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Gérard Haddad. Psychanalyse et hébraïsme

Giancarlo Calciolari
(13.08.2009)

Comment a débutée votre recherche sur les liens entre psychanalyse, textes hébreux et question juive ?


Ça a commencé au cours de mon analyse, plus précisément au moment où je suis entré dans cette phase que Lacan a défini comme étant la passe, c’est-à-dire au moment où j’ai commencé à recevoir des patients tout en poursuivant pendant des années mon analyse. Il y a eu certes ce moment de ma première rencontre avec lui, moment que j’ai mis des années à déchiffrer. A l’époque j’étais un militant politique, membre du parti communiste où j’avais quelques responsabilités. Mais au moment où j’ai tourné la rue des Saints-Pères pour m’engager dans la rue de Lille et aller à mon premier rendez-vous, j’ai eu la vision du voile qui recouvrait le Saint des Saints dans l’antique Temple de Jérusalem. C’est un phantasme que j’avais eu quand j’étais adolescent. Je l’ai raconté à Lacan quelques minutes plus tard. Il en a été très frappé. Je crois même qu’il a pali avant de me dire : « Vous allez commencer votre analyse par le point où les autres la terminent ».

Puis j’ai oublié cela et l’analyse s’est développée, elle a avancé ; j’ai fait des choses, j’ai fait mes études de médecine, et petit à petit mon intérêt pour le judaïsme a émergé. Lacan ne me poussait pas dans ce sens mais je ressentais ses encouragements. Plus tard quand j’ai connu plus à fond les textes de Lacan, en particulier un qui m’a marqué, transcription d’une émission à la Radio Belge, Radiophonie, où se trouve un paragraphe où il parle du rapport entre Midrash (je ne connaissait même pas le mot, c’est donc lui qui me l’a appris) et psychanalyse j’ai saisi combien cette question était fondamentale pour lui. J’ai fait le point de cette recherche dans mon dernier livre, Le péché originel de la psychanalyse, expression que Lacan utilise pour désigner le mal qui ronge la psychanalyse par le fait que quelque chose chez Freud, à savoir son rapport au judaïsme, n’avait jamais été analysé. Il attribuait son « excommunication » de l’IPA à son projet de rouvrir cette question.

Mon intérêt pour le judaïsme a évidemment des raisons internes, des souvenirs d’enfance que ma cure a réveillés. Dans mon enfance, je me suis ouvert à la vie de l’esprit, aux questions fondamentales précisément à travers le judaïsme et ses textes. Puis j’ai rejeté tout cela dans un athéisme de façade. Les premières personnes qui m’ont parlées de manière intéressante, ont été de rabbins. Je me souviens des causeries du samedi après midi d’un rabbin qui nous faisait du midrash sans que le mot ne soit prononcé. J’étais le seul enfant de l’assistance. J’étais fasciné par tous ces commentaires bibliques. C’était la révélation d’un univers merveilleux, qui tranchait avec le monde plutôt gris, triste et sans intérêt de mon enfance. C’était une espèce de fenêtre ouverte qui me permettait de respirer intellectuellement.


Est-ce que Lacan est parvenu à cette lecture que Freud n’a pas fait de son rapport au judaïsme ? Vous faites l’objection que Lacan se référait surtout à la Kabbale …


Ceci est secondaire. Le fait plus important c’est que Lacan pendant toute sa vie, depuis son premier texte sur la famille, s’est coltiné avec la question juive, avec le judaïsme. Certes d’une façon que je considère comme ambiguë : d’un côté fascination et vif intérêt, de l’autre une espèce de détestation. Sinon il se serait converti au judaïsme. Il a été d’ailleurs, parait-il, tenté de le faire à un certain moment. Je n’en sais rien. Mais ce qui est important c’est le fait qu’il pensait important de s’intéresser au judaïsme quand on est psychanalyste. C’est comme ça en tout cas que je l’ai entendu.


Lacan n’a donc pas percé l’énigme de la confrontation de la psychanalyse au judaïsme ?


« Percer l’énigme » ça veut dire quoi ? Lacan a nourri son œuvre, parmi tant d’autres choses, de sa réflexion sur le judaïsme. Cela l’a conduit à corriger certaines erreurs de Freud comme celle de Totem et tabou, par exemple, qu’il appelait : « Totem et debout », histoire à dormir debout. Il n’hésita pas à dire que cette œuvre était le fruit de la névrose de Freud. Je crois qu’en suivant cette critique, j’ai moi-même accompli un pas de plus à travers mes ouvrages « Manger le Livre » et « Les folies millénaristes » où j’ai construit une nouvelle théorie de la paternité et de ses avatars.

Cette névrose a entraîné une série de graves problèmes pour la psychanalyse, en particulier la position de Freud par rapport à Jung, encensé dans un premier temps avant une brutale rupture. Si vous lisez l’ouvrage Ma vie de Jung, livre aussi bizarre qu’intéressant, vous trouverez ce reproche de Jung à Freud : vous avez un problème avec la religion. Vous êtes une personne très religieuse et vous ne voulez pas le voir. Et peut-être est-ce là la raison profonde de leur rupture. Mais n’est-ce pas là aussi la critique que Lacan va reprendre ?
Lacan rencontra Jung. Pendant un an, en 1937, il se rendait à Zurich tous les quinze jours, pour le voir. Mais qu’on soit clair : Lacan n’avait pas une grande estime pour la doctrine jungienne. Mais il aimait bien avoir une information de première main.


C’est un scoop ?


Peut-être, je le tiens en tout cas de Michel Cazenave, philosophe, et responsable de la publication des œuvres de Jung en français, un ami que j’apprécie beaucoup pour son ouverture d’esprit. Il a été voir la famille de Jung qui lui a montré les agendas de leur père, et il a constaté que le nom de Lacan se trouvait marqué tous les quinze jours pendant un an, en 1937, sans doute au moment où ses relations avec Loewenstein s’étaient dégradées. Il y aurait un travail à faire là-dessus. J’ai écrit un article là-dessus : « Freud, Jung, Lacan : un nouvel objet théorique », un triangle donc chaque sommet éclaire les deux autres, parce que si Jung dit des choses que nous freudiens ne pouvons accepter, mais en même temps c’est un témoin qui nous apprend des choses. En tout cas je suis parvenu à la conclusion, à la suite de rencontres avec des amis jungiens, que l’exclusion de Lacan a été peut être la répétition de l’exclusion de Jung.


Mais qu’est-ce que Freud savait du judaïsme ?


Les travaux de l’éminent universitaire Yosef Haym Yerushalmi [Le Moïse de Freud], montrent que Freud lisait l’hébreu. Yerushalmi a fait un travail sur la dédicace en hébreu que le père de Freud, Jakob, a inséré dans une bible qu’il offre à son fils pour ses trente ans, en lui disant : quand tu étais enfant tu as a étudié ça. Peut-on imaginer qu’un père écrive à son fils dans une langue que celui-ci ne comprendrait pas ? Cela ne signifie pas pour autant que Freud était très instruit dans les études juives. Mais c’était tout de même l’atmosphère intellectuelle qu’il respirait. Moi-même quand j’ai un peu lu le Talmud, je découvris que j’en savais quelque chose sans l’avoir jamais ouvert.


Lorsque Lacan s’intéresse au rapport de Freud avec le judaïsme, il s’intéresse aussi aux voies par lesquelles Freud a découvert la psychanalyse.


C’est cela le mystère pour Lacan. Comment ce « petit médecin viennois» comme il disait parfois avait-il pu inventer cette chose énorme, la psychanalyse ? C’est cela, entre autre, qu’il cherche à comprendre à travers son interrogation du judaïsme. Cela l’a conduit à cette question de l’inanalysé de Freud qu’il nomme « Le péché originel de la psychanalyse». Lacan en 1964 fait cette interprétation que ces élèves ne veulent pas voir (Mais Lacan a-t-il vraiment eu des élèves ?). Il n’a pas été exclu pour ses séances courtes, lesquelles à l’époque n’étaient pas si courtes, il a été exclu pour avoir voulu rouvrir cette question du « péché originel de la psychanalyse ».


Il dit aussi qu’il a été exclu pour avoir introduit le nom-du-père, un terme qui n’existait pas dans la psychanalyse.


C’est la même chose, c’est ce que je dis. Sous le Nom-du-Père il voulait reprendre la question du judaïsme, avec Abraham, le sacrifice d’Isaac et tout ça. Et aucun des supposés élèves ne le relève. A part moi. Mon livre sur Le péché originel de la psychanalyse, avait pour projet de rouvrir cette question en fournissant quelques pièces essentielles du dossier. Cela, à l’évidence, aurait mérité quelques débats avec les collègues « lacaniens », d’être invité dans leurs associations. Eh bien non ! À part deux ou trois petits groupes, personne. Cela en dit long sur l’état de déliquescence théorique de ces groupes.


Il n’y a pas eu de débat ?


Non, aucun. C’est la même question qui est sans cesse refoulée, y compris chez ceux qui se réclament de l’enseignement de Lacan. Dans mon intérêt pour le judaïsme, il n’y a aucun chauvinisme. Politiquement j’ai des positions très claires sur le problème palestinien. Je pense que la politique israélienne est une catastrophe, y compris pour le peuple juif, qu’elle est condamnable. Pour moi, en tant que psychanalyste, le judaïsme est une question théorique, qu’il faut aborder comme toutes les autres questions théoriques. Certains analystes juifs aujourd’hui abordent cette question sur le mode chauvin, mettant Freud dans le Panthéon des grands hommes juifs au côté d’Einstein et de quelques autres. Mon maître Leibowitz disait à ces gens là que ce n’est pas le judaïsme qui a offert Einstein à la science, c’est la science qui a fait un cadeau au peuple juif avec Einstein. Leibowitz cherchait à dénarcissiser le peuple juif, qui d’une part a perdu le contact avec ses valeurs traditionnelles et d’autre part, à proportion, se complait dans un chauvinisme abêtissant et catastrophique.


Vous soutenez que Lacan dans sa confrontation avec le judaïsme se serait fourvoyé, entraînant ses disciples dans l’impasse, en particulier à propos de la notion de Nom-du-père.


Que ce soit tout à fait clair. Je ressens une immense dette pour Lacan qui fut mon maître. C’est au nom de mon estime pour lui que je me permets quelques objections. La question du Nom-du-Père est en effet assez bizarre chez Lacan.


Elle n’est pas claire.


Elle n’est pas tout à fait claire. Une des choses les plus importantes à mes yeux que Lacan a apporté à la théorie freudienne, c’est sa théorie de la psychose comme forclusion du Nom-du-père. Je la trouve très importante parce que je l’ai vérifiée personnellement dans ma cure, dans ma pratique, dans mes observations, c’est une notion fondamentale pour moi. Sauf que la plupart des gens ne savent pas qu’est ce que c’est. Moi, j’ai suivi Lacan de près, en particulier j’ai assisté à sa présentation de malades. Il y a eu un jour une présentation de malade décisive dans laquelle il a dit : voilà, sur un cas concret, ce que j’appelle une forclusion. Je crois que c’était au milieu des années 70 du siècle passé.

Le Nom-du-Père c’est essentiellement la religion, le groupe dans lesquels on naît. L’histoire de ce jeune homme, très psychotique est la suivante : ses parents avaient étés déportés et après la libération ils ont fait entre eux un serment, celui de ne jamais dire à leur enfant qu’ils étaient juifs, afin qu’il ne souffre pas comme eux. Et Lacan de dire : c’est ça que j’appelle une forclusion. C’est le fait qu’ils ont effacé leur origine juive.

Donc il a maintenu jusqu’à la fin de sa vie cette théorie de la forclusion comme cause de la psychose ; mais en même temps il a du percevoir que le monde entier aujourd’hui fonctionne sur la forclusion du nom du père, et que le monde d’aujourd’hui est totalement fou. Dans mon livre « Le jour où Lacan m’a adopté » j’ai intitulé un chapitre « Tous à l’asile ». Cette expression était de lui. Il pensait que nous étions tous devenus fous, lui compris n’hésitant pas à dire : « Je suis un hystérique asymptomatique, c’est-à-dire un psychotique. » Nous sommes dans un monde fou.

Ceci étant dit, à partir d’un certain moment de sa vie, disons à partir du séminaire sur le transfert, il semble chercher une nouvelle voie. Alors qu’au départ le Nom-du-Père était la clef de voute de l’organisation symbolique, le point de butée dans l’incessante dérive du signifiant sur les vagues du signifié, il semble vouloir conférer cette fonction de butée à l’objet a. Il semble rejeter ce Nom-du-Père, il le ridiculise même parlant des « ânons-du-père », jeu de mot entre nom et ânon. Comme s’il voulait dépasser la théorie qu’il avait construite, dépasser Freud peut-être. Bref, on s’y perd un peu. Peut être cherchait-il une voie pour le traitement des psychoses, cette terre promise dont parlait Freud en s’adressant à Jung.

Pour moi cette question du Nom-du-Père n’a rien de théorique, c’est du vécu et je dirai du vécu tragique. Ca a été très important dans ma vie, parce que moi-même j’étais dans un processus forclusif par rapport au judaïsme. À partir de mon analyse, et avec l’aide de ma femme, j’ai essayé de reconstruire quelque chose de ce signifiant dans ma vie. Nous avons senti le danger qui pesait sur notre famille et en particulier sur nos enfants. Et depuis que jai réussi ce bricolage réparateur, ma vie a pris une autre tournure. Elle est devenue beaucoup plus féconde. J’écris, je réfléchis. J’ai l’impression que j’ai un destin. C’est Lacan qui dit dans le séminaire Le transfert : « qu’est ce qu’on demande à la psychanalyse : de nous donner un destin ».

Parce que si vous n’avez pas de destin vous êtes ce qu’on appelle en hébreu un objet efker, un objet abandonné, un SDF de la vie, que tout passant peut piétiner. Avant mon analyse je n’avais pas de destin. J’étais efker. C’est une notion talmudique qui n’est pas beaucoup commentée mais qui me parait très importante. Chaque objet est rattaché à un sujet. Mais il y a des objets qui sont sans sujet : ils sont efker. J’étais efker.


Vous n’êtes pas très tendre avec les groupes lacaniens.


J’ai fait partie de trois ou quatre d’entre eux et franchement ce n’est pas brillant. Je préfère ne plus polémiquer à ce sujet. C’est inutile. Comme on dit « les carottes sont cuites ».


Même Freud a privilégié la transmission par la famille, par sa fille.


C’est l’accusation que Lacan a portée contre Freud. Mais on a vu bien pire chez ses propres héritiers. Anna, la fille de Freud n’avait pas tant de pouvoir que ça. Il y avait quant même Mélanie Klein. Il y avait d’autres courants qui avaient plus de liberté.


Y-a-t-il des raisons théoriques et non seulement « sociologiques » à ce problème de transmission de l’analyse ?


Je pense que Lacan a un peu psychotisé son œuvre, et qu’il a laissé après lui une institution psychotique qui du coup s’est réorganisée en petites sectes. Je pense qu’il y a un rapport étroit entre psychose et phénomène sectaire. J’ai développé cette idée dans mes « Folies millénaristes » Certains malins se sont repliés sur l’université et sur son discours que Lacan avait voué aux gémonies. Les lacanoïdes sont devenus des suppôts du discours universitaire.


Quel est à votre avis le grand problème actuel de la psychanalyse?


Quand j’ai rencontré Lacan j’ai joué ma vie, ma vie familiale, mon peu d’argent, ma carrière professionnelle bien engagée, tout. J’avais brûlé les ponts derrière moi. Et je ne le regrette pas. J’étais parti, comme bien d’autres, dans un grand voyage avec lui, une espèce de conquête de territoires, conquête de vérité. Ces conquêtes nous en avons fait quelques unes. Mais après nous ? Ce grand projet s’est effondré.
La grande affaire aujourd’hui, le grand problème que je me pose, c’est que si nous, ceux de ma génération, nous avons eu des maîtres, nous avons été formés plus ou moins bien. Mais nous avons reçu quelque chose. Et je m’aperçois – je suis un coupable parmi beaucoup de coupables – que nous n’avons pas su transmettre. La nouvelle génération est laissée livrée, pour l’essentiel, à elle-même. Seule l’Eglise peut-être sait former de nouveaux maîtres, quelques brillants intellectuels. C’est sans doute ce que disait Lacan quand il prévoyait un brillant avenir à l’Eglise.

Quel est aujourd’hui le statut de la psychanalyse dans la société ? Comparez-le à ce qu’il était dans les années 60-70 où la psychanalyse en France avait une sorte de noblesse, on la respectait, on l’écoutait. Aujourd’hui c’est de la rigolade. De temps en temps il y a un clown qui passe à la télé pour dire quelque banalité sur Obama ou sur la crise financière …

L’affaiblissement de la psychanalyse ne provient pas des progrès des neurosciences qui concernent un domaine à part et laissent entier l’énigme de la réalité psychique. Il ne provient pas du comportementalisme qui utilise le vide que laissent nos lacunes. L’affaiblissement de la psychanalyse provient de ses incessantes luttes internes, depuis le conflit Freud-Jung, qui ont épuisé nos forces. Comment la psychanalyse peut-elle être forte après un siècle de « guerres civiles » ?


Que pensez-vous des schémas des nœuds borroméens.


Je pense qu’au départ les schémas borroméens étaient un projet très intéressant. Lacan a rendu ainsi sa dignité à l’imaginaire qui était très méprisé par ses élèves. Cette conjonction des trois dimensions qui constituent le Nom-du-Père est une très belle trouvaille. J’ai retrouvé quelque chose qui rappelle cela dans la théorie de la prophétie d’Al Farabi, reprise par Maimonide.

Seulement depuis, le nœud borroméen est devenu pour certains une espèce de religion qui leur permet de ne pas se confronter à l’expérience incontournable de la cure. Ils ont oublié tout le reste. C’est une sorte de petite religion qui s’est faite autour du nœud borroméen.
Lacan a dit un jour cette phrase extraordinaire, dans le séminaire II ou III : quand je vous fait un dessin au tableau c’est pour vous aider à retenir le commentaire. Mais si vous avez oublié le commentaire, vous pouvez jeter le schéma. Or, qu’est ce qu’on fait les élèves ? Ils ont fait le contraire ! Ils ont perdu le commentaire et ils ont retenus le schéma.



Entretien du jeudi 22 janvier 2009.



Gérard Haddad, né en 1940 à Tunis, est un ingénieur agronome, psychiatre et psychanalyste français.


Il rencontre Jacques Lacan en 1969 et entame avec lui une psychanalyse. Cette aventure dure douze ans, au cours desquels s’opère une métamorphose: marxiste, athée, il voit avec stupeur émerger, au cours de son analyse, la force du sentiment religieux qui l’habite, ce qui le conduit à retrouver le judaïsme, et à l’étudier en lecture croisée avec la psychanalyse.
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Sa rencontre avec Yeshayahou Leibowitz influence également son parcours.

Outre son travail de psychanalyste, Gérard Haddad est connu pour son œuvre d’écrivain, de traducteur de l’hébreu et d’éditeur.




Bibliographie


L’Enfant illégitime : Sources talmudiques de la psychanalyse, Hachette Littératures, 1981
Manger le livre, Grasset, 1984

Les Biblioclastes, Grasset, 1990

• (avec Antonieta Haddad) Freud en Italie : Psychanalyse du voyage, Albin Michel, 1994
Lacan et le judaïsme, Descléee de Brouwer, 1996

Maïmonide, Belles-Lettres, 1998

• (avec Didier Sicard) Hippocrate et le Scanner, Descléee de Brouwer, 1999

Le jour où Lacan m’a adopté, Grasset & Fasquelle, 2002

• (avec Hechmi Dhaoui) Musulmans contre l’Islam ?, Cerf, 2006

Les Folies millénaristes, Grasset, 1990

Le péché originel de la psychanalyse, Seuil, 2007


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19.05.2017