscience, du langage, et ils ont en quelque sorte une substance « poiétique » au sens plénier, à savoir créatif, voire mystique. Dès lors on peut se demander : les phénomènes que Jung appelle, synchronicités, entrent aussi en jeu dans l’art, et pourquoi pas dans l’expression, servata servandis, de la foi et en toute chose où c’est l’épreuve qui compte et non la preuve, encor qu’on puisse séparer l’une de l’autre?

C’est un fait désormais établi que le monde phénoménal (tel qu’il existe en dehors de la conscience) nous transcende et le nombre est la manifestation primitive du mouvement spontané qui constitue la conscience, mais qui n’est pas déterminé par elle. Il s’agit là d’une structure psychique a priori commune à tous les humains ; selon les époques et la créativité individuelle, ce substrat revêtant des figures et des formulations conscientes diverses.
Chaque nations possède ses « nombres sacrés » différemment appréciés comme quantité physique, mais aussi et toujours come une qualité spirituelle en soi, ayant un nom à son tour masculin ou féminin, tous reflétant une forme d’unité, apte a créer les formes plus archétypale d’un ordre devenu conscient.

C’est seulement dans un deuxième moment que intervient une certaine manipulation à l’origine de l’histoire des mathématiques qui recouvre tout le chemin qui sépare le 1 de l’invention du 0, dont l’apogée c’est notre civilisation technicienne.

La symbolique des nombres se réfère souvent à la première décade, la base numérique plus répondue de l’histoire, qui correspond aux doits des deux mains, mais on la retrouve surtout et universellement dans les premières cinq chiffres, ce qui correspondent aussi à un pouvoir d’identification immédiate, s’agissant dans ce cas, non seulement d’une quantité, mais une physionomie, un ensemble voire un nom à savoir une qualité unitaire, qui ne dépasse pas les doigts d’une main.

Le « un » est symbole éminent de l’unité et de la totalité de l’être, mais parait ineffable Il se retrouve diversement articulé mais tant qu’unité cachée dans toute chose et surtout dans chaque numéro suivant.

Le « deux » divise, et c’est dans la di-unité la racine proprement dite de la pensée mathématique, dit Brouver. Mais il faut dire que l’aspect bipolaire est celui qui mieux caractérise notre esprit connaissant, qui divise le ciel et la terre, la nuit et le jour, droit et gauche, moi et toi etc. Et c’est en fait que plus nous ressentons avec intensité la tension entre les deux pôles plus nous prouvons avec force leur unité. La dualité donc est utilisée par l’inconscient comme image de la manifestation empirique de l’unité, un sorte de mariage cosmique et sacré : hyerosgamos.

Le « trois » engendre une dynamique symétrique. Selon Jung « toute tension des opposés suscite un déroulement duquel nait le trois. Dans le trois la tension se dénoue en tant que l’un perdu réapparait….Le trois est donc l’Un devenu connaissable » se présentant toujours sous une forme nouvelle, signifiant ainsi selon son étymologie du latin « tres » « trans », à travers, au de-là.

Le « quatre » premier nombre non premier, complète la tetraktis de Pythagore à savoir le système décimal formé par 1+2+3+4=10. Les tentatives de conceptualisation dans l’histoire possèdent souvent un aspect quaternaire, tel que les coordonnés d’orientation, les quatre saisons, les quatre éléments cosmogoniques etc. Dit Jung : la quaternité apparait dans l’histoire des symboles comme le déploiement de l’un. L’être universel unique est inconnaissable, car ne se distingue de rien et ne peut être comparé a rien…….Mais quand le contenu inconscient entre dans le champ de la conscience, il est déjà décomposé en quatre… il est reconnu come ceci est distingué de cela, etc.

Le « cinq » finalement est un nombre limite qui exprime la célèbre quintessence, la pierre philosophale du moyen âge, conçue non pas come une élément s’ajoutant de nouveau, mais l’être unitaire réalisant les quatre éléments connus. En chèque on dit 1+1 son deux, 2+2 sont 4, 2+3 est 5.
C’est à partir de là qui commence le nombre vide. Ex. les romains il ne donnait plus de nom personnel, au de là de quatre, se contentant d’appeler Quintus, Sextus etc. En orient le cinq est compris comme un quatre centré. Dès lors on peut utiliser le 5 comme la jonction paradoxale mais indivisivble, de la dualité et trinité, l’une illuminant l’autre. En effet selon le proverbe il n’y a pas deux sans trois car cela exige une médiété, vice-versa il n’y a pas trois sans deux, cela exigeant deux médiétés.

D’autres nombres dans l’histoire ont été le reflexe « qualitatif » » d’une certaine entité telle que le 11 chez les chinois, comme le nombre du Tao signifiant l’être unitaire de décade, ou encore dans la répétition du 6 (666) comme le symbole de Satan qui s’oppose à toute bonne nouvelle.

On peut se demander alors: comment se distinguent les nombres, dont nous parlons, d’autres symboles archétypiques comme la roue solaire, l’arbre de vie, l’animal totem, l’eau de vie, le monde souterrain, le feu de l’esprit, la grande mère etc.
Le nombre est un pur symbole, dont la qualité primaire et de se combiner avec tout autre symbole. Il demeure un facteur d’arrangement de l’énergie tant physique que psychique dont l’élément primaire est le rythme. Celui-ci exprime des patterns du mouvement en syntonie avec tout autre phénomène psychique, événementiel, émotionnel d’où les phénomènes de synchronicités sporadiques mais tout à fait possibles. En effet chacun de nous peut faire l’expérience d’une pression inconsciente, qui nous engage parfois à faire quelque chose de vital, plein de sens, une lumière dont nous ne reconnaissons qu’à postériori la valeur positive, et donc nous ne pouvons pas attribuer à notre intelligence en tant que telle.

Cela indique quelque part que la structure numérique coïncide avec la structure de l’univers, comme en avait l’intuition Galilée, et avant lui Giordano Bruno, dans son concept de « unus mundus » et saint Augustin avec les « rationes séminales ». Mais cela indique aussi et de façon plus pertinente, que nous sommes à la conjonction de deux principes cosmique celui de la psyché et de la matière, unis intimement et entièrement, sans confusion ni séparation. C’est une sorte de « vinculus amoris » entre l’homme et l’Univers, entre matière et esprit, conscience et inconscient, comme résonne aussi dans le cantique des quantiques : une rencontre génétique, sacré, à l’origine de toute autre rencontre, qui révèle, tout en cachant, le sens de l’Univers.

« Ainsi, dit Jung pour terminer, sans la conscience réfléchissante de l’homme, le monde est d’une gigantesque absurdité, car l’homme, est suivant notre expérience, le seul être qui puisse constater le sens… Puisqu’une création sans conscience réfléchissante de l’homme n’a aucun sens discernable, l’hypothèse d’un sens latent confère à l’homme une signification cosmogonique, une véritable raison d’être » (Jung, Ma vie pp.426-427)

Christian Pagano


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30.07.2017