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L’énigme de Baden-Baden. Entretien à Henri-Christian Giraud

Claude Jacquemart
(24.06.2008)

Pourquoi de Gaulle est-il allé voir Massu en Allemagne ? Henri-Christian Giraud reconstitue minutieusement l’affaire et révèle les secrets du jeu des Soviétiques et des communistes français.

Ce fut un événement dramatique et stupéfiant, l’équivalent du départ clandestin de Louis XVI des Tuileries en juin 1791 : le 29 mai 1968, alors que la Ve République vivait une crise politique et sociale sans précédent, le général de Gaulle quittait l’Élysée, sans qu’aucun membre de son entourage, même son premier ministre, Georges Pompidou, eût été averti de sa destination. Cette dernière ne fut connue qu’au retour à Paris du président : de Gaulle était allé en hélicoptère, accompagné par son épouse, à Baden- Baden, la ville abritant l’état-major du général Massu, commandant en chef des forces françaises en Allemagne. Son fils, Philippe de Gaulle, et sa famille l’y avaient rejoint.

Quel était le but de cette visite inopinée ? Outre les confidences du général de Gaulle lui-même, de multiples témoignages – à commencer par celui du général Massu – ont éclairé ce moment de notre histoire. En substance : de Gaulle, abattu par des événements sur lesquels il semblait ne plus avoir aucune prise, éprouvant le sentiment d’être pris au piège à l’Élysée, aurait voulu s’en échapper avec la tentation lancinante de tout abandonner. Et il serait venu se réfugier auprès de l’un de ses vieux compagnons d’armes, un fidèle parmi les fidèles.Lequel l’aurait convaincu que, pour peu qu’il se reprenne, rien n’était perdu, en l’assurant une fois de plus de son absolu dévouement.

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Opera di Hiko Yoshitaka

De cette explication communément admise, un livre donne, quarante ans plus tard, un nouvel éclairage. Son auteur : le journaliste et historien Henri-Christian Giraud. Né en Algérie, petit-fils du général Giraud que de Gaulle évinça, en 1943, de la présidence du Comité français de libération nationale à Alger, il ne porte pas le fondateur de la Ve République dans son cœur. Mais il publie une formidable somme sur le sujet qui, si elle n’emporte pas toutes les convictions (lier le rôle de négociateur de Jacques Chirac en 1968 à d’anciennes sympathies communistes laisse sceptique), n’en est pas moins un méticuleux travail de bénédictin, confrontant les textes, les déclarations et les documents, reconstituant, heure par heure, et parfois minute par minute, les événements de ces semaines intenses.

Sa thèse ? De Gaulle qui, rappelle-til, dès la guerre s’était allié aux Soviétiques, qui fit entrer les communistes au gouvernement en 1944 et quitta l’Otan en 1966, voulut en mai 1968 avoir la certitude que Moscou ne laisserait en aucun cas le parti communiste prendre le pouvoir en France.Or, le général Massu venait de recevoir à Baden-Baden le maréchal Kochevoï, commandant des troupes soviétiques en Allemagne de l’Est.Lequel lui avait confié des informations du plus haut intérêt, dignes d’être transmises au plus haut niveau.

Cette visite impromptue et pour le moins insolite du président de la République à un général basé en territoire étranger, de Gaulle l’aurait volontairement entourée, pour des raisons évidentes, d’un épais brouillard, donnant à quelques interlocuteurs, à dessein, le spectacle d’un homme à bout de forces, annonçant son désir d’aller se reposer à Colombey, voire même d’abandonner, comme en 1946, les rênes du pouvoir.

En fait, selon Henri-Christian Giraud, un numéro de virtuose. De Gaulle, estime-t-il, n’avait nullement l’intention de renoncer à quoi que ce soit. En témoignerait le soin avec lequel il prépara son voyage dans les moindres détails, prêt d’ailleurs à toute éventualité, y compris un “vrai” départ analogue à celui de 1940 pour Londres. S’expliqueraient alors son ordre de mettre en lieu sûr un trésor de guerre prélevé sur les réserves de la Banque de France et ses précautions concernant sa famille.

Roman ? Pour comprendre l’incroyable voyage à Baden-Baden, il faut se replonger dans l’atmosphère du moment. En ce mois de mai 1968 finissant, la France est un pays au point mort, paralysé par les grèves, agité par des manifestations et des combats de rue.Persuadés que le pouvoir est à portée de main, François Mitterrand et Pierre Mendès France ont relevé la tête. Une tête que semblent avoir en revanche perdue de nombreux responsables – à l’exception du premier ministre, Georges Pompidou, et de quelques autres, qui tiennent bon.

Au départ, il y eut l’agitation étudiante, provoquée et entretenue par l’ultragauche, trotskistes, maoïstes, anarchistes, prompts à dénoncer l’abandon de toute volonté révolutionnaire par les “crapules staliniennes” du PCF.

Puis les débrayages ont paralysé les entreprises, y compris dans les secteurs vitaux comme les raffineries de pétrole. Du coup, le parti communiste et la CGT, viscéralement hostiles aux gauchistes mais soucieux de ne pas se laisser déborder sur leur propre terrain, ont pris le train en marche.

La situation sociale faillit redevenir normale à partir du lundi 27 mai quand, en début de matinée, Georges Pompidou, épuisé par d’interminables négociations conduites au ministère des Affaires sociales, rue de Grenelle, lut le protocole d’accord établi avec le patronat et les syndicats. Le premier ministre comptait sur le secrétaire général de la CGT,Georges Séguy, pour le faire avaliser par les grévistes de Renault, dont l’acquiescement aurait fait tache d’huile. Or, à Billancourt, Séguy s’est heurté à un refus : « Gouvernement populaire ! »

Jouant la carte de la surenchère, le PCF et la CGT annoncèrent alors des manifestations dans tout le pays, notamment à Paris, pour le mercredi 29 mai, la centrale syndicale communiste sortant de son rôle traditionnel en se disant prête à « contribuer à un changement politique de progrès social et de démocratie ». Prélude à une tentative de prise de pouvoir par la force ? Pour parer au danger, Georges Pompidou a ordonné la mise en alerte, outre les escadrons de gendarmerie basés à Satory, des régiments de parachutistes.

Quant au général de Gaulle, il avait de bonnes raisons de s’interroger sur les intentions du PCF, succursale notoire du PC soviétique. Le 18 mai, il était rentré d’un voyage de plusieurs jours en Roumanie, où il avait répété le message adressé auparavant aux dirigeants polonais. En substance : le temps des blocs s’achève, un « grand vent salubre » se lève d’un bout à l’autre de l’Europe. Précisément : ce “grand vent salubre” secouait au même moment la Tchécoslovaquie, à la grande irritation du Kremlin qui craignait le renouvellement, à douze ans d’intervalle, de l’insurrection hongroise de 1956. Les dirigeants soviétiques n’avaient-ils pas l’intention de faire payer à de Gaulle son ingérence dans les affaires internes du camp socialiste ?

Mieux valait en avoir le coeur net. D’où, selon Henri-Christian Giraud, le voyage à Baden-Baden, où le général Massu pouvait restituer en direct les propos que venait de lui tenir le maréchal Kochevoï. Qu’avait-il donc pu lui dire ? Que le gouvernement français ne devait pas reculer devant l’emploi de la force pour rétablir l’ordre. Les étudiants, « il faut les écraser ! ». Et que, d’autre part, lui, le commandant des forces soviétiques en RDA, fermerait les yeux dans l’hypothèse où le commandant en chef des FFA dégarnirait son dispositif pour contribuer à cette remise en ordre. Le tout assorti d’un avertissement contre toute tentation d’aide militaire à la RFA, repaire de “revanchards”.

En d’autres termes, à Baden-Baden, de Gaulle aurait reçu le feu vert du Kremlin – à condition de respecter le pacte le liant à l’URSS depuis la guerre – pour agir à son gré, y compris en utilisant la force armée, les dirigeants soviétiques (cela faisant partie du non-dit) se chargeant d’ordonner au PCF de rentrer dans le rang.

À la vérité, il paraît étrange que de Gaulle ait entrepris une telle équipée uniquement pour recueillir de seconde main (Massu) des informations qu’il pouvait obtenir directement, par des intermédiaires qualifiés, auprès de l’ambassade soviétique à Paris. On peut donc imaginer qu’il soit venu à Baden-Baden pour diverses raisons (y compris un moment de découragement), parmi lesquelles la recherche d’une aide concrète, malgré les dénégations de l’intéressé, de Massu et des FFA – analogue à celle que Louis XVI espérait trouver en 1791 auprès du marquis de Bouillé à Montmédy – au cas où la situation en France aurait conduit le chef de l’État à “refaire la France libre”. Les informations fournies par le maréchal Kochevoï seraient venues en sus, le confirmant dans son intention, un moment ébranlée, de continuer le combat en France même.

Quoi qu’il en soit, de Gaulle repartait le jour même pour Colombey,où la télévision lui apprenait que la grande manifestation organisée à Paris par la CGT s’était dispersée dans le calme. Le lendemain, de retour à Paris, le chef de l’État recevait Georges Pompidou qui, outré de ne pas avoir été informé du déplacement à Baden-Baden, lui présentait sa démission, puis la reprenait après avoir obtenu du Général la dissolution de l’Assemblée nationale qu’il réclamait. Le même jour, des centaines de milliers de partisans du retour à l’ordre déferlaient sur les Champs-Élysées.

Le 30 mai également, les premières unités du pacte de Varsovie, sous le prétexte de manoeuvres, entraient en Tchécoslovaquie. Était en marche la “normalisation”, à laquelle de Gaulle et son nouveau premier ministre, Maurice Couve de Murville, n’opposeront que des protestations. Raymond Aron écrira bientôt dans le Figaro : « À aucun moment, le PCF et la CGT n’ont poussé à l’émeute, à aucun moment ils n’ont voulu abattre le pouvoir gaulliste, dont la politique étrangère comble leurs voeux et qui permet leur investissement progressif de la société française. »





L’Accord secret de Baden-Baden, comment de Gaulle et les Soviétiques ont mis fin à Mai 68,
d’Henri-Christian Giraud, Le Rocher, 542 pages, 21 euros.

Article paru dans "Valeurs Actuelles" du 28 mars 2008.


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