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Ecce Homo : être son destin !

Christian Pagano
(2.12.2008)

Voici l’homme ! C’est l’expression ‘originale’ accompagnant le geste de Pilate (Jean, 9:5) qui présentait à la foule, flagellé et couronné d’épines, Jésus de Nazareth, lequel ayant pu éviter d’être là, à ce moment, se révélait le vrai auteur de son propre destin.
Un geste historique, donc, mais un double message : d’une part l’expression même du principe d’identification appelé par Scot Hecceitas, fondé sur une simple reconnaissance, d’autre part l’implication de l’homme dans la création et la com-passion du monde. Il faut dire que la genèse de soi et de l’univers ne cesse de hanter les hommes de tous les temps, en réponse à l’Oracle de Delphes: gnoti te auton (connais toi toi-même) et tu connaîtras aussi les autres choses et les dieux. Curieuse implication de l’homme et Dieu ensemble, qui renvoi aussi au problème ontologique exprimé par Leibniz : ‘pourquoi y ait-il quelque chose plutôt que rien’ et encore au cri de douleur de Primo Levi: est-ce ainsi l’homme ?

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Opera di Antonella Burato

Plus positivement cette question originelle, car à chaque fois originale, a généré le long de l’histoire, les œuvres des plus grands artistes, penseurs et mystiques. Ecce homo par exemple est le titre de peintures célèbres, comme celle du Caravage à Gênes, de Tiepolo conservé à Caen, du Titien au Musée du Prado. Sans oublier celles de Corrège, Tintoret, Mantegna, Antonello de Messina, et tant d’autres…Il faut dire que rien mieux que l’art souligne l’union différentielle, voire mystique entre le geste humain, qui exprime aussi une parole et la parole qui s’inscrit toujours dans un geste. Mais Ecce homo a aussi influencé toute sorte de penseurs le long de l’histoire. Sans faire exprès, Pilate, avant de s’en laver les mains, accomplit un geste philosophique et historirque juste : l’identification d’une Personne, dont le visage souffrant deviendra symbole de tous les autres visages, indiquant ainsi une quête perpétuellement initiatique de l’humanité. Nous avons choisis quelques auteurs qui nous paraissent mieux y faire écho :

- Duns Scot, le premier qui dans sa fameuse théorie de l’hecceitas, met en œuvre le principe d’identification non comme somme des qualités de l’homme, mais purement et simplement la présentation de sa singularité.

- Jean Baptiste Vico, qui redonna dans sa Science Nouvelle (l’Histoire), une dignité noétique à tous les «faits » toujours singuliers, toujours vrais, en soi, comme disaient les anciens « contra facta nihil argumentum » contre les faits il n’y a pas d’argument.

- Alfred North Whitehead, qui avec son livre sur la réalité comme process , eu une grande idée et une grande influence aussi bien philosophique que…théologique, surtout dans les pays du Nord, apportant la caution de la science à une vision événementielle du monde.

- Emmanuel Lévinas enfin, qui venant de la lointaine Lituanie, après une guerre dont il fut victime, rappelle qu’il y a eu toujours une philosophie des faits : l’Ethique, (plutôt que la Morale, comme ensemble de règles particulières) qui elle est même la philosophie première à reprendre cependant, après la Shoa, complètement à nouveaux frais.

- Suit non plus un auteur, mais un livre exceptionnel : ECCE HOMO de Nietzsche autobiographie philosophique originale, s’il en est, à plusieurs point de vue :

- Il s’agit en effet d’un genre nouveau, le seul qui comporte les mêmes mots Ecce homo référés au Crucifié (d’ailleurs largement re-crucifié par l’auteur),

- mais aussi le désir; comme Lui de faire « corps » avec son oeuvre même. Pour une ‘identification’ on ne peut pas faire mieux.

- Les conclusions ne font que moduler de diverses manières un refrain : être son destin.

I. DES AUTEURS

1. Jean Duns (1265-1307), dit Scot, originaire de l’Écosse, naquit au siècle XIII qui vit l’éclosion de tant de mouvements culturels et religieux (ex. les Templiers) et aussi linguistiques, avec les fameux traités De modis significandi (de Grammatica speculativa) dont un attribué à Scot. La révision périodique du langage, modèle et moyen de connaissance, apporte toujours plus de visibilité au monde et une subtilité accrue aux problèmes humains avec la prise en considération de l’activité volontaire du locuteur. C’est ce qui a permis à Scot, de se distinguer et d’accéder rapidement à la notoriété. Il fut surnommé par ses contemporains Doctor subtilis.
A la différence de l’intellectualisme triomphant dans la scholastique, Scot fut le pionner d’une philosophie volontariste, typiquement franciscaine, l’adversaire résolu de la théorie absurde de la double vérité d’ Averroès, (Ibn Rushd), en vogue à la Faculté des Arts de Paris. Il n’y a pas une double vérité, il y a plutôt des niveaux différents. Duns Scot opte ainsi pour une distinction entre philosophie et théologie, la première ayant un caractère plutôt rationnel, la théologie étant plutôt pratique (raisonnable), sans qu’il peut y avoir un hiatus entre ces des aspects. Ce qui mit crise la théologie scolastique, qui se retenait strictement démontrable. Mais Scot ne manqua pas de critiquer aussi le concept d’analogie appliquée par la Scholastique à l’Être pour sauver la « différence » entre Dieu et les créatures. Pour Scot l’Être est univoque, il est la vérité même aussi bien en Dieu que dans les créatures, authentiques étincelles divines. Sans que cela enlève la possibilité de s’adresser à Lui, dans la prière comme vers un espoir éternel.
Nous devons à Scot surtout la théorisation du geste de Pilate dans son fameux principe d’identification sous le nom de Hecceitas, de façon plus radicale que Thomas, pour lequel (suivant Aristote) l’individuation résidait dans la « materia signata » (matière définie par sa quantité) Scot cherchant un principe qui puisse identifier aussi les anges, soustrait l’hecceitas à l’emprise de toute quantité matérielle et de qualité conceptuelle. Non que le corps humain n’entre pas en jeu, mais, comme disait les Romains, cum causa non est causa : (avec la cause, n’est pas la cause) L’individu humain se présentant dans son unité substantielle est à chaque fois « un fait particulier », un nouveau né, mais à chaque fois, éternel, comme tous fait qui est fait à jamais. On peut appliquer à tout individu ce qu’on disait du Christ : universale concretum l’universel concret, universelment unique, pour toujours. Cela éviterait l’absurdité d’une reconstitution matérielle de la Personne, après la résurrection, tout en maintenant « substantiellement » (comme dans l’Eucharistie) l’union du corps et de l’esprit. Pour Dieu, on disait, tout est possible, mais pourquoi l’obliger à des absurdités inutiles ?

L’hecceitas anticipe le principe holistique, (le Tout n’est pas simplement la somme des parties) et le célèbre Dasein traduit en français, par Heidegger même (qui fit la thèse sur Scot) non pas comme être là, être jeté, ou pro-jeté mais être-le-là. Ce Dasein reste cependant prisonnier d’une certaine fatalité. L’hecceitas de Scot n’indique pas tellement un être projeté mais un projet vivant, capable d’engendrer un destin unique, pouvant nourrir des passions extrêmes, comme celle de la Croix. En ce sens il est la simplicité même, pouvant harmoniser des complexités (aujourd’hui à la mode), dans une Complicité active, sur le mode d’ une résilience, métabolisant des données complexes et disparates, et les restituant sou forme de combinaisons inédites dans le langage Ce principe retravaillé par Jung comme processus de transformation intérieure, indique aussi i un chemin thérapeutique visant à harmoniser les contraires, (Alchimie éternelle), comme dans les anciens rites d’initiation chamanique et autres.
Bien entendu l’hecceitas n’est pas une fleur dans le désert. Pour Scot ce fut le réflexe de sa position nominaliste (dans le problème des Universaux) face à un réalisme naïf n’amenant nulle part. Seul le particulier irréductible à toute prise purement intellectuelle fait preuve de réalité authentique. Et ainsi l’hecceitas constitue, paradoxalement, aussi une ouverture réaliste vers l’infinité des particuliers du monde, reliés entre eux, selon la physique moderne. La théologie de Scot réconcilie ainsi « subtilement » l’Infini avec le contingent, la partie avec le tout, le matériel et l’immatériel, en rétablissant le rôle de la volonté et donc des « faits » ouverts sur l’infinité des faits réels dans une infinité de modes et de mondes possibles, selon le napolitain Giordano Bruno. La mort précoce (à 42 ans) ne lui permis à Scot de développer ‘pratiquement’ cette vision. 
2 Giambattista Vico (1688-1744) ce fut l’autre napolitain qui réalisa le rêve de Scot, à savoir une théorie systématique de la praxis, tendant à récupérer la valeur noétique des faits, qui sont toujours « uniques ». D’ailleurs la connaissance aussi est toujours un fait qui, en tant que tel, s’inscrit dans une historicité foncière (et aussi une relativité). La Science Nouvelle, publié une première fois en 1725 sont se résume dans deux phrases célèbres : Verum ipsum factum (le vrai et le fait même) et Verum et factum reciprocantur seu convertuntur. La vérité est le résultat d’un faire, et vice-versa.
En effet, Vico, comme tant d’autres, essaie de mettre en relation le mode idéal et celui réel, la Philosophie (qui s’occupe de vérité) et Philologie (qui s’occupe de la certitude) à savoir l’amour de la sagesse et du langage exprimant cette sagesse. A la recherche de la genèse du monde, et en réaction à Descartes, pour lequel on peut atteindre la vérité avec des idées claires et distinctes, Vico maintient que d’abord on n’accède jamais à la vérité en tant que telle, mais seulement au vraisemblable. En outre la prétention d’avoir des idées claires ne fait que tarir la faculté propre de l’homme qui est la créativité. Ainsi pour Vico, anticipant l’empirisme de Hume et d’autres, la connaissance du monde est une réalité factuelle à remettre toujours sur le métier. Dieu connaît le monde, puisque Il l’a fait, l’homme est à son tour créateur de l’histoire que lui-même accompli. Et c’est ainsi que l’homme connaît soi même, en faisant et refaisant le monde. Mais pour Vico l’histoire n’est pas du tout linéaire et progressive. Elle alterne des phases diverses, progressives et régressives ou carrément décadentes, ce qu’il appelle « corsi et ricorsi della storia » (cours et recours de l’histoire).
Vico fut enfin parmi ceux (comme Gioacchino da Fiore) ayant tenté une vison générale de l’historie en trois phases, selon les sens, la « fantasia » et la raison. La première phase, « féline » ne distingue pas l’homme des animaux. Le deuxième fantastique aboutit à l’émergence d’une créativité intense (outils, mythes, métiers etc.) Finalement c’est dans l’age de la raison, comme la notre, qu’on accède à une organisation rationnelle de la société.
3. Alfred North Whitehead (1861 1947) grand scientifique (Principia Mathematica avec Russel), se converti à la philosophe, constatant, comme Scot, que nous pensons par des concepts universaux, mais nous vivons de particuliers. Il aurait pu ajouter : plus on est unique (particulier) plus on est universel.

L’originalité de Whitehead vient de la science, donnant l’exemple concret de la transversalité qui de temps à autre s’impose à la pensée. Dans celle de Whitehead (Réalyty and process 1929) l’univers est une réalité à la fois physique et spirituelle, un organisme en process. C’est un mot-clé (anglais) recouvre à la fois processus et procès en français, autant dire une réalité événementielle en question permanente. Selon leur degré de complexité ces événements se révèlent comme associations qui seules garantissent la durée. Un oiseau dans l’arbre, par exemple, est une partie d’un tout « structuré » (unique) puisqu’il possède une propriété qu’il n’aurait pas hors de cette association (nous dirions situation) C’est, à l’évidence, un développement de la notion scotiste de l’Hecceitas.
En tant que scientifique Whitehead avait bien compris que la vision mécaniciste de l’univers était obsolète. La découverte quantique de particules-ondes qui peuvent être à la fois unique et universellement en connexion entre elles, ouvre des prospectives inédites, qu’on peut aussi expérimenter, dit Whitehead.

Comme son compatriote Scot, Whitehead réintroduit l’action (et donc la volonté) comme moteur de la raison. L’organisme est déterminé par une créativité englobante Relation et réalité se conjuguent dans ces entités en process, naissant et mourant continuellement, comme gouttes d’expérience, mais fécondant aussi des réalités successives. Chaque élément donc transforme et est transformé par les rapports réciproques. Dès lors être conscient c’est prendre part à l’abondance de l’Univers, dans une empathie amoureuse envers tous. Whitehead suggère aussi une idée originale de Dieu agissant dans le monde de façon doublement articulée : immanente puisqu’il en est la cause, mais aussi de façon transcendante (selon ses termes) en tant que finalité.

Dieu serait alors ce que nous aurions voulu qu’il soit ? Le fait est que ce philosophe a inspiré une nouvelle théologie dite justement du Process (John B. Cobb, Charles Hartshorne, et Paul Tillich) et fut même initiateur de la pensée de Ludwig Wittgenstein.
4. Emmanuel Lévinas (1905-1995) ou le Visage de l’autre, tellement ce thème est déterminant dans son œuvre. .A la sortie de la guerre, dont Lévinas fut victime, l’urgence était de retrouver une raison compatible avec l’absurdité de ce qu’on venait de vivre. Elève de Husserl, le fondateur de la phénoménologie, Lévinas concentra ses recherches sur une Ethique nouvelle, découvrant ainsi la valeur particulière du « visage » de l’Autre, souvent souffrant à l’instar du Ecce homo, qui nous interpelle constamment. Et cela se révèle non plus comme un concept produit par nous, ni un phénomène, mais un cheminement en acte, original et unique à jamais. Lévinas prend alors ses distances même vis-à-vis des courants dont il était issu, ramenant tout à la singularité humaine.
Par ailleurs, après la Shoa, l’idée d’un Dieu Tout Puissant, avait reçu un coup « mortel » étant devenue, aussi pour un croyant … impuissante à expliquer ce qui s’était passé. Cela obligeait à reconsidérer l’éthique à nouveaux frais. Lévinas alors travailla sur l’activité humaine mais dans une X-aptitude (vr. après) non indifférente à la souffrance des un et des autres. Et c’est à la Souffrance universelle, la Présence d’une Absence fondamentale, qu’on pourra désormais accrocher une valeur « transcendantale » sans que soit nécessaire affirmer ou nier Dieu. En fait, Levinas voulant dire « l’humain de l’homme » déborde constamment sur l’Infini de la personne humaine, un être qui n’est pas que ce qu’il est, mais devient : l’Exodus en toute sa splendeur. C’est pour cela que l’Autre nous attire dehors et nous questionne, pas comme objet, ou même image divine,.mais simplement avec son Visage particulier, dans sa nudité foncière, ne pouvant pas se réduire à rien d’autre qu’à lui-même. Et c’est encore l’Hecceitas. Rencontrer l’Autre alors c’est avoir l’idée de ce dont on ne peut pas avoir idée, ou, désirer ce qui ne pourra jamais combler le désir. D’où cette étrange phrase : « Le Désir métaphysique de l’absolument Autre est satisfait dans la mesure où il ne l’est pas». 
S’approchant d’un autre juif célèbre : Martin Buber, Lévinas précise que l’Ethique ne se tient ni dans la polis ni dans le « nous », mais dans un rapport je-tu ou personne peut remplacer personne. Regard vers le passé (mémoire) et vers le futur (projet), cette pensée arrache le sujet au sol sur lequel il croit reposer pour le « planter » dans une humanité qui ne cesse de s’affirmer et/ou se dédire tout au long de son histoire.
Et c’est ainsi que l’Ethique de Lévinas qui ne prenant pas appui sur une Morale ‘régionale’ mais dans le respect infini au Visage de l’autre, autant dire de la Personne humaine, a eu un accueil universel, au de là de toute confession, ce visage trouvant néanmoins un écho biblique dans Isaïe (le serveur souffrant) et bien sur, étant l’image même de Ecce homo.
Il. Le LIVRE : Ecce Homo, de Frédéric Nietzsche (I888)


Autobiographie originale s’il en est, l’œuvre ultime de Nietzsche juste à la veille de sa folie, mérite une considération à part, car elle reprenant et renouvelant le genre autobiographique lui confère une dimension nouvelle, philosophique, propre. Elle est la seule autobiographie, qui tout en citant dans son titre expressément Ecce homo : ne se limite pas à une évocation verbale, mais, l’utilise comme modèle, réalisant « à coup de marteau » (selon son expression) l’incarnation de soi même, comme une sorte d’incarnation..
Il faut dire que la façon de Nietzsche pour liquider une fois pour toutes le Crucifié, est presque attendrissante. Ses exclamations parodiques, traduisent une souffrance et une véritable passion qui convient à son titre. Ainsi Nietzsche après avoir publié, malgré le silence assourdissant de l’époque des chefs d’œuvre comme : Le Gai savoir, Ainsi parla Zarathoustra, Généalogie, Par-delà le bien et mal  avoue dans son dernier livre :
« Ceux qui croyaient avoir compris quelque chose à mon propos, c’est qu’ils avaient tant bien que mal fait de moi quelque chose à leur image »
 
C’est, en négatif, encore l’Hecceitas en question. Nietzsche toujours là et toujours ailleurs, se révèle toujours autre chose, tout en restant égal à soi même. Son œuvre forme une véritable poiesis  (au sens grec) une « action » d’exploit littéraire et philosophique, une tentative de auto-présentation et de sa propre incorporation dans son texte comme il sied à tout poème qui se respecte...

Le dénominateur commun de l’œuvre nietzschéenne, est finalement celui de s’élever contre l’idée d’une parole philosophique désincarnée, qui serait le produit d’un sujet cartésien… Pour lui la philosophie n’est qu’une « exégèse du corps ». Etrange affaire donc, entre lui et le vrai Ecce homo, un amour tragique, permettant au poète de s’attribuer les fondamentaux de la personne qu’il veux à tout prix abattre... Ainsi son autobiographie est, bien sur, une incarnation mais celle d’un homme désormais malade, pas fou en vérité, du moins pas encore, dont le désir d’incorporation, est presque un désir thérapeutique, exprimant un rêve de guérison d’un mal qui le rongeait déjà.

Mais Personne, au fond, ne peut définir ou ne démolir personne. A ce sujet, il faut dire que Nietzsche avec ces énoncés grandiloquents comme : « Pourquoi je suis un destin », « Je ne suis pas un être humain, je suis de la dynamite » contribue néanmoins à réintroduire dans la philosophie une donnée essentielle, la volonté de puissance, qui n’est autre chose que la puissance même de la volonté, souvent négligée par ailleurs. 

En choisissant l’évocation du commencement de la Passion du Christ, Nietzsche qui fut le premier à parler de la mort de Dieu, a hésité à enfoncer le clou, évitant de déclarer la mort physique de Dieu en Jésus Christ, sur la croix. Cela aurait été logique avec ses idées, mais cela comportait subrepticement une reconnaisse implicite de la nature du Crucifié, entièrement humaine, entièrement divine. C’est ce que d’ailleurs on peut, mutatis mutandis dire de toute personne, Nietzsche compris. Mais il fallait le savoir et il fallait le faire.

Nietzsche en toute évidence veut être finalement, comme l’Ecce homo, le seul auteur de son propre destin. L’acharnement qu’il met à s’ incorporer, comme il dit, à savoir unir sa parole et son physique (incarnation), en dit long sur le noyau principal du message du Crucifié, clairement exprimé quelques heures avant son destin fatal dans la Cène eucharistique. Dès lors on peut bien dire que Dionysos et le Crucifié loin de s’opposer se revoient l’un l’autre, comme le Verbe et la vie. Oui, Nietzsche se veut plutôt Dionysos, mais « de fait » il est surtout. le Crucifié. Le non-dit de Nietzsche est bien plus fort que son « dit » : Il finit pour reconstituer, à sa manière, la Dernière Cène, où l’on peut presque entendre, par enchantement son chant du Cygne, les paroles mêmes de la consécration: hoc est corpus meum, ceci est mon Corps. Nietzsche for ever. Inouïs !

IlI. X- APTITUDE 

En reconnaissant la centralité de l’Inconnu, mais connu en tant que tel, donc certain, cette aptitude révèle la base même non seulement de toute hecceitas, à savoir d’une identification humaine, mais encore de toute recherche, ainsi que la source du « dire ». Minimaliste, mais gage d’universalité, cette aptitude se situe à l’interconnexion entre réalisme et idéalisme, du coté de chez le langage (dirait Proust) demeure de l’homme, gardien de l’être, dit Heidegger, lieu natal, j’ajoute, de toute humanité. Le consentement au fait originel, à savoir à l’expérience particulière à chacun, souvent souffrante (de ex perire = sortir de la mort) où tout discours prend origine menant à la vie et inversement, exprime (quoique pas toujours clairement) le creuset où tout est possible, l’humus qui voit encore foi et raison réunies pour le meilleur et pour le pire. X-aptitude ainsi, orientée-réel « désirante » est suffisante à faire fonctionner le langage sur le mode tout se passe comme si... Elle sauvant le principe de non-contradiction (et identification qui va avec) est sauvé, à son tour, de n’emporte quelle incohérence et inconsistance. Un réalisme subtil, mais résistant donc que j’appelle chiastique du chiasme, le signe de l’Inconnue algébrique ( X) le point, autant certain qu’invisible formé par le croisement de deux traits asymétriques, signifiant ainsi une réalité elle-même en process, à savoir une Complicité génétique universelle. En détail :
a) ÊTRE vrai. X-Aptitude n’est pas un relativisme ou agnosticisme, en tant que tel, car suppose une certaine relation ‘vérité-réalité’ (distinctes mais inséparables) mais qui est certaine, suivant Héraclite: celui qui n’attend pas l’inattendu, il ne le reconnaîtra jamais. Et ainsi il rejoint le principe de … Parménide : « Deux sont les voies de recherches possible l’une l’être est et ne peut pas ne pas être, et c’est la voie de la persuasion qui accompagne la vérité. L’autre : l’être n’est pas et ne peut pas être, et c’est le chemin mènant nulle part ». Les prétenus dépassement de la logique contradictoire, sont souvent patho-logiques. Ce serait renoncer au consensus minimal universel, celui qui permet la communication entre les hommes de tous les temps, mais par contre la porte ouverte à tout ceux qui pensant savoir ne font que « croire » à ce qu’ils pensent, sans preuve aucune, générant ainsi une littérature, souvent pieuse, mais fantasmagorique pleine de citations autoréférentielles, tautologiques, souvent amusantes, toujours délétères.
b) ÊTRE libre. Il est écrit que la vérité rend libre, mais la liberté aussi mène à la vérité. Vérité et liberté ne sont pas et ne peuvent pas être antinomiques, sans mettre en question qui parle, car c’est dans l’expérience libre, que la parole prend origine. C’est vrai que l’objet de recherche, comme celui du désir, n’est jamais tout à fait clair, plutôt clair-obcur, souvent "ostinato" car il résiste et persiste et c’est tant mieux, puisqu’ il garantie ainsi une certaine réalité, l’autonomie du sujet, et une variété d’appréhensions qui peuvent constituer, dans l’art, l’éclat de l’être : la Beauté (Platon).

Mais l’homme ne peut pas aller à la vérité, s’il n’est pas déjà sur ce chemin. C’est logique. Le devenir, même, en quelque sorte « est », autrement il ne devient pas. C’est un mystère, mais entre le mystère et l’absurde, Parménide a choisi une fois pour toutes.

Mais qui dit choix dit volonté humaine ; la seule qui apporter la contradiction, puisque elle seule peut voir intellectuellement le bien et choisir pratiquement  le mal. Par chances, les choses ne sont jamais d’un seul côté, ou sur une même ligne, ni même sur deux lignes parallèles, mais à niveaux divers et variés permettant, donc, des choix multiples. L’homme d’ailleurs, tout en étant un néotène (toujours « jeune » voire un prématuré physiologique), mais un surdoué spirituel joui des deux hémisphères du cerveau qui sont asymétriques (à différence des animaux), de sorte qu’il peut y avoir collaboration entre les deux,ainsi des partages, des échanges de fonction, etc. l’être humain étant prédisposé à un cheminement librement récréatif de son propre destin, dans l’Harmonie dont parle Spinoza.

c. ÊTRE son destin. C’est finalement être soi-même, une Personne, accepter sa singularité vivante, inaliénable, dans un monde en « process », capable de scénarios divers et variés et donc aussi de celui qu’on veut bien réaliser. Dans l’évangile apocriphe de Tomas est ecrit : Celui qui connaît le tout, s’il est privé de lui-même est privé de tout.
Le mot « destin » (du grec de-stans)indique l’Hecceitas au sens fort : ce qui est là, bien là à ce moment précis. Rien ni personne ne vit à la place de personne. Seul le présent est présent réellement, alors que le passé est passé et le futur n’étant pas encore, n’existe que dans le présent virtuel. Mais qui dit virtuel (de virtus, énergie) dit aussi effort (studium en latin). C’est là que le X de l’inconnue, fait un quart de tour et se transforme en + (la croix) qui implique l’entrée en jeu d’une « passion » souvent d’une passion extrême Plus qu’à des régressions à l’infini de la psychanalyse mieux vaudrait, je crois, faire recours à la technique du jeu chez l’enfant, content de trouver qui veux bien participer à son jeu. C’est dans cette complicité active, qu’on peut rencontrer le salut et la santé, qui vont toujours ensemble. Dès lors être son destin, c’est jouer le jeu, entrer dans la danse de l’Univers se régénèrant en permanence, sans rester au bord du chemin ; marcher, entraînant d’autres, dans des complicités concrètes, qui traduise un métabolisme constant des propres désirs. C’est ainsi que l’Ecce homo se révèle le pèlerin de l’impossible, le facteur de son destin.

CONCLUSION : x-Certitude
C’est le retour de la valeur noétique de l’acte initial, à savoir l’expérience originaire pour chacun, qui ne coïncide pas avec le Cogito cartésien, depuis l’étymologie (chemin de vérité) du verbe ‘cogitare’ nous amenant à une sorte « s’agiter avec » (co-agitare) jusqu’à une conclusion (ego sum - je suis) qui n’en est pas une, ou alors excessive, et pas claire du tout, pouvant se conclure aussi : je ne suis pas encore, pas tout à fait, ce qui a rien de commun avec l’acceptation certaine d’une réalité incertaine. Celle-ci n’est pas une idée, mais plutôt un état de « fait » concret et sur, quoique plus fécond que n’importe quel concept, qu’on n’exclue pas d’ailleurs. Mieux serait alors prendre ce cheminement en « process » sortant du tohu bohu initial en plusieurs étapes, comme par exemple :

- un Exode : volonté de sortir du chaos, comportant néanmoins l’émergence du sujet 

- une Méthode (du grec aller çà et là) un chemin prenant des voies diverses et opposées, souvent enrichissantes, mais nécessitant toujours d’une confrontation

- un Synode enfin (= cheminer avec) à savoir une entente cordiale sur le mode, si on peut dire la « consensualité » qui indique aussi bien la communion du sens et des sens dans le partage du pain et de la parole. Quelques bornes sur le chemin:



X-certitude tient en éveil la volonté, et donc la liberté. Ce n’est pas rien, c’est même beaucoup, car c’est la vie et c’est ainsi qu’on peut accéder aussi à l’infaillibilité de l’acte d’amour. Pourquoi ne considérer de même l’infaillibilité papale, en tant que témoignage personnel du Pontife, déclarant son amour à la personne du Christ, l’Ecce homo saveur des hommes? C’est le kérygme Tout ce qu’on y ajoute, ne venant pas du Crucifié, dessert vraiment une Tolérance universelle ?

X-certitude est un « réalisme critique» sous surveillance, respectueux de toute croyance, loin d’imposer des surplus culturels, pouvant entraver toute entente possible, mais aussi une force d’individuation, qui ne permet aucune fusion dans la confusion, ni une dissolution finale de la Personnalité unique dans un conglomérat cosmique, idéologique ou autre.

X-certitude c’est aussi une « Ratio » (un calcul chemin faisant) typiquement humaine, comme dans la double articulation du Langage : le repérage d’unités discrètes (taxinomie) permettant ensuite des combinaisons créatives proprement transfinies, base active de toute entente humaine.

X certitude enfin c’est la Rencontre, dans tous ses état, lieu génétique de vérité, liberté et réalité s’il en est, lien chamanique entre le vrai et le fait, l’intellect et volonté, sujets et objets variés, sans exclure qui que ce soit, dans une résilience permanente, à l’image même de la Personne humaine qui "est" parce que devient, "une" car multiple, infiniment présente : l’Ecce homo en somme.






Christian Pagano


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