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François Fejtö. Entretien avec l’Histoire

Giancarlo Calciolari
(3.05.2009)

G.C. : Comment êtes-vous arrivé à la constatation, dans votre livre "Dieu, l’homme et son diable. Méditation sur le Mal et le cours de l’Histoire" (Buchet/Chastel, Paris, 2005, pp. 244, € 18), que les dictateurs se posent comme des victimes qui défendent une cause ? L’Allemagne ayant perdu la première guerre, Hitler se présente aussi comme victime.

F.F. : Le cas de Hitler : soulignons d’abord qu’il n’est pas Allemand, mais Autrichien. Ensuite, notons que c’est un homme extrêmement compliqué, avec des complexes de toutes sortes. Il avait partagé le sentiment des Allemands que le peuple allemand, en tant que tel, avec son haut niveau intellectuel, économique, et d’organisation politique, avait subi une immense injustice du fait d’avoir perdu la Grande guerre, alors qu’ils étaient meilleurs en tout, disposant de l’armée la mieux organisée, composée de soldats très bien formés. Les Allemands firent alors l’amer constat que sans l’aide de l’Amérique épaulant les pays alliés, ils n’auraient pas perdu la guerre. (Ce qui allait se répéter lors de la deuxième guerre mondiale.)

Quelque chose continuait à persister dans la profondeur de la conscience allemande. Après la Grande guerre, ils étaient persuadés - et je ne dis pas que c’était juste - qu’ils avaient raison de se révolter contre l’ordre mondial dicté par l’Amérique et les états européens, faisant preuve d’une profonde injustice à l’égard de l’Allemagne, parce que l’Allemagne n’a pas eu dans le monde la place qu’elle mérite. Alors ces sentiments là ont rendu revanchards les Allemands.

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Opera di Hiko Yoshitaka

Maintenant, qu’est-ce que « être revanchard »... ? Les Français aussi étaient revanchards, parce qu’ils ne se résignaient pas d’avoir perdu l’Alsace et la Lorraine. Les Français étaient décidés dès le début de la guerre à reprendre l’Alsace et la Lorraine. Deuxièmement, Hitler savait que l’Allemagne, en tant que puissance mondiale, était de plus en plus gagnante par rapport à l’Angleterre sur le front économique et du développement industriel, parce qu’elle était plus dynamique. Donc, les Allemands étaient, depuis Waterloo, les maîtres de l’Europe puisque la plus grande puissance, la plus active, la plus ancienne, par conséquent leur État, avec la meilleure administration et une excellente diplomatie, ne pouvait être que supérieure en beaucoup de domaines…
À mon avis la première guerre mondiale a été diplomatiquement mieux préparée par l’Angleterre : l’alliance avec la France rendit l’Angleterre plus puissante. En ce qui concerne l’Amérique, il y avait une très forte minorité allemande vivant aux Etats Unis, ayant beaucoup contribué au développement des Etats-Unis. L’Allemagne comptaient sur la politique américaine, dont un des traits majeurs était de souhaiter la décolonisation, ils comptaient sur la neutralité des Etats Unis. Mais ils ont commis des erreurs énormes en attaquant la marine marchande américaine. Ils ont facilité par là les manœuvres du Royaume-Uni bien ambitieux, parce que l’Angleterre voulait d’un côté maintenir son empire - qui était encore dominant dans le monde - et d’un autre, s’intéressait au potentiel militaire des Allemands, qui était en train de devenir le plus avancé, même en mer, avec leurs sous-marins.

Pour les Anglais, dès le début de la première guerre mondiale, la victoire sur l’Allemagne impliquait une destruction pour des dizaines d’années de la puissance allemande. Pour eux, c’était l’objectif principal de la guerre, quitte à y impliquer par la voie diplomatique la Russie et la France...

Souvenons-nous que lors de la première guerre, l’Allemagne n’avait pour seule alliée que l’Autriche-Hongrie, alliée d’autant plus fidèle que François-Joseph était convaincu que sans l’Allemagne son empire ne pouvait pas survivre.

À l’issue de la guerre, il y avait une profonde déception et une révolte au sein du peuple allemand concernant une guerre pour laquelle ils avaient fait tant de sacrifices. Et c’est cette profonde déception et un sentiment d’humiliation qui avait préparé le terrain pour le nazisme et son triomphe pour la majorité des Allemands.

D’après moi, je le dis aussi à mes frères juifs*, c’est que le racisme contre les Juifs était subordonné finalement à cette stratégie motivée et conduite par la haine de l’Occident, à la nécessité de cette propagande pour mettre en valeur la supériorité.

Voilà ce qui constitue l’arrière-plan de la deuxième guerre mondiale. Je ne dis pas que cet arrière-plan justifie quoi que ce soit, ni de la première ni de la deuxième guerre et de sa fin, mais je suis convaincu que la deuxième guerre n’a été provoquée par les Allemands que parce qu’ils considéraient qu’ils étaient en mesure de prendre leur revanche, pouvaient donc déjouer la stratégie anglaise soutenue par la France et à laquelle l’Amérique a donné son soutien. Cette fois-ci ils étaient décidés à opérer avec le maximum de propagande - qui était très importante chez Hitler – grâce à Goebbels, cet excellent technicien de la propagande.

Ceci ne justifie rien, mais explique mieux pourquoi les Allemands ont pu adhérer par patriotisme au national-socialisme. Le nationalisme désignait l’ennemi en dehors de l’Allemagne dans cet Occident qui leur était en effet hostile. Un historien et sociologue hongrois, Ödön Màlnàsy, était le premier à expliquer dans un livre écrit en 1937, que, vu la mentalité germanique du moment, une seule conviction unissait la majorité du peuple allemand, et surtout des élites. Les Allemands devaient donc prendre leur revanche par une conquête mondiale.

À ce moment, la haine du Juif est à situer d’abord dans l’antisémitisme chrétien en Allemagne, précisément dans l’Eglise catholique qui a d’abord voulu conquérir religieusement les Juifs, leur religion étant une menace pour le catholicisme en tant qu’unique voie du Salut dans le monde. Ensuite, la haine du Judaïsme était présente partout, dans tout l’Occident, tant en Angleterre qu’aux Etats-unis et en France. Mais cette haine contre les Juifs était secondaire chez les Allemands, c’était une affaire de propagande, accidentelle par rapport à la haine qui se dirigeait réellement contre l’Occident. Si on lit bien le Mein Kampf on le voit bien.

G.C. : A la lecture de « Mein Kampf », il s’en dégage un paganisme pur.

F.F. : Oui, le paganisme, parce qu’il remplaçait le christianisme par une idéologie de haine. Le christianisme d’ailleurs n’a pas toujours réalisé ses propres principes, bien au contraire… L’esprit chrétien suppose la tolérance, la paix, etc. Tandis que les Allemands ont remplacé ça par une « religion » de haine et de racisme. Ils étaient convaincus qu’une grande injustice avait été commise dans l’histoire du peuple allemand, ce « peuple majestueux » et important qui a donné des philosophes, de grands artistes et de musiciens, qui a créé une grande culture, se considérant comme le peuple le plus dynamique dans l’Europe du dix-neuvième siècle.

Concernant l’obsession par rapport à la sécurité de l’Allemagne, à la pureté de la race et au sentiment d’injustice, celle-ci s’explique par le fait que les Allemands étaient convaincus d’avoir raison contre tous leurs ennemis, qui s’alliaient – selon la théorie nazie – en vue de les déposséder de tout, afin d’humilier le peuple allemand. Il s’agit, à la fois, d’un conflit idéologique, d’un conflit politique, d’un conflit stratégique et, enfin, économique. Selon les Allemands, l’hégémonie mondiale est tombée dans des mains injustes, et le peuple allemand avait pour mission de la transformer en un règne qui devait devenir juste pour les Allemands.

G.C. : Étant donné que l’essentiel de cette démarche allemande consistait à vouloir instaurer l’hégémonie mondiale, et que la question juive y était subordonnée, quelle était la véritable position de l’Allemagne vis à vis de la tentative de l’hégémonie de la Russie ? Je fais référence à des nouveaux témoignages russes précisant que la Russie était en train d’envahir l’Allemagne, anticipant de quelques jours l’attaque des Allemands.

F.F. : Cela s’explique par un deuxième facteur. Les Allemands reprochaient à l’Occident d’être injuste à leur égard, et de les empêcher d’occuper la place qui leur revenait dans l’hégémonie mondiale. Cependant, en Russie, la première guerre mondiale a provoqué une révolution bolchevique soutenue par une idéologie différente de celle qui animait l’esprit allemand. Leur idéologie nazie était fondée sur la différence des races, les Soviétiques voulaient une révolution mondiale, avec une doctrine, le communisme, qui impliquait la lutte des classes, et qui commençait à mordre aussi en Allemagne. Elle avait beaucoup de partisans dans l’Intelligentsia, dans le monde de la culture en général. Cette idéologie était la seule qui faisait concurrence à l’idéologie nazie. Or pour les Allemands, l’Union Soviétique comme ennemi n’était dangereuse que dans la mesure où elle les attaquerait la première. La Russie avait des atouts en main : l’Union Soviétique est devenue un pays non seulement puissant mais aussi impérialiste sous Staline. J’ai évoqué cela dans un mon livre et c’est important: la Russie de Lénine voulait une révolution mondiale, mais au début elle n’était pas unie, loin du panslavisme et surtout de la prétention religieuse, propre au peuple russe, voulant s’attaquer à son ancien ennemi : le catholicisme occidental.

Il y a des documents très intéressants qui montrent que parallèlement, dès la fin de la première guerre mondiale, les experts militaires de l’Allemagne commençaient à élaborer une stratégie pour une guerre de revanche. En ce qui concerne l’Union Soviétique, il y avait aussi un autre fait capital que certains des généraux et des experts de Hitler ont repéré : l’URSS avec Staline a renoncé à la révolution mondiale. L’idée principale de Lénine - il ne faut pas l’oublier - était de faire la révolution en Russie et dans un deuxième temps, il projetait la révolution mondiale.

En revanche, la Russie soviétique sous Staline a abandonné l’idée de la révolution mondiale, elle a même abandonné l’idée de gagner contre le fascisme de Mussolini et contre la montée en puissance du national-socialisme allemand. Staline pouvait choisir la possibilité de s’entendre avec l’Allemagne. Les négociations secrètes à ce sujet ont commencé bien avant la déclaration de la deuxième guerre mondiale - et Hitler était sensible à cette idée - ce qui explique qu’il a proposé à Staline un accord qui garantirait la neutralité de la Russie soviétique.

La providence est venue au secours de l’Occident dans cette question-là, parce qu’Hitler a pris sa thèse au sérieux - et la preuve existe, dans un échange de lettres avec Mussolini, parce qu’il ne savait rien de la stratégie secrète des Allemands - et quand Mussolini a appris qu’il y avait un accord entre Moscou et Berlin pour changer les rapports de force dans le monde, il a écrit une lettre à Hitler: « Qu’ est-ce que vous faites, vous ? D’abord vous construisez une alliance avec le Japon, avec l’Italie, une alliance fasciste, et maintenant vous construisez avec l’Union Soviétique une alliance qui en fait un allié des puissances occidentales. Ce n’est pas logique » a écrit Mussolini.

Lénine savait que son pays représentait une puissance montante. Il n’abandonna pas l’idée de la révolution mondiale, au contraire, il a soutenu les mouvements révolutionnaires en Inde, en Chine, partout ailleurs dans le monde où c’était possible. En revanche, Staline ne continuerait pas dans ce sens. Lui, il voulait consolider à tout prix son pouvoir personnel dans le parti, dans le pays. C’était là le sens puissant du conflit de la Russie avec la Chine. Parce que Mao-Zedong était un léniniste, donc un internationaliste, il reprochait à Staline de ne pas se servir du communisme chinois. Ce dernier est devenu, par la faute des américains d’ailleurs, anti-américain. À la place de cette alliance, Staline négociait plus tard avec les Français, les Anglais pour les gagner à l’idée d’une alliance contre le fascisme et le nazisme.

Hitler a répondu à Mussolini: « Moi je pense que la transformation de la Russie soviétique en pays impérialiste est bien réelle. Elle adhère maintenant en réalité aux mêmes principes que nous défendons : la décolonisation par les Anglais et les Français... et cette alliance peut éventuellement servir de clef magique qui pourrait ouvrir les empires coloniaux à la concurrence américaine, parce qu’il y avait une chose commune entre la situation de l’Amérique et de l’Allemagne. Les Etats-unis étaient aussi un pays impérialiste. D’ailleurs les Etats-unis ont gagné contre l’Angleterre leur indépendance et voulaient détruire le colonialisme anglais, français… En Afrique, en Asie, et partout. Hitler a expliqué à Mussolini qu’il ne fallait plus considérer les Russes sous l’angle du communisme. « La Russie de Staline n’est plus communiste » prétendait-il et « les Soviétiques ne pourront que laisser tomber leur ancienne façon d’envisager le communisme. « Il est logique au contraire » - lui écrivait-il – « que nous utilisions la puissance russe dans notre lutte commune avec le Japon ».

Le pouvoir mussolinien était faible à côté de l’Allemagne. Les Italiens ont abandonné leur rêve de rester le partenaire privilégié de l’Allemagne hitlérienne et se sont donc finalement alignés sur la position de l’Allemagne et du Japon. Les historiens se demandent encore comment Hitler a pu faire ce retournement idéologique pour justifier son alliance avec les Russes. Les Italiens ont tout fait pour soutenir les hommes politiques en Allemagne, surtout tous ceux qui étaient persuadés que l’idéologie communiste primait en Union Soviétique, et cet effort était au moins aussi importante que la lutte contre les colonialistes et impérialistes occidentaux.

D’après les historiens allemands, beaucoup pensaient que Hitler avait commis une erreur, parce qu’il aurait quand même dû se rendre compte que l’Union Soviétique était trop faible pour devenir un vrai pays impérialiste, et qu’en même temps, elle était déterminée à établir le communisme en Europe, en tout cas un pouvoir anti-occidental. Certains peuples, comme les Indiens étaient favorables au communisme, parce qu’ils espéraient que le communisme les aiderait à d’obtenir l’indépendance de l’Inde.

G.C. : Votre réponse donne les raisons humaines - il n’y en a pas d’autre – de l’existence du Mal. Vous n’avez pas besoin d’hypothèse métaphysique pour expliquer le Mal. Le Mal n’est donc qu’une hypothèse justificatrice de la volonté de domination, laquelle ne recule devant rien, même pas devant le massacre... Hitler ne représentait donc pas « l’esprit » du Mal, mais il l’avait mis en œuvre à grande échelle...

F.F. : Le mal habite l’homme, et devient vraiment puissant quand il est l’instrument de la volonté de domination d’un grand peuple. Les Américains ne peuvent pas non plus prétendre avoir été depuis toujours pour le progrès sur le plan humain: il y avait l’esclavage, et quand ils l’ont abolit, ils ont introduit un système capitaliste qui n’était pas tendre avec les ouvriers, avec les paysans. En réalité le christianisme est devenu la couverture morale du grand capitalisme mondial, et de la globalisation. Sous l’égide des Droits de l’Homme, certains pays capitalistes n’hésitent pas à armer des pays du tiers-monde – abolissant ainsi les principes des Droits de l’Homme - quand ils y voient leurs intérêts, quand ils veulent les utiliser dans leurs jeux...

Donc, le Mal est dans ce que les humanistes, les hommes de la renaissance, ainsi que les socialistes ont dénoncé comme volonté de domination, d’exploitation. Aujourd’hui, on la retrouve non seulement dans l’exploitation de l’homme par l’homme, mais aussi dans l’exploitation de la nature à grande échelle.

À propos de l’exploitation de la nature, il faut se retourner contre le capitalisme. L’homme ne sauvera la terre du suicide que s’il fait de la solidarité humaine un thème vraiment politique et pas seulement une couverture comme avec la Société des Nations Unies. Les Droits de l’Homme sont chaque jour trahis tant par les Chinois, que par les Américains, et maintenant par les Islamistes. Le Mal est là où il y a la volonté de domination et de la haine contre l’homme. C’est ça ma thèse.

G.C. : En lisant votre livre, je constate que l’hégémonie est un suicide. Il faut que ce soit clair : la domination est suicide en acte. Hitler était suicidaire, dans ses prémisses. Il faut qu’il soit clair que la tentation de Caïn de dominer son frère comporte la survie avec le signe qu’on porte écrit sur soi-même, mais ce n’est pas la vie !

F.F. : Maintenant, je laisse ouverte la question concernant la dimension qui dépasse l’homme, et en interrogeant l’idée de la fraternité humaine, je pense à un philosophe juif français, Levinas, qui à ce sujet a écrit, que c’est quand même une folie d’imaginer que quelque soit le principe qui était à la base même de la création de l’univers et des univers, ce n’était pas pour laisser tout sombrer dans le suicide et dans le chaos !

G.C. : Quel est le livre que vous êtes en train d’écrire ?

F.F. : Je veux un peu unifier et clarifier tout ça. Je parle de ma vie en France, où je suis arrivé il y a soixante ans, et de ma carrière d’écrivain et de journaliste, mes multiples voyages en tant de journaliste.

Je crois que l’idée fondamentale – ce que je développerai, et que j’ai commencé à développer dans ce livre (Dieu, l’homme et son diable) – est que le mal ne peut être imaginé une Entité personnifiée, d’où ma critique de l’existence du Diable, qui serait le responsable du mal, on ne doit pas oublier que le mal et le bien sont des idées humaines, anthropomorphes.

G.C. : Votre lecture de l’histoire et aussi celle des textes sacrés laissent de côté la tentation de partager le monde par une lutte entre le Bien et le Mal. Il n’y a pas de gnose dans votre démarche ! Vous remarquez aussi le trait gnostique que Saint Paul peut avoir introduit en fondant l’Eglise, avec l’écriture en grec de l’évangile. La question du bien et du mal est un héritage païen, frappé d’interdit dès le commencement où il est question de l’arbre de la vie.

F.F. : J’ai énormément de respect pour Saint Paul, en tant que figure historique car on peut le considérer comme le précurseur de l’Eglise catholique romaine. C’est lui qui, à partir de l’Ancien Testament, avait créé les structures universelles d’une religion dont Jésus avait formulé le principal commandement : « Aime ton prochain comme toi-même ».

Après Saint Paul, et les Saints Pères, comme Saint Thomas et Saint Augustin etc., je considère que c’est la thèse d’un grand philosophe Juif, Spinoza, qui a le mérite d’avoir élargi la conception concernant Dieu, quand il a formulé l’axiome : « Dieu, c’est-à-dire la nature ». Il a montré que Dieu est non seulement le créateur de la Nature, mais il existe partout dans l’univers, et il en est le moteur.

On ne comprend pas encore la vie. On ne sait pas encore vraiment ce qu’est la vie. C’est-à-dire qu’elle est à l’origine d’une cause qui produit un effet. Et cet effet est un développement : développement des plantes, des animaux, des hommes, créateurs de civilisations. En attendant, nous avons quelques indices dans les œuvres sacrées, par exemple dans la Bible juive. Il y est dit que « Dieu a créé l’homme, et seulement l’homme, à sa propre ressemblance. Moi, je détourne la chose et je dis : ça veut dire que Dieu s’est fait connaître par cette phrase ; parce que si je ressemble à Dieu, alors ce que nous apprend Dieu, c’est-à-dire le principe des principes, c’est qu’il ressemble aussi à l’homme. Ce qui veut dire aussi que la ressemblance ne peut être que réciproque: si l’homme est le seul être vivant qui est crée semblable à Dieu, alors on est en droit de se demander quelle est cette ressemblance, en quoi l’homme ressemble à Dieu ? Et la réponse est simple : la créativité. C’est le seul « animal » qui crée. Tous ce que nous voyons dans notre civilisation, dans notre monde, c’est d’un côté la nature et de l’autre la civilisation, la culture. La culture est une création de l’homme. Et l’histoire est aussi une création de l’homme.






*François Fejtö est lui même d’origine juive.



Cet entretien a eu lieu grâce à l’intermédiaire d’Eva Füzesséry.



F r a n ç o i s F e j t ö , journaliste et historien, a fait des études
chez les Frères Piaristes, puis à la faculté de Lettres de Pécs,
de Budapest et à la Sorbonne (Diplômes de langue et littérature
hongroise, doctorat ès Lettres). Réfugié à Paris en 1938, il a été
naturalisé français en 1955. Co–directeur de la revue littéraire
et politique Szép Szó de 1935 à 1938, il a été éditorialiste
d’un quotidien socialdémocrate à Budapest avant de devenir
rédacteur en chef adjoint, spécialiste des pays de l’Est à l’AFP
(Agence France-Presse) de 1944 à 1974. Il a été chargé de
cours à l’Institut d’Etudes politiques de Paris (1972-1984) et
membre du Comité de patronage et de rédaction de la revue
Commentaire. Collaborateur de très nombreux journaux français,
italiens, allemands, espagnols et japonais, il a été Président de
l’‘Atelier Continent Europe’ au Commissariat général au Plan.
Chevalier de la Légion d’Honneur en France et de l’Ordre du
Drapeau en Hongrie, il a été décoré de la décoration d’Honneur
de la République d’Autriche. Le Prix de l’Assemblée nationale
lui a été décerné pour l’ensemble de son oeuvre en 1993 et le
Prix des Ambassadeurs en 2000. Il est Docteur Honoris causa
des Universités de Pécs et de Szeged, Citoyen d’Honneur de
Nagykanizsa et de Budapest. En 2001, élu membre correspondant
de l Académie hongroise des sciences.



B i b l i o g r a p h i e s é l e c t i v e :

La Tragédie hongroise (Paris: Pierre Horay, 1956)

URSS-Chine, d’une alliance au conflit (Paris: Plon, 1966)

La Socialdémocratie quand-même (Paris: R. Laffont, 1979; 1996)

Histoire des démocraties populaires. 1. L’ère de Staline, 1945-1952

2. Après Staline, 1953-1963
(Paris: Seuil, 1979)

L’héritage de Lénine (Paris: Hachette, 1975)

Mémoires: de Budapest à Paris (Paris: Calmann-Lévy, 1986)

Requiem pour un empire défunt: histoire de la destruction de la
Monarchie austro-hongroise
(Paris: Balland, 1988),
Prix Lafue 1988, Prix Boccaccio Europa 1990

Où va le temps qui passe? (Paris: Balland, 1992)

La fin des démocraties populaires (Paris: Seuil, 1992),

Prix de l’Assemblée nationale 1992

Dieu et son Juif (1997)

Hongrois et juifs (Paris: Balland, 1997)

Avec Maurizio Serra. Le passager du siècle (Paris: Hachette
Littérature, 1999)





7 janvier 2008



Cliquer ici pour lire la traduction en italien



Giancarlo Calciolari, directeur de « Transfinito.eu »


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