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"L’autre Heidegger". Interview de Michel Bel

Giancarlo Calciolari
(18.03.2007)

Quels sont les présupposés de votre démarche, qui ne trouve pas encore beaucoup d’amis sur cette route? Je veux dire : une lecture de Heidegger qui n’est pas dans la ligne de la lecture française de Heidegger. Comment se fait-il que vous soyez sur une autre piste?



Vous posez une très bonne question, puisque la manière dont je suis entré dans l’œuvre de Heidegger est liée essentiellement à la lecture d’un texte de 1937 qui est son appel aux Français pour la collaboration. Dans ce texte -très court - qui a paru dans le premier annuaire nazi de la ville de Fribourg en Brisgau - Heidegger fait référence au « salut ». Je me suis interrogé pour savoir quel type de salut nous proposait Heidegger à cette date. Je me suis rendu compte, en reprenant toute sa biographie depuis l’adolescence, depuis sa petite enfance - ce qui n’apparaît pas dans les biographies officielles-, en reprenant notamment son activité au séminaire, qu’Heidegger rejetait complètement le salut chrétien pour des raisons de détresse intérieure qu’il serait trop long d’analyser ici, détresse liée à sa vie sentimentale et affective, sur laquelle je ne me prononcerai pas, tout au moins maintenant, que le salut de Heidegger donc, était un salut de facture - disons le mot - « alchimique ». Ce que les trois couleurs du drapeau nazi signifient amplement.

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Opera di Ettore Peroni

Mais, alchimique non pas au sens de la transformation de la matière en or, alchimique au sens où on transforme l’être humain en un autre être humain ; dans le cas présent : le Dasein allemand, d’abord, le Dasein occidental, ensuite, en « surhomme nietzschéen ». Ce qui m’a accroché chez Heidegger c’est cette question du salut. On passe chez lui du salut chrétien au salut heideggérien. Ensuite il faut se poser la question : qu’est-ce-que le salut heideggérien? Le salut heideggérien, c’est un nihilisme qui se surmonte lui-même. Il s’agit de débarrasser la terre du christianisme qui, pour lui, est cause de souffrance, et de mettre à sa place un type de culture qui se réfère vaguement aux anciens Grecs, une culture de la volonté de puissance interprétée en termes de domination divine, la nouvelle domination germanique, celle des Allemands vainqueurs de la guerre, ou supposés tels à ce moment-là.

Autrement dit, pour Heidegger le salut passe nécessairement par l’affrontement, par la guerre (« Krieg »). Ceux qui seront victorieux (il le dit en de nombreux endroits) seront des dieux, les autres seront leurs esclaves. Mais ce résultat ne lui suffit pas. Le salut va encore plus loin pour lui. Il veut aussi débarrasser la Terre de tous ceux qui l’encombrent. Il le dit ouvertement en 1935, au mois de novembre, dans l’Origine de l’œuvre d’art, juste après la promulgation des lois de Nuremberg, qui datent du quinze septembre. Il dit dans sa conférence “L’œuvre libère la Terre pour qu’elle soit une Terre”.

Quelle est l’« œuvre » en question? J’ai pensé dès le départ qu’étant donné que nous étions déjà dans le travail de transmutation du Dasein, l’oeuvre en question ne pouvait être que l’œuvre alchimique de transformation de l’homme. Ce n’est pas un hasard si on retrouve beaucoup de termes alchimiques dans la construction des discours heideggériens. Mais ce n’est pas simplement l’aspect alchimique qui m’intéresse, c’est la manière dont le mage de Todtnauberg professeur à l’université de Fribourg a transformé l’alchimie pour en faire un salut de type purement heideggérien.

Tout se passe comme si Heidegger avait voulu créer une race nouvelle, exactement comme Abraham, en son temps, avait créé la sienne, mais de manière inversée, en libérant complètement la Terre de la race juive qui est à l’origine du christianisme. Il reprend la pensée de Nietzsche de 1872, celle qui était en attente du grand libérateur germanique, et il cherche à débarrasser la Terre de la race juive exactement comme on gratte une peau de monton pour en faire un palimpseste afin d’y écrire un texte nouveau. Il a voulu inscrire sur le parchemin de la Terre ainsi nettoyée son salut à lui, c’est-à-dire une nouvelle conception - je ne dirai pas du bonheur, puisqu’il ne croit pas au bonheur- mais une nouvelle conception de la domination planétaire. En ce sens son projet est quasiment satanique. Ne parlons pas de sa réalisation qui, elle, l’est entièrement.

Pouvez-vous dire quelque chose autour du compromis qui fait que Heidegger aujourd’hui est encore une énorme référence dans le milieu philosophique de la pensée occidentale. En France et aussi en Italie, Heidegger occupe une position dominante. Quelle est la structure de ce compromis qui fait qu’il est proposé comme un penseur positif, comme un penseur “normal” dans la philosophie?

C’est extrêmement simple. Je pense que toute la présentation philosophique de Heidegger est un trompe-l’œil. Il y a chez Heidegger un vocabulaire philosophique, il y a des problématiques philosophiques, mais les réponses qu’il apporte sont des réponses sophistiques. C’est du mauvais mysticisme. On a l’impression d’avoir à faire à un nouveau Jacob Böhme, égaré complètement dans le XX ème siècle.

Le trompe-l’œil attire les philosophes. Heidegger parle de Descartes, il soulève les problématiques de l’être, de la liberté, de la justice, etc., mais tout cela est retourné dans une inversion de valeurs, pour être exposé en son contraire.

Ce qui attire au premier abord chez Heidegger c’est ce qui est totalement inintéressant, c’est-à-dire la manière dont il réinterprète les philosophes. C’est inintéressant parce qu’on ne voit pas d’entrée de jeu qu’il procède ainsi uniquement pour faire justifier sournoisement son « impérialisme mystique » par les écrits des philosophes. Un impérialisme intégralement animé par une étrange conception de la « justice » exclusivement « éliminatrice et anéantissante », justice dont il ne révèlera le sens, par prudence, que tardivement, du reste, dans ses cours sur Nietzsche de 1940.

En revanche ce qui n’attire pas l’attention et qui est fondamental ce sont toutes les transitions qui se trouvent à l’intérieur de son œuvre, dans les jointures de ses cours et sur lesquelles il passe très discrètement ou ne met que peu l’accent. Ce sont toutes ces transitions - qui sont en réalité des injonctions -, qui font de lui, non seulement le père fondateur de l’idéologie nazie, mais encore et, en même temps, le conducteur de tout le génocide. Et c’est ça que je m’efforcerai de démontrer tout au long de ce qui me reste de vie.

Le trompe l’œil des prétendus connaisseurs, - qui est le fruit d’un tout petit lexique heideggérien- est aussi très présent en Italie, notamment dans le milieu de la poésie, où il fait office de référence. Ce petit vocabulaire occupe la place de la non lecture de H.

En ce qui concerne le trompe-l’œil, vous avez raison quand vous dites la non-lecture. La question du trompe l’œil est assez simple à comprendre. Il y a plusieurs trompe-l’œil chez Heidegger. Tout se passe comme si on pouvait inter changer les façades de son œuvre en quelque sorte, à la manière des parures de téléphone ; il y a un trompe l’œil philosophique, il y a un trompe l’œil poétique, il y a un trompe l’œil religieux, et j’ajouterai même, en contrepoint, un trompe l’œil « artistique ».

Heidegger est quelqu’un -et il le dit ouvertement dans ses cours sur Nietzsche- qui a changé complètement le sens des mots du langage courant. La poésie chez lui ne signifie plus la poésie, la justice ne signifie plus la justice, la liberté ne signifie plus la liberté, Dieu ne signifie plus Dieu...

Il a redonné à chaque mot un sens typiquement heideggérien, et tant qu’on n’a pas découvert le sens qu’Heidegger donne à ses mots, on vit sur la lancée d’un vocabulaire traditionnel, on prend Heidegger pour ce qu’il n’est pas. C’est ce qui explique l’illusion de la plupart des gens qui croient qu’il a glorifié la poésie, qu’il a fait de la philosophie, ou qui croient encore, ce qui est pire, qu’il a valorisé l’idée du Dieu chrétien.
Tous ces lecteurs se laissent piéger par l’allosophe de Marbourg puis par le sophiste de Fribourg qui est le même personnage, parce qu’ils ne se posent pas la question précise : « qu’est ce qu’ Heidegger entend par poésie ? », « qu’est ce qu’il entend par Dieu ? », « qu’est-ce qu’il entend par justice ? ». Lorsqu’on essaie de répondre à ces questions en revanche, avec un souci de rigueur philosophique, sans se laisser bercer par le vocabulaire de la langue courante, on découvre un autre Heidegger très différent du Heidegger apparent, on accède enfin à l’arrière cour de son œuvre qui est pleine de saletés.

En lisant de cette façon on retrouve un certain Nietzsche. Est-ce qu’il y a d’autres références que vous trouvez avant Nietzsche qui vont dans le sens de cette mouvance, des auteurs qui, aujourd’hui, sont lus et enseignés à l’école, dans les cours de philosophie d’une façon aussi tranquille, alors qu’ils sont en réalité des “mines flottantes” comme Heidegger lui-même ?

Je ne sais pas si je peux répondre directement à cette question. Ce que je voudrais dire, c’est qu’Heidegger se situe dans une mouvance rosicrucienne, mais une mouvance rosicrucienne qui n’est pas très saine. Elle inclut la pensée de Schelling dont on connaît très mal l’aspect rosicrucien, la pensée « illuminée » de Jacob Böhme, et surtout la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin, qui est aujourd’hui un grand oublié en France, lui qui déjà, à son époque, se faisait appeler « le philosophe inconnu ». Je peux dire ça parce que je m’appuie sur l’interprétation heideggérienne de Schelling, et que Schelling est un théosophe bien avant d’être un philosophe – ce qu’on a beaucoup trop oublié en France. Tout le travail de Schelling dans ce qu’il a d’essentiel est une réinterprétation de Böhme, c’est-à-dire une nouvelle conception quasi alchimique du salut.

Alors se demander s’il y a d’autres auteurs qui, comme Heidegger, sont l’objet d’une interprétation erronée et sont en même temps des dangers potentiels, oui, sûrement. On peut penser à Jünger et à Carl Schmitt.

Vous savez, en philosophie, on fait aujourd’hui beaucoup d’interprétations, et assez peu d’études approfondies pour bien comprendre ce qu’a voulu dire un auteur.
A notre époque, c’est-à-dire depuis le dernier tiers du XXème siècle, ce qui prime, ce qui intéresse les gens c’est la manière nouvelle dont on peut parler de quelqu’un. On ne cherche plus à savoir ce qu’un auteur a réellement dit. En d’autres termes, il n’y a plus de philosophie, on se sert des écrits des penseurs, qu’on les ait compris ou non, comme des boites à outils pour dire n’importe quoi, pour se valoriser. A mon avis ça n’a aucun intérêt. On multiplie ainsi les contre sens, ce qui n’est guère profitable, et qui, dans certains cas, peut être très dangereux.

Le spiritualisme allemand a contribué lui aussi à mettre en circulation un certain Heidegger, qui s’est « formalisé » dans la théosophie et auquel beaucoup de gens ont adhéré, comme Kandinsky.

Il y a beaucoup de relations entre Heidegger et la Russie (je pense notamment à Dostoïevski, mais également à d’autres auteurs). Dostoïevski avait été traduit en allemand à la fin du 19ème siècle et au début du XX°, par Moeller van den Bruck, et surtout par sa femme. Dostoïevski a beaucoup intéressé Heidegger. Son dernier texte avant la fin de la guerre, avant la capitulation....son texte de 1944, Poésie et Pensée fait état de sa préférence pour les auteurs russes plutôt que pour les empiristes anglais.

Il y a chez lui une influence très importante de la Russie, et on peut dire d’une certaine manière que la Russie, notamment les anarchistes russes, ou bien les révolutionnaires russes, les nihilistes russes plus exactement, - puisqu’il va jusqu’à parler comme Nietzsche de nihilistes russes - ont été un modèle pour Heidegger. Moi, j’ai travaillé la question à partir des Possédés - pour ne citer que Dostoïevski. Et je peux dire que le personnage le plus important des Possédés, à savoir Pierre Verkhovensky, a influencé radicalement Heidegger, beaucoup plus qu’Ivan Karamazov.

La pensée russe a joué un rôle capital comme modèle de domination du monde chez Heidegger. Dostoïevski lui-même avait emprunté un grand nombre d’idées à l’Allemagne du 19ème siècle, surtout à la pensée hégélienne et à ses dérivés allemands et français. On peut dire sans crainte d’erreur qu’une grande partie du canevas des Possédés, ou des Démons, - tout dépend de la manière dont on traduit le texte - est empruntée à la pensée de Hegel.
Dès le début du roman, on voit que la famille Verkhovensky- le père et le fils - sont imprégnés de la pensée de Hegel, c’est-à-dire de la pensée d’un Dieu qui est en train de se constituer et non de celle d’un Dieu créateur du monde.
C’est ce Dieu en train de se constituer, qui va être justement le modèle des nihilistes russes. C’est sur cette conception de Dieu qu’Heidegger a bâti son interprétation du monde. Puisque depuis deux mille ans il n’y a pas eu de nouveau Dieu, Heidegger, lui, se présente comme l’incarnation du « nouveau Dieu » « autour de qui tout se fait monde ». Et, c’est sur ce point précis justement que viennent se joindre et se nouer la « poésie », la « philosophie » et la « religion ».

Heidegger nous dit, dans un cours sur Nietzsche des années 1940-44 que pour qu’un nouveau monde existe, il faut d’abord que le dieu en devenir qui va le créer existe. C’est cette affirmation troublante de sa part qui m’a conduit à penser que le national-socialisme qui était animé par le désir de construction d’un nouveau monde, avait dû être construit autour du « regard » « embrassant le lointain » de Martin Heidegger, compte tenu de ce que nous dit Hitler dans Mein Kampf, de la « conception philosophique nouvelle pour le triomphe de laquelle il faut lutter », d’une part, et de ce que nous révèle le journal nazi Der Alemanne sur le rôle capital joué par Heidegger dans le mouvement nazi depuis les origines, d’autre part, dans la recension qu’il fit de la prise de fonction rectorale par Heidegger , en 1933.

Heidegger, d’ailleurs, dans un texte tardif de 1963, texte dans lequel il précise ce qu’a été son rapport à la phénoménologie, dit : « en 1919 » – n’oublions pas que c’est l’année au cours de laquelle a été créé le parti nazi : « j’ai mis en pratique mon regard phénoménologique ». Je mets au défi les intellectuels français d’entendre ce que signifie cette expression dans le cadre de la phénoménologie historiale de Martin Heidegger s’ils refusent d’admettre qu’il s’agit du fondement historial du national-socialisme lui-même. Ce « saut dans le Dasein dans son ensemble » qui précède de dix ans son acheminement vers la parole dans la Leçon inaugurale de 1929 est confirmé par la référence, dans le 24° point du programme nazi, au « christianisme positif » expression dont il précisera le sens dans son cours sur Schelling de 1936, soit dix sept ans plus tard, en disant qu’il signifie l’intégration du Mal dans la conduite du combat pour l’être.

Comment la traduction historique de la phénoménologie heideggérienne cherchant à se réaliser dans l’histoire dans le cadre d’une démarche « poético »- institutionnelle aurait-elle pu se produire sans cet ancrage ? 1933 est un aboutissement, non un point de départ. Un aboutissement qui n’est que le premier sur la longue noria des stations du chemin de croix qu’il a fait subir à l’Allemagne, à l’Europe et aux peuples juifs et tziganes en vue de sa théophanie.

Est-ce- que vous allez mettre en livre cette lecture qui est aujourd’hui dispersée dans plusieurs articles et dans différentes interventions?

Oui. Mais le passage à l’écriture est un passage très difficile, car il faut savoir à qui on s’adresse. J’ai écrit énormément, je n’ai encore rien publié. Je fais beaucoup de recherches. Ce qui m’intéresse c’est de me situer à un moment précis dans la problématique du moment. Je crois qu’aujourd’hui le moment est venu de publier quelque chose sur « Heidegger et la question du salut » puisque la galaxie François Fédier, Marcel Conche et autres pro heideggériens est en train de déifier Heidegger, qui -disons-le en toute rigueur- est un individu peu recommandable. C’est un euphémisme.






Interview de Michel Bel réalisée par Giancarlo Calciolari pour la revue Transfinito, à Saint-Cyr-sur-Loire, le 09.01.2007


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