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HARMONIA MUNDI : du Sens et des sens

Christian Pagano
(6.11.2009)

Paradoxalement, le sens indique l’infini, mais il n’existe que dans le fini; avec et par les sens du corps. La nouveauté du monde scientifique moderne est justement le fait que nous avons désormais la preuve de la finitude de l’univers, et de toute richesse naturelle, et par conséquent le « fait » que tout évolue incessamment et se consume. La conjonction de ces deux aspects, finitude et mouvement, autant dire l’historicité, dicte le nouveau paradigme des sciences ramenant ainsi la problématique de la finalité. Aujourd’hui : Incomplétude, Incertitude, Indécidabilité, Imprédictibilité, s’imposent, mais le fait de le savoir ouvre aussi des horizons : une nouvelle rencontre, une harmonie possible entre nature, sujet, et vie active, réunis dans l’incertitude, pour le meilleur et pour le pire.

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Christiane Apprieux, "Hecceitas", 2009, terrecuite

Le sens n’est pas seulement fruit de l’intelligence, mais également de la volonté. Il implique une ouverture, voire une « complicité » à tous les niveaux, et d’abord avec les sens du corps humain, l’homme étant un être incarné. Nous assistons ainsi à une réouverture du monde physique dictée non plus par des visées religieuses mais par la science même. La recherche du sens est indispensable à l’équilibre même de l’être humain, mais le non-sens ne ferait-il aussi partie de cette dynamique ?

Il n’ y a pas de sens si ce n’est dans le mouvement, pas de mouvement sinon dans la succession de choses finies, pas de succession sinon dans une série de différences récréatives. Nous rejoignons ainsi le modèle du langage humain, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, mais dont la fonctionnalité, atteint, à partir d’unités physiques discrètes, une performance toujours ouverte, unissant fini et infini.

Traditionnellement nous avons dans les dictionnaires trois sens principaux du mot « sens » :

- Le sens comme orientation. « D’où est-ce que je viens et où je vais-je ».

- Le sens comme sensation. « Ce que je ressens, est-ce bien quelque chose? »

- Le sens comme signification. « Que signifie-t-il cela ? »

Cela croise une autre célèbre trilogie médiévale dite «de modi significandi », qui interagissent comme dans une tornade vivante, conciliant passion et action selon un rythme complexe.

- le modus essendi, est ce qui existerait sous une modalité ou l’autre dans l’Univers ;

-le modus intelligendi, est le mode de compréhension de l’Homme. Selon Aristote « rien est dans l’intellect qui n’ait été d’abord dans les sens ». Sauf l’Intellect lui-même…

- le modus significandi enfin, est l’expression humaine, surtout linguistique, qui comporte sinon une création ex nihilo, du moins une recréation permanente animée par une véritable passion .

Célèbre est l’observation de Freud sur les trois grandes humiliations de l’homme moderne :

- la révolution de Copernic, qui enlève à la terre, et avec elle à l’homme, la centralité de l’Univers,

- Darwin, qui par sa théorie de l’évolution, démontre que l’homme est bien l’héritier des animaux,

- et finalement Freud, lui même, qui détrône la priorité de la conscience à la faveur de l’Inconscient.

Le but de cet article est démontrer, entre autres, que ces humiliations sont relatives et … recréatives. En bonne logique on pourrait objecter à Freud, que ce qu’il dit, serait une expression inconsciente ! Mais déjà Lacan a découvert que l’inconscient même est structuré comme un langage. Il y aurait alors une bataille entre le fait de parler ou être parlé, autant dire entre langage conscient et inconscient. L’éveil en tout cas, ou la guérison, se trouve toujours dans un surplus de conscience.

L’abondance de publications scientifiques n’autorise plus à nier la problématique du fondement, ni du caractère faillible de leurs conclusions selon la théorie de Popper. La tentation d’absolutiser des résultats, donnant caractère infini a tout ce qui est fini, existe toujours mais elle ne peut pas contredire le fait que l’incertitude est devenue une certitude. Par ailleurs la recherche du sens et du pourquoi, n’est pas seulement une question d’évidence mathématique, mais aussi d’expérience. Cela devrait suggérer une humilité foncière, qui n’est pas du tout une humiliation puisque, paradoxalement, la confirmation théorique de la finitude, loin de bloquer l’horizon, ouvre une la nouvelle aventure dans l’étude de l’Univers, de l’homme et ses capacités recréatives.

1. L’UNIVERS fini

L’univers est définitivement fini. Les scientifiques lui ont donné un âge précis : le bing- bang a 13,7 milliards d’années, la vie est apparue il y a 5 milliards d’années, et l’homme il y a 2 millions d’années selon un calcul étonnamment précis. L’homme cependant est non seulement relativement jeune, mais il garde une certaine jeunesse permanente. C’est le sens du mot néotène qui signifie « toujours jeune », en formation : doté de créativité, résilience, reconstruction, lui permettant de recréer et lui même et le monde avec.

L’univers ayant eu un commencement dans le temps, aura aussi une fin. Le deuxième principe de la thermodynamique, le théorème de l’entropie, détermine clairement la non réversibilité des processus physiques. Mais cela n’existe pas dans le monde quantique qui révèle des aspects déconcertants de la matière, l’objet et le sujet étant constamment impliqués ensemble dans la recherche, un peu comme l’arc-en-ciel et l’horizon qui bougent, en fonction du mouvement du spectateur. De Beauregard en arrive à dire : « L’action physique de l’esprit (pour un paradoxe en est un) sur la matière, n’est pas une curiosité mais un élément central du modèle ».

Cela se vérifie aussi dans les sensations. Louis Allix, au terme d’une vaste étude où il aborde tous les domaines - de la logique des couleurs à la psychologie de la perception en passant par la valeur de l’observation scientifique, etc. - s’appuyant sur la richesse extraordinaire du phénomène visuel et son efficacité prédictive, conclut : le « visible » n’est pas dans le monde extérieur en tant que tel mais bien dans notre esprit. Mais l’impossibilité de « saisir » une chose ne signifie pas nier son existence. Même en restant inconnues ou en quelque sorte « voilées », les choses donnent sens à nos sens et les guident. L’expression algorithmique qui nous révèle leur existence, n’est pas un nombre quelconque mais un chiffre intentionnel, une information prédictive, une indication. Pour Bernard d’Espagnat un des enseignements des sciences modernes …de la matière, est ceci : La chose, s’il en est une qui se conserve n’est pas le concret mais l’abstrait, non pas ce qui est proche des sens mais au contraire le nombre dans toute son abstraction.

Voilà, en bref, ce qui a changé, depuis le célèbre traité de Kant sur la raison critique :

- D’abord le temps et l’espace ne sont plus des formes a priori de la subjectivité humaine, mais elles existent relatives l’une à l’autre, selon la théorie d’Einstein .

- La théorie de la relativité en outre portait déjà en soi la finitude de l’univers, avec le bing-bang, comme commencement. La science, ensuite, a pu établir le fait que c’était grâce à une asymétrie , que nous nous trouvons dans un monde de matière, plutôt que d’antimatière, laquelle pourtant constitue est 96% de la masse et de l’énergie de l’Univers, qui reste inconnue.

– C’est surtout la physique quantique qui s’ayant attaqué au microcosme, a changé la vision de la science démontrant qu’il n’y a pas hiatus mais complémentarité entre l’esprit et les « choses».

- Heisenberg avec sa théorie de l’indétermination ou incertitude fondée sur le fait qu’ on ne peut pas évaluer en même temps la position et la vitesse d’une particule élémentaire, enlève toute assurance qu’on puisse prévoir un avenir si ce n’est sur la base de probabilité.

- Enfin le théorème de l’incomplétude de Kurt Gödel, selon lequel tout système formel contient une proposition dont on peut savoir qu’elle est vraie mais non démontrable, autrement dit, tout système ne peut pas être complet et cohérent à la fois, met fin à toute prétention d’un savoir absolu.

- Déjà Wittgenstein avait mis en relief l’impossibilité de clôturer la logique du langage que nous employons et Popper avec sa théorie de la faillibilité, a démontré qu’un savoir empirique n’est valable que s’il n’est pas falsifiable en principe.

- Poincaré prouva l’impossibilité de connaître les trajectoires à partir de trois corps en évolution.

- Finalement dans la macro physique, les études de Prigogine, débouchent sur l’imprédictibilité de certains phénomènes chaotiques.

Mais, entre-temps, on a pu établir une série de constantes de l’Univers, en langage mathématique (celui de la création, selon Galilée) dont les principales sont : - la constante G de Newton, sur la Gravitation. - la constante de la vitesse de la lumière c, qui a permis à Einstein la théorie de la relativité - la constante de Planck h. qui relie l’énergie d’un photon à sa fréquence - la constante de Boltzmann k mesurant l’entropie dans les systèmes thermodynamiques.

Ces constantes principales témoignent d’un jeu de rapports dans l’Univers, et jouent un rôle fondamental dans la physique, plutôt au sens de limitations, comme "conditions limites" au-delà desquelles on ne sait plus ce qui se passe, et cependant cela révèle une sorte de musique des sphères,, indépendante de l’esprit humain déjà ressentie par Pythagore, Galilée, Bolzano et bien d’autres savants, exprimant une Harmonia mundi.

L’apparition de la vie fut une nouvelle naissance du monde, un recommencement, mais aussi - dit Darwin - " un mystère insondable". La vie, représente dans l’histoire du monde une bifurcation capitale, l’apparition du premier individu ! C’est, en tout cas, le mérite indiscutable de Charles Darwin d’avoir mis en évidence une dynamique dans l’évolution de l’univers. Ce fut en effet une révolution copernicienne. Mais si l’évolution est un « fait » certain, les théories évolutionnistes ( qui elles mêmes évoluent) sont autre chose. Il s’agit d’interprétations fondées sur la sélection naturelle souvent rigides, tautologiques, voire… métaphysiques.

En réalité l’évolution cache encore bien des inconnues :

- d’abord le "rituel" de la "rencontre" entre les divers éléments qui forment la soupe initiale est complexe. Il n’y a pas nécessairement la sélection du plus fort, ni du plus apt, ni du plus complexe, mais plutôt l’élimination de tout ce qui est incompatible, laissant ainsi libre court à diverses possibilités et donc à la différenciation et l’émergence d’une nouveauté.

- Il ne faut pas non plus oublier l’apport œuvre de Mendel, ce moine morave, qui travaillant sur les petits pois, comme Mendeleïev sur l’atome, découvre le nombre magique du boulier de la vie.

- La vie étant une organicité, où le sens et les sens se rencontrent sur la base des constantes universelles, s’actualisant en trois moments: identification à soi - altération du soi - retour à soi, comporte toujours une « finalité » interne sans besoin d’une intervention extérieure fût-elle divine.

- Enfin la vie est une rencontre elle même créatrice. Jean Rostand écrivait :s’agissant de l’évolution, la plus sage attitude et la plus loyale est…de réserver la place d’un inconnu qu’on s’abstiendra de baptiser… ce qui paraît un clin d’œil à la conception d’un Amour Universel.

Les adversaires de la finalité ont abandonné l’argument du hasard au profit de théories beaucoup plus sophistiquées comme celle des mondes multiples. L’idée qui s’impose aujourd’hui est que la vie étant inscrite dans les conditions initiales de l’univers, n’et pas un pur jeu du hasard. On oublie que pour que le hasard puisse jouer il faut tout de même des jouets et une règle du jeu. Trinh Xuan Thuan écrit: « Le vrai hasard ne réside pas dans les rencontres de particules, de quarks, d’atomes et de molécules, mais dans le choix des constantes physiques et des conditions initiales. La création se présente alors comme un « processus autopoïétique », intrinsèquement finalisé, avec un projet qui lui est co-extensif, autonome, événementiel, conduisant à l’émergence d’une nouveauté. C’est le sens de création, qui à la différence de l’agir, n’opère pas du « tout fait », mais constitue, selon le terme d’Henri Corbin, une sorte d’impératif existentiel, catégorique, intérieur, gracieux et permanent : ESTO / sois toi-même par toi-même !

En vrai Création et Evolution (termes qui ne couvrent pas du tout « créationnisme et darwinisme ») loin de s’exclure, se tiennent ensemble, ce qui est aussi une façon de les relativiser l’une et l’autre. En effet, qui peut évoluer sinon le réel fini, contingent, ayant pu être ou pas être, ou être différemment ? Or le fini implique un commencement (car les éternels n’évoluent pas) et alors on peut l’appeler comme on veut, mais il en faut un, et ce commencement est le commencement de l’évolution aussi.

2. L ’HOMME, cet Inconnu

C’est le titre d’un célèbre livre d’Alexis Carrel. L’emploi qu’on en fait ici, ne signifie pas « encore inconnu », mais « décidément inconnu », par définition même : un X bien précis et unique indéfini, ineffable, mais capable de refléter le reste du monde. En fait toute interrogation sur l’univers est directement ou indirectement une interrogation sur, avec et par l’homme lui-même : épiphanie et/ou gardien de la Parole selon Heidegger ; refrain constant de toute littérature.

Mais il n’y a pas un acte de présence sans un acte de conscience, même dans la forme plus simple qui est l’acte d’identification explicité par la notion de "hecceitas" de Scot : ecce homo-me voici ! sans besoin d’autres qualités. C’est le sens des noms propres ayant une structure particulière dans la grammaire. Ils fonctionnent comme des signifiants sans signifié et pour cela intraduisibles dans une autre langue. Autrement on risquerait de considérer les êtres humains réductibles à des traits définitoires, au lieu de l’unicité (ou ipséité). En ce sens les noms propres se rapprochent de la trame sonore de la poésie ou de la musique Cela n’empêche que l’homme, a introduit dans l’Univers une dynamique nouvelle qui est la conscience réflexive et avec cette conscience l’unicité, avec l’unicité la liberté, et avec la liberté la responsabilité et un sens possible. Pour un éveil, en est un. A cause de cela l’homme sait de ne pas tout savoir, sinon au fur et à mesure en connaissant (naître avec), autant dire renaissant et reréant le monde, en se faisant et refaisant constamment : une Gnose en acte, un Logos incarné, une récréation : la bonne nouvelle.

Dans une vision déterministe de l’évolution, s’il y a une chose inattendue, c’est bien cela, car elle représente exactement un renversement du monde, voire une deuxième articulation du Réel, un nouveau regard surplombant l’Univers, tout en en faisant partie intégrante. L’imbrication est telle qu’on ne peut plus parler ni d’une seule réalité (monisme) ni de deux réalités séparées (dualisme) mais d’une rencontre complice entre deux réalités qui tout en s’impliquant l’une dans l’autre, gardent leur identité intégrale, comme dans les deux lignes du (X) : il s’agit d’une complexité spéciale une unité plurielle comme celle d’un couple que j’appellerais plutôt complicité qui n’est pas due à des causes extérieures, mais à des principes qui orientent la vie de l’intérieur. C’est bien en Eveil !

Attaché au symbole du croisement, qui implique une connaissance (au sens biblique) mais qui aussi symbolise de l’Inconnue: le signe X, j’ai réalisé que non seulement X est la lettre initiale du nom Christ en grec (le fameux chiasme ) mais sa figure explicite par deux lignes se rencontrant dans un point unique, le principe christique de Chalcédoine : celui de la nature entièrement humaine et entièrement divine, ens une personne unique, sans confusion ni séparation. Ne saurait-ce un principe universel ? Le même qui est inscrit en chaque particule élémentaire, point et onde à la fois ? Le point de rencontre alors et d’autant plus sur et réel qu’invisible et unique, de la même façon que l’Inconnue est bien connue en tant que définitivement inconnaissable, mais pas inactive.

En tout cas, pour l’homme aussi, tout est humain et tout est spirituel à la fois, si ce n’est que par l’activité cognitive qui implique toujours la volonté, faculté de décision et donc de la liberté. Cette deuxième articulation (qui préfigure celle des langages) a été aussi physiquement manifestée dans le décalage temporel découvert par le professeur Libert entre le commencement d’une action physique dictée par le cerveau et l’espacement pour un possible veto de la Conscience. Cette nature bipolaire comme une seule médaille à deux faces, explique aussi la double nature de tout fini, matière et signe à la fois, tout en constituant l’événement unique.

- A propos de l’émergence de l’homo sapiens on a élaboré le principe anthropique. D’abord accepté puis délaissé, finalement repris en partie pour indiquer du moins que sans retenir une cohérence interne, voire une complexité montante de l’Univers toute recherche serait contradictoire et toute prévention inutile. Mais, le plus grand mystère depuis le commencement du monde, est l’homme lui-même commencement éternel, avec sa conscience et son désir infini qui ne correspond à une cause extérieure. A rien ne vaut chercher une cause dans la pluralité des mondes. A ce propos autant vaut se rappeler du paradoxe de Fermi : si les extraterrestres existaient, ils devraient déjà être là ! Compte tenu des milliards d’années du monde. Serait-ce toujours question de pur hasard ? Décidément ce hasard fait bien des choses, il a tout l’air d’un démiurge. Aujourd’hui on trouve aussi pas mal de tentatives reliant les prérogatives humaines aux animaux. Ainsi des chimpanzés peuvent manipuler certains outils et même connaître des symboles qui supposeraient une forme primitive de conscience. Mais cela ne touche pas la conscience réflexive, qui indique un dédoublement de soi-même, elle seule sait de savoir ou ne pas savoir, croiser et combiner diverses formes expressives de l’humain, leur donnant une dimension exponentielle. Chez l’homme d’ailleurs tout est croisement : dans le cerveau hémisphère gauche et hémisphère droit qui s’aident et se contrôlent réciproquement. Dans le langage, cela signifie que l’homme est capable de prendre recul de la réalité, établissant des différences et calculant des éléments discrets, dont la combinaison démultiplie indéfiniment la possibilité de signification. Cela aussi s’appelle liberté, où- dit Rousseau « la volonté parle encore quand la nature se tait ».

Pour un reversement en est un. C’est bien une remise en forme et à l’endroit d’un monde à l’envers et la reprise par l’homme d’une place centrale qui est la sienne. Bien sûr la révolution copernicienne, a défénestré l’homme du centre physique du monde. Mais il faut « relativiser » ce propos, comme les autres humiliations dont parle Freud : car toute chose, selon la théorie de la relativité, peut être considérée au centre, et l’homme en particulier qui par sa connaissance, sait aussi se délocaliser, s’il faut. Tycho-Brahé affirme : «À partir de la théorie de la relativité, la conception moderne est ni géocentrique, ni héliocentrique, mais bien acentrique, tous les points de vue se valent, tout dépend d’un système de référence choisis. La conscience réflexive , surplombant le monde, constitue à elle seule une deuxième articulation, pouvant choisir librement sa place. La nature et les choses font Un. L’univers et le néant font deux. L’homme et l’Univers font un couple, une Complicité une unité plurielle l’un dans l’autre, prête à recréer un tiers, tout en gardant leur différence. Autant dire que l’homme engendre à son tour, à son image et similitude, des naissances. Et ces naissances sont la vie et l’espoir du monde.

3. CONCLUSIONS : recréation et liberté en héritage

« Homme, Conscience et Langage » forment donc un triptyque, par le moins, original, capable de suggérer une pensée stratégique, voire politique, façonnant son propre environnement ; comme démontrent les plus anciennes traces de l’homme venu de l’Afrique. Sont les instruments d’une recréation toujours possible. En particulier l’homme est libre, quoique toujours limité et conditionné par sa tradition, son hérédité, son environnement, ses sens, ses passions, et, bien sûr, par son inconscient. Mais il faut dire que sachant cela, il est en éveil ; non seulement, mais c’est grâce à ses conditionnements, qu’il peut exercer sa créativité sur le contingent, car ses limites sont aussi les signes et la mesure du Réel. Les psychanalystes comme Freud, Jung, Lacan le savent bien.

Naguère délaissé par la science (plutôt mécanique), l’ « unique » fait son retour.. Les physiciens aiment les lois générales, non l’unique, car l’unique est plutôt un fait singulier, un tout holistique avec quelque chose de nouveau, d’irréductible. Pourtant l’unique est la forme plus universelle de l’Univers. On peut dire que tous les êtres « sont » parce que uniques. Chez les hommes cette unicité est consciente, et cela introduit un niveau inattendu, avec une possible réversibilité en dialectique constante avec son « Je » intérieur. Cette situation paradoxalement, établit une communication parmi les être vivants, qui se reconnaissent dans les unicité, constituant ainsi le nouveau paradigme de la science moderne.

Marc Halévy a composé un tableau qui voudrait être exhaustif de ce qui sépare les deux formes de recherche scientifique : l’une classique voire mécanique, l’autre prenant en compte l’unique et la complexité.

En caractères droits : ce qui relève des caractéristiques En caractères italiques : ce qui relève des outils

Interprétation du tableau : - Qualifier la méthode classique de complication, me paraît réducteur. J’estime qu’il s’agit là déjà de « complexité » au sens usuel, réservant ainsi le nom COMPLICITE plutôt à quelque chose qui implique une conscience.

- En fait : ces deux démarches dans l’homme sont naturellement complémentaires.

- Mais il ne faut pas confondre autopoïese, et autoréférence Le premier se réfère à une action sans causes extérieurs, le deuxième fait référence à une conscience.

Cette nouvelle approche reçoit l’appui d’Einstein : "Le mental intuitif est un don sacré, le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et oublie le don".

Dans le domaine religieux une conception statique d’un Dieu, moteur immobile (Aristote), Acte pur; Absolu, Fondement ultime est récusée depuis le « Dieu est mort » de Nietzsche. En effet cette conception d’un dieu, qui a servi de substrat à la métaphysique, statique et rigide, ne correspond plus à l’expérience du contingent, de la finitude, et donc à la vie même. D’ailleurs cette conception est inaccessible, en disharmonie avec la raison critique et la liberté, qui ne saurait accepter la moindre attitude dogmatique totalitaire Mais si le Dieu métaphysique, est mort, (et un certain athéisme aussi) vive leDieu vivant des humbles, Lui qui n’a pas besoin des déclarations funèbres, tant que la vie perdure comme un mystère.

On ne pourra pas construire un Dialogue universel que sur des personnes ne prétendant avoir une vérité absolue ou la science infuse. L’essentiel pour la culture humaine, dit Rorty, est même que les re-descriptions se multiplient indéfiniment afin que la conversation continue. Ce sera alors l’invitation à la fête évangélique, la communion. De même il faut libérer l’exégèse. Non que la lecture ne soit pas objet aussi d’éducation. Mais il ne peut y avoir de sens bloqué, sans bloquer à nouveau l’image d’un Dieu vivant, redevenu un Absolu métaphysique
Dans la tradition italienne existe un moine : Joachim da Flore, dont l’originalité est d’avoir prévu dès le XII siècle une continuité de la révélation. Après l’époque du Père (Ancien Testament) et celle du Fils (Nouveau Testament), nous sommes à présent dans l’ère de l’Esprit. Il faut prendre cela comme une révélation en acte, adaptation et renouvellement continue de la Bonne Nouvelle, pouvant même comporter la laïcisation et la sécularisation ( typique produit chrétien) du religieux, qui après avoir animé la science, est capable de s’ouvrir sur la société et le « livre de la nature » passablement dénaturée, ainsi qu’à toute population et croyance.

Ce qui a fait se raidir l’Eglise au temps du procès à Galilée, dit le card. Mgr Pagano ce fut le fait que Galilée n’a pas accepté - comme on le lui suggérai - de présenter simplement ses études comme des hypothèses scientifiques mais que dans le ‘Dialogue’ il ait directement invité l’Eglise à revoir son interprétation de la Bible. Chose bien distincte naturellement mais inséparable dans un croyant, et c’est bien pour cela que Galilée avait raison, il ne récitait que le principe christique dont nous avons parlé qui respecte la vision bipolaire de l’homme comme de tout langage et de tout art.. La musique donne un exemple : elle est complètement physique dans les son mais entièrement spirituelle dans ses combinaison rythmique. Ne saurait alors Bach le meilleur critère théologique ?

Enfin : Il ne faudrait pas que notre liberté reçue en hérédité, notre capacité d’interprétation et recréation, qu’elle soit néfaste soit à l’ anima humana que à l’anima mundi, mais constituer une planche de salut, selon les grands Esprits qui nous ont précédé :

St. Paul , ayant allé jusqu’au fond de sa mission : Là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté.

Nietzsche ; quand on possède le pourquoi de sa vie, on s’accommode à peu près de tous ses comment.

Einstein : "Je voudrais connaître les pensées de Dieu : tout le reste n’est que détail."

Karl Bartht : la sécularisation du monde est l’affirmation paradoxale de la transcendance de Dieu.

Heidegger : Seul un Dieu peut nous sauver, titre de sa dernière interviuw .

Wittgenstein : Le sens de la vie on peut l’appeler Dieu.

Derrida : l’ouverture au divin semble le fait de dire Viens ! à quelqu’un dont nous ne savons absolument pas qui il est.

En fait : Dieu est recréation permanente (autant dire résurrection et vie) sinon rien.


14 juillet 2009


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