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À cause d’un vertige...

Florence Delay. "Trois désobéissances "

Giancarlo Calciolari

Nous pourrions commencer une lecture en mentionnant le contexte, en disant qu’en 1962 elle a été la Jeanne d’Arc dans le film de Robert Bresson, et que son nom est lié à celui du poète Jacques Roubaud, et cette deuxième fille de l’académicien Jean Delay est elle même entrée à l’Académie française en décembre 2000, à la place de Jean Guitton.

(2.02.2005)

Le lecteur de Trois désobéissances de Florence Delay (Gallimard, 2004, p. 216, € 16,50) oubliera-t-il très vite l’académicienne, chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, commandeur des Arts et des Lettres ? Et pourquoi faudrait-il l’oublier ?

Nous pourrions commencer une lecture en mentionnant le contexte, en disant qu’en 1962 elle a été la Jeanne d’Arc dans le film de Robert Bresson, et que son nom est lié à celui du poète Jacques Roubaud, et cette deuxième fille de l’académicien Jean Delay est elle même entrée à l’Académie française en décembre 2000, à la place de Jean Guitton.

Mais nous avons la chance de lire et d’écrire en tant qu’étrangers, en France comme en Italie, car dans le jardin de l’Europe nous nous sentons étrangers, et nous nous occupons en première instance du texte et puis, s’il le faut, du contexte. D’autre part, en Italie, aucun livre de Florence Delay n’est disponible en traduction italienne.

Hiko Yoshitaka, "Axiome des fonctions", 2003, céramique, Ø cm 62

À cause d’un vertige, madame Arzola, prénom Nine ou Nina, va consulter le docteur Benoliel, qui tente de la dissuader de partir pour le Pérou, sur les traces de son mari qui était revenu au pays et qui est mort d’une chute de cheval. C’est la période des fêtes et madame Arzola part de toute façon, mais elle ne l’aurait peut-être pas fait si elle avait connu les intentions de son amant, le professeur de littérature F-X Laborde, qui a d’autres objectifs amoureux, ou plutôt érotiques.

La voix narrative est celle de la mère de cette femme et, au comble de la fiction littéraire, elle est déjà morte. Une mère morte qui suit sa fille de Paris à Lima et puis de nouveau à Paris, et qui dit des choses qui se déroulent après qu’elle est morte. Ce geste littéraire calculé, et pas du tout bizarre, détourne le roman du réalisme et - ne le lançant pas dans la science-fiction - le laisse sur un terrain incertain entre mythe et mythologie.

Si ce n’était pas pour cette mère morte qui raconte les événements de trois désobéissances, le projet littéraire de Florence Delay se situerait dans la modernité, qui est l’autre phase du classique Vie des hommes illustres. Ce projet a été formalisé, pour ainsi dire, par Giuseppe Pontiggia, avec sa Vie des hommes non illustres.

Ironique le prétexte de ce début de roman : "Éliminé pour désobéissance". Voilà ce que Florence Delay a entendu dans le haut-parleur d’un hippodrome en Normandie. Cette expression qui désigne le refus du cheval de franchir un obstacle est pour l’auteur une désobéissance naturelle et aussi le point de départ d’une histoire qui tresse plusieurs désobéissances.

Curieusement ce livre ferait de Florence Delay une incluse pour désobéissance. Bagage de la mentalité occidentale, et en particulier française, la désobéissance est admise à l’académie française. Aujourd’hui, avec un roman ayant pour titre "Trois obéissances" ou un essai ayant pour titre "L’obéissance" pourrait-on encore espérer être admis dans le jardin d’Akadémos français ?

Désobéissance de Nestor, mari séparé de madame Arzola, qui n’écoute pas les conseils de celui qui cherche à le dissuader de monter une jument trop jeune. Et précisément, désobéissance de la jument qui désarçonne à mort Nestor. Désobéissance du docteur Benoliel, qui cherche à s’appuier sur la désobéissance du prophète Jonas, pour éviter de passer le jour de l’an en famille.

Désobéissance du professeur F-X Laborde qui brise les règles de l’université et qui utilise déloyalement le matériel de thèse de son élève.

Nous avons déjà compté plus de trois désobéissances. Sur ces désobéissances flotte madame Arzola, qui porte le nom de son ex-mari. Elle prend des bégonias pour des géraniums, et si en quelque chose elle désobéit, c’est à la nature, apparemment, avec cette confusion et le sens du vertige qui va avec. Quoique, en effet, elle n’accepte pas le conseil du médecin spécialiste en vertiges, qui lui déconseille le voyage au Pérou.

Florence Delay ne lit pas les vertiges comme symptôme qu’il faut soigner, mais comme méthode d’expérience. Non pas que madame Arzola cohabite avec le symptôme, mais elle ne peut pas faire moins que d’en tirer prétexte pour continuer son voyage de vie, qui semble circulaire et presque immobile sur son axe, peut-être à cause des vertiges. Une vie sans lustre, paillettes et poussière d’étoiles ? Une vie sans généalogie ? Le sens de l’exergue de Jules Supervielle réside-t-il ici : “Immobile, changer un petit peu de place” ?

Florence Delay croit que les vertiges sont le symptôme d’un changement qui fait passer madame Arzola du faux au vrai. Mais ceci est un trompe-l’œil. Parce que chaque chose est vraie, et non pas copie d’un original égaré ; même la rencontre avec le bon à rien et gigolo, par ailleurs expert de Garcilaso De La Vega dit El Inca (1539-1616), auteur de l’Histoire générale du Pérou.

Les vertiges sont la sentinelle de l’impuissance à abolir le falsus, le faux qui n’est pas le contraire du vrai, mais qui est le précipice de la parole. Le vertige est le dévissement après le vissage sur soi. Le déversement. Son éthymologie vient du latin vertere, verser.

Alors, la voix narrative est-elle celle d’une femme morte et l’héroïne s’éprend-t-elle de son mari après sa mort ? Idéalité ? Est-ce que l’idéalité est la mort ? Est-ce le fait de tomber amoureuse de son défunt-mari qui permet à madame Arzola de jouir avec le gigolo, qui porte le nom de l’empereur inca, Huayana ? Madame Arzola ne se libère pas de la tristesse et de la confusion, parce que la jouissance du sujet, bien qu’apparemment trouvée et non pas cherchée, c’est l’autre figure de la tristesse.

Est-ce que Florence Delay croit dans la "vie physique" et donc fuit en elle le sentiment ? Mais l’âme du sentiment c’est-à-dire l’éducation dans la vulgate d’après Flaubert, ne réside-t-elle pas dans la tentative impossible de maîtriser la sensation ? Par exemple, celle liée au quiproquo des bégonias/géraniums ?

Florence Delay semblerait croire à la métaphysique de la communication entre les morts et les vivants. Mais au juste, pourquoi appeler "morts" les écrivains qui entrent avec leurs œuvres anciennes dans notre voyage ?

La précision linguistique de Florence Delay est une quête de la qualité, elle n’a pas plus besoin de la quantité ordinale et ordinaire, que de celle de l’étalage du savoir qui appartient au professeur F-X Laborde, presque suspendu à l’instant d’avant le commencement de l’écriture. Et l’expérience de Roland Barthes est peut-être mise en cause ici.

Mais les écrivains qui sont « présents », en tant que morts présumés, dans notre vie, sont privés de leur texte et apparaissent grossièrement à notre image et ressemblance, comme par exemple le Marx d’Althusser ou le Don Quichotte de Pierre Menard, personnage de Borges, cité dans Trois désobéissances.

Ce qui compte c’est la confrontation avec le texte, sa restitution en qualité et non pas les interprétations infinies de Derrida ou les limites de l’interprétation d’Eco. Florence Delay nous offre deux « condensateurs », deux interprètes, le professeur Laborde et le docteur Benoliel et une « disséminatrice », madame Arzola, autrefois lectrice de livres et maintenant d’hommes. Le faire et la sexualité n’habitent pas dans le royaume de la fête, où chaque jour est dimanche ; et le réveillon est une rébellion obligée. S’il en était autrement, il n’y aurait de place que pour le "dé" de dé-faire, dé-construire, dé-sobéir... Celle-ci est l’érotisation de la vie avec l’échelle du bonheur-malheur. Dans ce cas, le malheur est garanti, protégé et assisté.

Finalement nous répondons au sujet du séminaire du professeur F-X Laborde, « Le modèle, la copie, l’invention » que Florence Delay a d’ailleurs tenu pendant des années : le problème ce n’est pas celui du "véritable" écrivain qui invente aussi lorsqu’il copie, parce que le vrai et le faux écrivain, ou le bon et le mauvais écrivain cela n’a d’intéret que pour la nomenclature, celle des gendarmes du titre d’écrivain, du système de filiations institutionnelles et sociales qui est acéphale par définition, sans tête parce que sans pater. C’est une illusion que la copie faite par le vrai écrivain puisse atteindre, bien avant l’infini, à l’original. L’original est déjà copie. Justement parce que l’original et la copie sont négations impossibles de l’originaire. Chaque oeuvre est originaire, aussi la copie présumée en tant que copie est-elle impossible. En effet, si l’originaire est nié, ils ne restent que l’algèbre et la géométrie de la copie.

Obéissance, et non soumission. Obéissance intellectuelle, obéissance à l’écoute. La désobéissance appartient à la plaisanterie avec la mort. L’obéissance est la disposition à écouter ce qui se pose devant. Sa condition réside dans l’objet de la parole, en particulier la voix, pas dans sa mise au pluriel, ladite vox populi, désormais offerte en paquet cadeau dans les couloirs des académies, des cathédrales et des palais.

La théorie de la connaissance traduit obéissance par soumission. Mais l’obéissance demande la mission et le voyage, sans "dessous-dessus" ni "haut-bas", sinon comme une sorte d’ironie et non pas de prédestination.

Ensuite, si la mort de la mère et du mari appartiennent à l’ironie rabelaisienne - à la question qui reste toujours ouverte - alors Trois désobéissances n’est pas un roman qui s’appuie sur le discours de la mort ; parce que s’il y avait acceptation de la mort, il ne s’agirait ici que d’un jeu avec la mort. En ce sens nous pouvons dire de Florence Delay ce qu’elle dit de son personnage : « elle flirte avec les choses graves » ?

La gravité appartient au fantasme d’empire sur les choses, prérogative de chacun, en tant qu’enfermé dans la prison universelle. Pour celui-ci, il ne resterait que désobéir, résister, transgresser...

Prêter ou pas son oreille à sa propre voix ou à la voix de l’autre, mais également de l’Autre une majuscule, ne permet pas d’écouter, d’aimer ou de haïr le bruit de fond, qui indique le lieu social. La place. Les trois personnages, en changeant un petit peu de place, seraient-ils un peu plus heureux ?

Est-ce que l’algèbre de l’écoute comporte la géométrie du bonheur ?

Ceci est le préambule à notre lecture de Florence Delay. L’ambulus, la démarche, sera donnée par la lecture de son Dit Nerval.

Note de lecture écrite pour la revue Exigence-littérature, Paris.

Giancarlo Calciolari, directeur de "Transfinito".


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