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N’ayez pas peur

Christian Pagano
(6.04.2008)

N’ayez pas peur

Ainsi sonne le conseil le plus recommandé de la Bible, à l’instar de la requête « Ecoute Israël », indiquant ainsi deux extrêmes, peur et amour, qui s’affrontent, comme le bien et le mal dans la vie de chaque jour.

La Peur, en effet, est le signe évident que le mal existe, un inconnu, un manque, mais qui donne aussi une certaine liberté. Elle est un sentiment fondamental et paradoxal : l’expression d’une déchirure originelle, une perte de confiance, une méfiance pouvant devenir défiance. Une virtualité inaccomplie, donc, qui fait partie intégrante de la personne, à l’instar du langage qui elle contribue à susciter.

« Ce qui nous fait peur, dit Boris Cyrulnik, c’est l’idée que nous nous faisons des choses, bien plus que la perception que nous en avons. » Cette peur nous sauve la vie. Mais le problème, avec l’humain, c’est que son imagination est débordante. C’est pour cela qu’on trouve un éventail de peurs qu’on appelle : crainte, inquiétude, frayeur, panique, angoisse, culpabilité, au niveau social terrorisme, sans oublier les phobies de toute sorte et surtout la peur de la mort, le vide absolu…

PEUR de quoi ?

C’est de la peur que j’ai peur (W. Shakespeare)



D’abord la peur fonctionne dans tout vivant comme mécanisme d’anticipation contre un danger potentiel, dont l’évaluation, même chez l’animal, est subjective. L’imagination suscite des comportements instinctifs chez l’animal, utiles à sa survie mais chez l’homme, la peur est au deuxième degré, elle met en jeu non seulement la survie mais la vie tout court, et avec elle la vérité, le sens, l’amour, l’origine et cet obscur objet du désir, infini, qui reste indéchiffrable.
« On peut dire que la peur est prophétique, car elle prévient, et démocratique, parce que tous l’ont. Je pense – dit encore Cyrulnik - qu’un enfant sans peur se prépare à la peur. C’est-à-dire que les enfants doivent avoir de petites peurs pour apprendre à les surmonter ». D’ailleurs tout rite d’initiation, dans toute civilisation se fonde sur le fait de dépasser une peur, souvent imprévue On peut même dire : comme un train cache un autre, ainsi une peur en cache souvent une autre.
Mais si l’objet final de la peur est en définitive inconnu, il est bien connu en tant que tel, à savoir en tant qu’inconnu, comme le X dans une formule algébrique. Il s’agit donc non pas de se cacher la tête dans le sable, mais de réagir. En fait la peur est une fonction de la vérité. Or il n’y a pas seulement une vérité souvenir (Platon) ou adéquation avec les choses (Aristote) mais encore une vérité à faire, une fonction, un algorithme qui pousse à exécuter un programme. Aspect de la vérité important car suppose l’acceptation d’une vérité ouverte, inachevée (comme la Personne) qui a besoin d’un consensus, mais seul ce consensus permet une paix humaine réelle. Pour cela il nous faut chercher et adopter ensemble un pas de marche soutenable. La peur est universelle, mais sa gestion diversement maîtrisable. Toute structure conviviale peut contribuer à cette maîtrise. Mais il arrive souvent que les institutions, de quelque formes que ce soit : familiales, religieuses, politiques, civiles, deviennent elle-même source de phobie et s’appuient sur la peur pour conforter leur pouvoir.


Différentes dimensions de la peur

On peut recenser quelques unes des peurs les plus courantes.



Peur et sentiment d’importance de soi. L’esprit trop encombré par la pensée que l’on a de soi-même, finit par avoir peur. Un paranoïaque constamment occupé de lui-même, imagine des scénarios de persécution ou d’espionnage de la part d’autres plus ou moins déterminés. Une variante est donnée par les personnes qui persuadées d’avoir une perspicace infaillible, se croient autorisées à juger, définitivement et sans appel des personnes, qui en soi sont inclassables.

Peur et aliénation. Le terme aliénation, au contraire de la Paranoïa, désigne la dépossession de l’individu et la perte de maîtrise de ses forces au profit de puissances supérieures. En ce sens, l’aliéné ne travaille pas pour ses intérêts, mais souvent contre. Milan Kundera dit que l’aliéné et « l’allié de ses propres fossoyeurs ». La peur peut aussi être le résultat d’une aliénation collective, celle des religions, fondée sur une vérité absolue qui ne serait pas connaissable progressivement, mais déjà détenues par des autorités… compétentes.

Peur et angoisse. L’angoisse est une peur sans visage qui surgit de l’intérieur. Elle peut être aussi une lucidité. Dans une forme accentuée on a la sensation d’être un objet d’une possession qui augmente indéfiniment. Mais au bout d’un certain temps, l’angoisse redescente et peut même donner lieu à une exaltation euphorique. C’est ce qu’on appelle le trouble bipolaire, qui affecte beaucoup d’artistes, d’écrivains, de philosophes etc. Une autre forme c’est le mal du siècle qu’on appelle stress.

La peur a encore d’autres facettes et des ressorts dynamiques souvent exploités par la publicité, comme l’appréhension, la crainte, l’inquiétude, l’anxiété, l’effroi, la frayeur, la terreur, l’ épouvante, le trac, et ainsi de suite. Mais il y en a deux qui méritent une analyse particulière en raison de leur incidence sur la vie d’aujourd’hui: respectivement sur le plan individuel et sur le plan social : culpabilité et terrorisme.

Le sentiment de culpabilité



Nous synthétisons en quelque phrase la pensée d’auteurs célèbres, selon un choix de deux psychothérapeutes (Jacques et Claire Poujol), sur ce sentiment important pour chacun de nous, à la base de toute responsabilité.

Freud considérait ce sentiment ambivalent « pain quotidien des psychanalystes » Il trouve, selon lui sa source à ce qu’il appelle le meurtre primitif (celui du père). Ce sentiment peut aussi exprimer l’angoisse du Moi devant le Surmoi avec un double masochisme : le Moi jouit de subir le Surmoi de punir. Il n’existe pas, pour Freud, de moyen direct de combattre la culpabilité. On peut en faire progressivement un sentiment conscient.

Lacan désigne la source de la culpabilité la plus profonde dans le sujet se sentant coupable toutes les fois qu’il en vient à « céder sur son désir ». Il met l’accent sur l’impossible plus que sur l’interdit. Il est plus facile de se confronter à l’interdit que de reconnaître l’impossible.

Alfred Adler Il lie la culpabilité au sentiment d’infériorité qui nous habite tous, et au désir de toute-puissance compensatoire.

C. G. Jung Il parle de culpabilité comme refus de s’accepter soi-même.

Mélanie Klein et D. W. Winnicott nous ramènent à la relation ambivalente du nourrisson avec sa mère, car l’enfant a peur de la fusion avec sa mère (alors que la vie le pousse à grandir) et désire aimer et être aimé de cette mère, source de tous ses plaisirs. Cette culpabilité est l’expression d’une ambivalence affective doit être considérée comme un élément normal de notre personnalité.


Pour Lewis Engel et Tom Fergusson , c’est l’altruisme excessif et mal dirigé la source de culpabilité. Nous avons un besoin de venir en aide aux autres : être des Sauveurs, pas toujours capables. C’est alors la formule : coupable car pas capable.

Spinoza . Pour lui, nous sentons que nous sommes éternels, mais c’est dans le sentiment de culpabilité d’abord que nous le sentons et l’éprouvons. C’est ce sentiment qui provoque une responsabilité illimitée (la prise en charge de soi par soi).

Kierkegaard estime que d’une part la culpabilité est communication, fondement de toute vie sociale, d’autre part retient que tout acte est culpabilisant, tout simplement parce qu’aucun n’est parfait.

L’examen de ces définitions fait apparaître que la culpabilité exprime un « mal » non totalement éliminable par nos propres forces. C’est le paradoxe de Bateson dit du « double bind » (double lien) signifiant la double contrainte opposée, dont on ne peut pas satisfaire l’une sans violer l’autre, comme dans les phrases : Je t’ordonne d’être libre. Ou le célèbre Il est interdit d’interdire.


Terrorisme et religion



Il n’y a aucune limite à la peur. On peut craindre tout et n’importe quoi. Mais surtout on peut avoir peur de la peur, à l’instar du désir du désir analysé par René Girard. Cet auteur ne porte pas assez d’attention, me semble-t-il, aux peurs , qui survenant à l’homme encore au stade animal, lui sont connaturelles et jouent un rôle déterminant à l’origine des formes communautaires, ainsi que des divers rites civils et religieux, qui sont fondamentalement des mécanismes de défense.
La peur, ainsi, bibliquement liée à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, indique une dépendance à quelque chose d’ineffable. Elle épouse le désir mimétique et cyclique humain, qui, à la différence de l’animal, est trinaire, L’homme en effet non seulement désire ce qui peut appartenir à d’autres, mais puisque il n’a pas de limite, il finit par désirer le désir même de l’autre, au point d’oublier l’objet désiré en premier. Naît ainsi une rivalité mimétique (l’autre faisant de même) un vertige qui comporte selon Girard un mécanisme victimaire. Ce « vortex » en effet ne peut s’arrêter qu’avec le sacrifice d’une victime (bouc émissaire) sous quelque prétexte que ce soit, presque toujours fallacieux. La victime ramenant la paix (du moins pour quelque temps) opère ainsi un miracle et devient la victime sacrée. C’est la naissance d’une mythologie !

Théorie saisissante. Mais le phénomène religieux me paraît à la fois plus simple car inscrit dans l’humain, et plus complexe. Il y a le désir du désir mais aussi la peur du désir, et, même le désir de la peur, car ce n’est pas rare qu’on joue à se faire peur, pour avoir une sensation de plaisir. Il y a bien sur une connotation violente, Cependant la peur révèle aussi un sentiment de dépendance et d’impuissance face à tout le mal, ainsi que d’incomplétude et incertitude qui inspirent autant la religion que formellement les sciences modernes notre vérité est inachevée !

Par ailleurs la peur aussi bien que le désir impliquent une dimension linguistique, telle que suggérée par la Genèse, celle de vouloir « dire » l’objet de la peur, pensant ainsi pouvoir l’apprivoiser, ou le tenir à distance par l’entremise du nom. En d’autres termes : la religion est bien un phénomène qui peut être lié à la violence, mais sûrement à la « connaissance » au sens étymologique (naître avec) une sorte de renaissance par la nomination de l’innommable, de l’objet obscur du désir et de la peur, de l’Inter-dit qui se situe entre le Fini et l’Infini, sans quoi il n’y aurait que confusion.

La peur et le désir se relient donc à l’émergence de l’humain, mais c’est plutôt les mécanismes de la peur qui déchaînant des réactions de défense, d’autant plus aveugles que collectifs, sont à l’origine non seulement de différentes formes religieuses mais encore de diverses formes:de terrorismes au nom d’un Dieu. Désir et peur, ainsi, distinctement uni, se multiplient réciproquement, dans le feu de la jalousie ou le déchaînement des réactions de défense. Tous deux arrivent à créer par une contagion croissante, un véritable vertige, paranoïaque celui-ci, proprement infernal, contre ce qui est désigné comme victime : le terrorisme.


Le terrorisme moderne devenu mondial, est une affaire de religion : du à une conception possessive de Dieu,, dans un contexte privé d’alternative donc de liberté, présentant ainsi une régression historique, fondée sur le sacrifice violent d’un bouc émissaire. Cette paranoïa collective prétendant avoir la sécurité de la raison ne correspond à aucun sens. Comme la peur, pire que la peur l’idée de persécuter des gens d’autres confessions est seulement le fruit d’une imagination déviée, souvent inconsciente. Au lieu d’accepter la souffrance d’une vérité inachevée et inachevable, qui pourrait suggérer une aptitude progressive de solidarité humaine, le terroriste s’approprie avec force une vérité estimée absolue, refusant la chance d’une toute nouvelle forme conviviale, se donnant le droit d’ anéantir tout sur son passage.
Pire que la guerre, puisque celle-ci se déclare toujours contre quelque chose de concret, à savoir un nom propre (La France, Napoléon, Hitler etc.) le terrorisme, lui, agit au nom de « valeurs » dont on ne peut pas prévoir la fin, comme la pauvreté, la justice, la religion etc. L’évangile, seul récit, dans les anciens textes fondateurs, à refuser la culpabilité de la victime, tout en se déclarant au service de pauvres, avait prévenu : Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous…


Le terrorisme est donc une question de méconnaissance, puis de méthode. Tant que le commandement : Tu ne tueras point ! , ne sera universellement reconnu, sans exception, et même dans des situations d’exploitation de l’homme par l’homme, il n’y aura pas de paix. En outre que dire de méthodes coercitives, sans aucun respect du droit international, la fin justifiant les moyens, souvent contre de victimes innocentes, au nom même de la religion?


Mais condamner ne guérit pas J’estime que le « Nom de Dieu » nous divise, alors que le « Désir de Dieu » nous unit. De même qu’une certaine peur qui n’est que de la responsabilité respectueuse face à l’inconnu du destin de l’humanité.


Cela constitue un déplacement de la thèse de Girard, car c’est bien le désir infini, (alias l’Amour), qui peut nous unir. Mais encore faut-il s’entendre. Etant donné l’impossibilité de définir Dieu, il n’y a qu’une vérité qui soit unique et universelle, tout en étant « en chemin »: c’est la personne humaine. Véritable kairos, à savoir « fait » et symbole durable, libre, conscient, responsable, la personne humaine représente une fin et non un moyen, un amour incarnée, seule voie pour accéder à un amour tout court et à la paix.


Éloge de la peur et du doute



L’absence totale de peur ou de doute est décidément pathologique, et peut être violente. Un individu ou une société n’ayant en place aucun mécanisme de défense, est bien vulnérable. Il n’y a pas de victoire définitive sur la peur, mas il peut y avoir une « composition » harmonique comme une fugue de Bach à plusieurs voies. La peur est parmi les plus puissants moteurs d’action, de recherche et de créativité...


Mais elle doit s’associer à la confiance terme qui s’adressant à Dieu, prend nom de Foi du latin fides. Mais ce nom se rattache à une racine bheidh indoeuropéenne qui signifie "avoir confiance", et il n’a aucune connotation religieuse. Cela pour dire que le sens de la foi peut également se déplacer vers une intelligibilité partielle du réel. Ainsi sont les chercheurs du moment qu’ils cherchent, y compris les artistes et les poètes ayant le don de l’émerveillement.


Mais reste une peur, qui résume toutes les autres : celle de mourir, ce qui induit l’inconnu par excellence, le doute cruel sur le sens même de la vie, La conscience de la mort, devrait universaliser et généraliser le : tu ne tueras point et ainsi devenir, sans exception, un moteur de cohésion sociale et un moteur pour réaliser quelque chose qui laisse une trace pour l’humanité dés générations futures.

Mais la peur de la mort n’est pas la peur de mourir. La mort personnalisée dans l’art avec des images infernales, n’a pas de sens. La peur de mourir est plutôt le déplacement de l’angoisse de vivre. Et cela suscite un questionnement réel : Est-il acceptable de penser qu’il n’y a rien avant et rien après, de réduire le sens de la vie à la simple fonction de reproduction ?

Ce qui angoisse plus que mourir c’est de ne pas savoir! Les souffrances, elles, sont conscientes. Les larmes aussi. La tradition orthodoxe a su parler des larmes comme d’une deuxième naissance, l’eau qui nous régénère. Ceux qui n’ont pas la foi (remède radical s’il en est), peuvent avoir une certaine confiance raisonnable, sans se priver des arguments et de preuves éventuelles, de témoignages, d’un sentiment d’empathie avec les autres, l’Univers entier, acceptant l’angoisse et le doute comme ouverture sur un possible chemin à parcourir, et moteur secret d’une régénérescence de Soi, indispensable au quotidien de la vie.


Au fond rien n’empêche de vivre, de vivre intensément, espérant aussi, comme le dit l’Ecriture : l’Amour est plus fort que la mort.






Christian Pagano


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19.05.2017