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L’alphabet est premier système audio-visuel du monde, et représente une véritable révolution, unique, dans l’histoire universelle. L’idée géniale était celle de réduire un son vocale en une image écrite. Si différentes systèmes d’écriture son nés avec d’autres formes et ailleurs, il semble bien que l’alphabet lui soit né entre le III et II millénaire au proche Orient. Diffusé par les phéniciens dont le port de Byblos, était le grand carrefour commercial depuis le IVe millénaire av. J.-C, le système alphabétique, avec sa trentaine de signes abstraits, codifiés, permet théoriquement de noter n’importe quelle langue. Sa maîtrise requiert un apprentissage facile et rapide, qui n’a aucune commune mesure, par exemple, avec celui de l’écriture chinoise et de ses 50 000 signes. On peut y voir le début d’une dynamique sociale et un facteur de démocratisation, en effet « on ne trouve pas dans les sociétés utilisant l’écriture alphabétique l’équivalent des scribes égyptiens ou des mandarins chinois, avec les pesanteurs et l’inertie que ces groupes ont souvent perpétuées » (Françoise Briquel-Chatonnet).

Pragmatiques, les Grecs transformèrent l’alphabet phénicien en l’adaptant à leur langue. Dans un premier temps, ils affectèrent à certaines consonnes phéniciennes, des valeurs à peu près similaires dans leur langue. Ensuite attribuèrent à certaines lettres phéniciennes dont ils n’avaient pas l’usage la valeur de voyelles. C’est ainsi que naquirent le alpha (’A’), l’epsilon (’E’), l’omicron (’O’) et l’upsilon (’Y’). Pour la sonorité ’I’, ils inventèrent ex nihilo une lettre, le iota. Cette «lumière des voyelles» pour reprendre l’expression d’Etiemble, c’est l’apport décisif que vont faire les Grecs à l’histoire de notre civilisation. L’alphabet grec inspira les civilisations voisines. C’est le cas des Etrusques dont la civilisation apparue dans l’actuelle Toscane au VIIe siècle avant J.-C., et ensuite qui s’imposa dans tout l’empire romain. Mais avec l’alphabet, c’est la magie du symbole qui se développe. Formé par une double articulation : quelque chose de physique visible, et quelque chose d’idéal, non visible, à l’image même du couple linguistique signifiant-signifié, le symbole donne a penser, disait Ricœur en réalité il donne aussi à faire. En effet le symbole pousse à l’action puisque étant un signe constitué par la mise ensemble (syn-ballo) d’un élément présent, avec quelque chose qui n’est jamais in praesentia mais absent, il pousse néanmoins à sa poursuite.
L’écriture alphabétique rejoint ainsi avec sa facilité d’abstraction, support d’ un trésor littéraire immense qui s’est imposé universellement, constitue encore un de nos plus précieux héritage de l’humanité. Aprile 2012